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CHAPITJP. VII.— MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE

nière hmsque et soudaine, il y a lieu île croire que vous avez affaire à une amaurose. L'ophthalmoscope et surtout l'éclairage oblique, après la dilatation préalable de l'ouverture pupillaire, nous offrent aujourd'hui des éléments de diagnostic qui ne permettent guère de mettre en doute la localisation réelle de la maladie.

Un grand nombre d'opinions se sont produites sur l'essence intime de la cata-

racte noire

Langenbeck jeune et Rossi invoquent la présence du manganèse dans la substance du cristallin; Rognetta celle du fer; Werneck l'attribue à une mélanose partielle; Carron du Villards à une pénétration de la lentille parle pigment. M. Rlot présenta à la Société de Biologie, en mars 1852, deux cataractes noires trouvées sur le même cadavre. L'iris et .la choroïde étaient à peu près dépourvus de pigment, et l'examen microscopique montra que la matière noire, déposée dans l'épaisseur des cristallins, était tout à fait analogue à la matière pigmentaire.

Une autre théorie rapporte cet aspect foncé à l'intervention de la substance colorante du sang dans le système lenticulaire. J'ai vu dans le service de M. Chassaignac, à l'hôpital de Lariboissière, un homme atteint, à gauche, de cataracte branlante, avec iridérémie et amaurose complète, par suite d'un coup reçu au front. Exploré à l'œil nu, le cristallin qui n'adhérait que par ses attaches supérieures, était presque noir; à l'éclairage oblique et à la loupe, il offrait un fond d'un rouge grenat, conditions qui rentrent assez dans la théorie de la suffusion sanguine. Dans l'opinion de M. de Graefe, la cataracte noire dépendrait de la matière colorante du sang qui a pénétré dans le système cristallinien; mais cette teinte foncée ne se rencontre guère dans le noyau; c'est plus particulièrement dans les couches corticales qu'on la trouve. Il y aurait erreur à croire d'après M. de Graefe, que la cataracte noire dérive d'un degré de développement plus avancé du processus d'induration jaune ordinaire, qui donne lieu aux teintes les plus foncées de coloration brune; ce processus n'engendre jamais la coloration rouge ni la coloration noire. Cet observateur paraît aussi avoir constaté, dans quelques cas de ce genre, des amauroses dues à des épanchements de sang dans les profondeurs de l'organe visuel.

D'un sentiment diamétralement opposé à celui qui précède, M. Siebel admet que la variété qui nous occupe ne contient pas d'ordinaire de matière colorante; sa teinte n'est guère liée qu'à une condensation des molécules cristalliniennes, qu'à une augmentation très-marquée de la consistance du cristallin et surtout de son noyau. Celle cataracte est tellement dure qu'elle fait assez fortement résonner un verre sur lequel on la jette; souvent même, elle est pierreuse. Bien que noire dans l'œil, elle offre communément, hors de cet organe, une teinte d'un bran d'acajou ou autre plus ou moins foncée. M. Siebel pense que son opinion est corroborée par cette circonstance que les cataractes dures ordinaires, non qualifiées de cataractes noires, présentent parfois, sous le microscope, une teinte brunâtre de leurs fibres etun noyau brun. L'analyse d'une cataracte noire, faite par M. Bouchardal, n'a montré à ce professeur ni manganèse, ni fer, ni carbone à un étal particulier; la matière colorante du sang s était

488 i.iviuc il. — M.u.AhiKs DU QfcOBE Ocei.Aliii:.

absente; el& ne présentait |his non plus de pigment ni de substance mélanique?

Il résulte enfin dé quelques recherches microscopiques de M. Ch. Robin dont les idées à cet égawj seinblenl concorder avec celles de M. Siebel, que l'altération, qui cause cette coloration noire ou d'un brun corné du cristallin , n'est en aucune manière due à la formation de particules nouvelles, comparables au pigment ou à d'autres matières; elle consisterait uniquement ÔD lit) changement! dans la constitution moléculaire de la lentille et dans les phénomènes intimes de la nutrition de. cet organes

Les cataractes noires sont-elles toujours identiques, ou bien des conditions variées sont-elles susceptibles de présider à leur formation? Cette dernière bypolhèse paraît la plus probable, et il y a de fortes présomptions d'admettre que celles dont l'origine est traumatique se rattachent plus particulièrement à la théorie de l'imbibition sanguine. La rareté d'ailleurs de ce genre d'altérations rendra longtemps cette question indécise.

