CHAPITRE VII. — MALAMKS DU SXSlàlMB l.KN riCCLAlKK. -ioo
consistance des cataractes devait encore être prise en considération, eu égard à la dépression de la puissance visuelle.
La cataracte peut donner naissance, pendant son développement, à quelques phénomènes que nous n'avons pas mentionnés et qui ne doivent pas être omis. Dans les premiers temps de sa formation, le malade aperçoit ordinairement des corpuscules qui voltigent dans l'air; quelquefois il porte spontanément la main aux yeux et les frictionne, comme pour enlever un corps étranger qui s'est introduit derrière les paupières et qui gène sa vue. Les anciens appelaient imaginations ces objets bizarres et variés que croient voir les malades, tels que flocons de neige ou de laine, fds, cheveux, etc. Les modifications fréquentes que subissent les groupes moléculaires opaques et le mode de transmission de la lumière, tant que la*cataracte n'est pas arrivée à un plus haut degré de développement, rendent compte de l'inconstance de ces illusions, à la production desquelles peut encore prendre part une congestion vers le bulbe. Les myodésopsies dépendent souvent de cette dernière cause ; les pholopsies doivent lui être attribuées. Il peut encore arriver, pendant que la cataracte se forme, que le malade se plaigne de souffrances dans l'œil ou dans la tète, ce qui dénote une lésion concomitante, les cataractes non compliquées n'étant jamais accompagnées de douleurs.
Si les deux globes s'affectent conjointement, le sujet s'aperçoit de la maladie qui l'atteint, dès son origine; mais quand un seul de ces organes est envahi, l'autre suffit à la vision, et ce n'est ordinairement que longtemps après, quelquefois même par le pur eifet du hasard, qu'il reconnaît que les fonctions visuelles sont émoussées dans le premier. Je suis convaincu que la plupart des cataractes qui, au dire de quelques auteurs, sont survenues spontanément à la suite d'un violent chagrin, d'un excès de table, etc., existaient déjà sans que les malades en soupçonnassent la présence. Habituellement, la cataracte attaque d'abord un œil, n'envahissant l'autre que plus tard. Elle peut toutefois se borner à un seul côté ; c'est ce qui arrive presque constamment quand les causes qui l'ont produite dans un œil étaient extérieures et toutes locales, comme des lésions traumatiques.
Article 2. — Variétés diverses.
Les cataractes lenticulaires, capsulaires et capsulo-lenticulaires, peuvent offrir certaines modulations de consistance, de forme, de couleur, etc., d'où proviennent quelques variétés d'autant plus dignes d'être notées que plusieurs d'entre elles sont susceptibles d'exercer quelque influence sur le choix du procédé onératoire. 1
cataracte »o.»e -L'une des formes les plus rares de la cataracte lenliculairo M sans contredu la cataracte noire. Tous les oculistes oui vu des ealancles res-foneces •„„ gris d'acier, etc.; il en est peu nui aient obs ve d e ont la paplle s„mblail pa,.railenlenl lMKCl «pendant étaient IV , <i une cataracte, cause unique de leur cécité.
'l.">(> MYRB 11. — MALADIES DU &LOBE OGUXiAXOE.
Ousehvation XX VI. — Le malade do ni parle Pellier était vieux et aveugle depuis une quinzaine d'années. On croyait à une goutte-sereine incurable. Pellier ne reconnut aucune lésion apparente; les prunelles étaient belles et noires, les mouvements de l'iris normaux , la lumière pouvait êlre distinguée des ténèbres. Interrogé sur quelques circonstances commémoratives , le malade dit qu'il avait longtemps aper<;u des toiles d'araignée et des mouclierons, que sa vue avait baissé peu à peu et s'était éteinte sans aucune douleur. Pellier, soupçonnant une cataracte se décida à attaquer un œil, ce qui, dans l'hypothèse d'une erreur de diagnostic, ne pouvait offrir aucun inconvénient sérieux. Dès que la lentille gauche fut extraite, le malade reconnut les objets. L'autre o;il fut opéré à l'instant même avec un égal succès. Les cristallins étaient très-épais, et noirs comme do l'encre.
Ouskkvation XXVII. — Chez le général Molck , opéré à Vienne en 4760 par Wenzel le père, telle était la netteté des pupilles que Vanswieten et de Haen s'étaient prononcés pour une amaurose. A peine la cornée et la capsule antérieure du côté droit furent-elles ouvertes que le cristallin, s'échappant avec vitesse, tomba à terre et se brisa; il était presque noir, et d'une consistance très-ferme et comme plâtreuse. Le cristallin de l'autre œil fut examiné en son entier: il était aussi noir que le premier, et plus dur encore. Le malade recouvra la vue.
Observation XXVIII. — Maunoir a rapporté l'exemple d'une extraction de cataracte de ce genre qu'il avait faite à l'œil droit du capitaine Chaillet , âgé de quatre-vingtquatre ans. Cet organe distinguait le jour de la nuit ; la faculté de contraction et de dilatation de l'iris y était conservée; mais la teinte foncée de la prunelle avait porté les gens de l'art à diagnostiquer une amaurose. « Je frémissais, dit le chirurgien de Genève, de l'idée que l'opération ne mit eu évidence un cristallin transparent. Comme j'ai l'habitude de dilater la pupille par l'application de la belladone, j'espérai acquérir quelque notion importante en mettant dans la plus grande étendue le cristallin à découvert. L'extrait de belladone détermina une dilatation considérable; la couleur noire du cristallin prit une apparence brunâtre très-foncée, et toute sa circonférence m'offrit des stries rayonnantes assez courtes, d'un blanc jaunâtre, qui, placéessur un fond presque noir, donnaient au cristallin une apparence assez semblable à la fleur qu'on nomme (jorteria. La vue de cette Heur radiée ranima mes espérances et me décida à faire l'opération J'eus le plaisir d'obtenir un cristallin d'une opacité et d'une dureté remarquables , et d'un brun assez foncé pour avoir fait croire que la pupille avait toute sa transparence. Je continue à avoir des nouvelles de ce malade : il lit l'écriture la plus line, imprimée ou manuscrite 1 »
On voit par les faits qui précèdent, et auxquels il nous serait facile d'en ajouter bien d'autres encore, que l'amaurose est la seule maladie avec laquelle on a pu confondre la cataracte noire. Il existe des probabilités pour cette dernière : 1° lorsque la pupille a perdu l'éclat qu'elle doit surtout à la diaphanéité du cristallin et du corps vitré, et offre une teinte terne, un noir mat; 2° quand l'iris conserve la faculté de se mouvoir d'une manière régulière; 3° lorsque le malade distingue le jour de la nuit et les ombres des corps; i" quand la perception de la lumière est plus développée à une demi-obscurité qu'au grand jour et que les mydriatiques l'améliorent ; 5° quand les phosphènes se manifestent suivant les conditions normales. Si la cécité est survenue d'une ma-
Gazetle médicale, année 1831, p. 133