CATAïucTE verte. — J'ai rencontré à la consultation privée du professi m Jaeger, une femme d'une quarantaine d'années, brune, robuste, et présentant à l'oeil droit une cataracte verdâtre. Elle voyait de cet œil l'ombre des corps qu'on faisait passer devant lui; les mouvements de l'iris étaient réguliers dans cet organe. Interrogé par le professeur sur la conduite qu'il y avait à suivie dans un cas semblable, je répondis que, bien que verdâtre, la cataracte ne me semblait pas d'une mauvaise nature, que cette circonstance ne me paraissait pas contreindiquer l'opération. Jaeger se refusa à la pratiquer, malgré les désirs près» sauts de la malade; d'après cet oculiste, toutes les cataractes qui offrent une telle coloration sont le produit d'une disposition dyscrasique qui peut causer des accidents très-graves après l'opération; la vision ne gagne rien ou ne gagne que peu par cette dernière ; un jeune chirurgien surtout doit s'en abstenir, même quand l'iris est doué de mobilité ; il faut, si on l'entreprend, prévenir le malade que le succès est des plus incertains.

Doit-on considérer une cataracte comme glaucomateuse, par cela seul qu'elle est pourvue d'une teinte verdâtre? Je ne le pense pas, et je partage à cet égard les idées de Cunier, de Jùngken et d'un bon nombre d'autres oculistes. Nul doute qu'il n'y ait aucun succès à attendre de l'opération d'une cataracte glaucomateuse proprement dite, c'est-à-dire d'une cataracte molle, d'un vert sale, compliquée d'un travail phlegmasique irtra-oculaire, de douleurs orbito-fruntales, de pbotopsie, d'une cécité complète, etc. Mais si la cataracte étant verdâtre, la consistance et le volume du globe sont à l'état normal, si cet organe n'est pas douloureux, si ses membranes offrent leur couleur et leur texture naturelles, si l'iris est mobile, si la faculté visuelle existe au même degré que dans les cataractes ordinaires, je ne vois pas pourquoi ne point opérer de tels malades, comme Beer et beaucoup d'autres l'ont fait d'ailleurs avec succès.

La cataracte verte et non glaucomateuse est toujours dure; aussi présente-t-ellc . une ombre portée très-marquée. M. «Siebel a observé que ces cataractes ne possédaient plus, après avoir été extraites, la coloration qu'elles avaient dans 1 œil, mais étaient jaunâtres. La mfance verdâtre proviendrait, d'après cet oculiste.

CH.U'ITUK VU.— MAl.Al'IKri bU SYSTÈME LENTICULAIRE. Ao9

du mélange de la couleur naturelle de la ehoroïdeavec la teinte jaunede la lentille.

cataracte lamellaire c T stratif i Éii (cataracte à couche; cataracte à opacité isolée d'une couche de libres; Scluchstaar). Cette variété, dont il n'est question dans presque aucun ou\rage d'ophthalmologie, a été décrite depuis .peu par Edouard Jaeger, de Graefe, Mùller (d'Oldenbourg) et quelques rares observateurs. Elle consiste dans un obscurcissement circonscrit d'une lame mince de la lentille intermédiaire au noyau et à la substance corticale, ces parties continuant à rester transparentes.

Une grande divergence d'opinions existe, eu égard à la fréquence de la cataT racte stratifiée. Tandis que quelques-uns la regardent comme l'une des variétés les plus communes des maladies de l'appareil lenticulaire, dans le jeune âge, d'autres ne l'ont guère rencontrée que quatre ou cinq fois sur mille cataractés. Les premiers temps de la vie semblent l'époque où elle se développe le plus fréquemment ;. toutefois, on n'a guère l'occasion de la constater avant l'âge de quatre ou cinq ans, parce que le jeune sujet n'ayant pas besoin d'exercer sa vue d'une manière soutenue, la lésion avait passé inaperçue. C'est, en général, pour une myopie exagérée que les parents de ce genre de malades viennent demander les avis de l'homme de l'art, alléguant fréquemment qu'aucun verre de lunette n'a pu apporter quelque amélioration à leur vue. Que l'affection, d'ailleurs, soit congénitale ou acquise, elle fait d'ordfnaire des progrès assez rapides, au début de la vie, puis reste slationnaire, pendant un temps indéfini, et parfois même pendant le reste de l'existence. Quelques faits démontrent que l'opacité peut envahir à la longue la totalité de la lentille.

Cette variété pathologique est si peu connue que nous croyons devoir mentionner encore quelques détails publiés par M. de Graefe

Une opacité faible, peu saturée, est constatable derrière l'orifice pupillaire. Vient-on à instiller entre les paupières une solution mydriatique, on voit que l'opacité est séparée, par une ligne de démarcation nettement tranchée, d'une zone périphérique transparente appartenant également au cristallin. Quand, ce qui arrive presque constamment, la partie antérieure de la couche opaque n'est' pas recouverte par quelques points blancs, le degré de saturation de l'obscurcissement, du centre au bord de la plaque parait homogène cl identique.

Après avoir extrait des cataractes de ce genre sur quatre individus de trente à cinquante ans, et qui en étaient affligés depuis leur enfance, M. de Graefe constata que le cristallin offrait une substance corticale parfaitement transparente, une couche opaque très-tranchée, d'un demi-millimètre environ, sur les cristallins desséchés, enfin un noyau, qui présentait sa diaphanéité normale, si ce n'est chez les deux plus âgés de ces malades sur lesquels il était d'un jaune d'ambre.

Soumise à l'examen ophthalmoscopique, la région trouble paraît foncée et , nettement limitée. Explorée à la lumière tombant perpendiculairement sur

' Archiv fur Ophthalnmlorfe, 1. 1, partie, p. *35.-Voir, pour la représenta^,, de celle calaracle, la page 2M du même volume.

l'œil, elle offre, dans ses parties centrales, une transparence d'un rouge bru-, nàliv, quand L'opacité n'esl pas trop saturée; le bord de celle-ci semble plus foncé, circonstance qui dépend probablemenl de ce que la lumière y arrive plus obliquement et ne l'atteint qu'à un degré plus faible. Le reflet rougeâtre s'éva- , Qouit complètement et toute l'opacité a une apparence foncée identique, quand la lumière arrive obliquemenl à la pupille.

La cataracte stratifiée est sujette à présenter quelques modifications. Dans certains cas, la plaque opaque est sillonnée de bandes qui procèdent en rayonnant et qui manquent tout, à lait dans plusieurs circonstances. Dans d'anlrcs, des appendices de toute sorte se prolongent dans la substance corticale. Cemétamorphoses semblent ne se constituer que par exception et à un âge avancé de la vie.

Tant que l'opacité n'est pas saturée, la vision est relativement bonne ; l'estelle, au contraire, les conditions d'agrandissement de la pupille donnent lieu aux différences les plus marquées, quant à l'accomplissement des fonctions visuelles. C'est ainsi que des sujets peuvent à peine se conduire avec quelque sûreté, tandis qu'ils lisent et distinguent des objets tenus à un demi-jour ou après la dilatation artificielle de leurs pupilles. Une myopie se constitue peu à peu comme dans les opacités du centre kératique. Quant aux tentatives conseillées contre la forme morbide dont nous venons déparier, elles trouveront plus méthodiquement leur place dans la partie consacrée au traitement chirurgical de la cataracte.

Les corollaires pratiques, qui découlent de ces documents, c'est que quand on est consulté par des sujets, pour des enfants surtout atteints d'un haut degré de myopie, l'idée d'une condition modifiable par des verres concaves ne doit pas seule dominer l'esprit de l'homme de l'art. Il explorera le champ de la pupille avec l'ophthalmoscope et à l'éclairage oblique, et peut-être trouvera-t-il dans cristallins des dispositions d'opacités qui lui donneront la clef des phénomènes qui se présentent à son observation et lui indiqueront une voie rationnelle d y porter remède.

cataracte a trois branches (cataracte déhiscente de Jacger). — Life est caractérisée par trois rayons grisâtres ou noirâtres, qui se dirigent en divergeant du centre du cristallin à sa circonférence, et le divisent en trois parties égales; ces dernières, privées aussi de transparence, mais d'une teinte moins foncée, çl le plus habituellement d'un blanc bleuâtre, forment chacune un triangle dont le sommet occupe le centre et dont la base, en arc de cercle, répond a la circonférence de la lentille. L'anatoinie démontre (page 15) que les lames de la lentille, superposées comme les tuniques d'un oignon, se développent par trois pièces principales qu'on peut isoler chez le fœtus, mais qui sont si mtmiemenl i éunies plus tard, qu'on ne retrouve plus aucune trace de leur séparation prima tive ; ces pièces se sont disjointes chez les personnes affectées de cataracte a troj branches, ci. les trois lignes d'une teinte foncée ne sont autre chose que les interstices qui existent entre les trois portions triangulaires. La déhiscence (H cristallin doit être considérée comme un signe du ramollissement des coUctW superficielles de cet organe. Tantôt ces couches sont seules conqu ise, dans

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