CHAPITRE Vil. — MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE. Ail
autres décrivent. C'est en imprimant à la bougie des mouvements latéraux et de circumduction qu'on rend plus patente la manifestation du phénomène.
Le moyen qui vient d'être indiqué , et que les éléments d'exploration dont nous disposons rendent fort superflu, ne nous semble pas offrir toute la lidélité que lui ont attribuée Sanson et d'autres chirurgiens. 11 résulte, en effet, de l'observation clinique qu'un œil peut offrir une cataracte très-reconnaissable, condition qui ne s'oppose pas à l'apparition des trois images.
Le décollement de la rétine, l'œil de chat amaurotique, le reflet glaucomatenx et les autres opacités des profondeurs del'œil sont aujourd'hui trop facilement constatables pour qu'il soit possible de les confondre avec la cataracte. On serait de prime-abord tenté de croire à un trouble existant dans l'appareil lenticulaire, si l'on examinait superficiellement un œil offrant à la cornée un obscurcissement situé vis-à-vis de l'orifice pupillaire ; l'inspection latérale dissiperait toute erreur.
Article 4. — Étiologie.— Anatomie pathologique.
Un grand nombre d'assertions conjecturales ont été émises en ce qui concerne Fétiologie des opacités cristallines. Maître-Jan invoque l'invasion d'une sérosité acide et mordicante ; Saint-Yves l'épaississement et la viscosité des sucs nourriciers chargés d'alimenter la lentille. Baumes et Chenevix pensent que très-probablement la cataracte provient souvent d'une prédominance d'acides dans le système animal, particulièrement de l'acide phosphorique, chez les sujets goutteux, agents qui donneraient lieu à la coagulation de l'albumine lenticulaire. Leroy (d'Eholles), auteur d'un travail fort remarquable sur la formation de la cataracte1, adopte l'opinion qui vient d'être mentionnée et considère, en outre la concentration des rayons solaires sur l'œil et l'électricité développée en nous ou hors de nous comme causes puissantes de la coagulation de l'albumine du cristallin. Plus récemment (juin 1857), M. Castorani a fait part à l'Académie des sciences d'une communication dans laquelle il a eu pour but de démontrer à la suite d'expériences nombreuses, que la cause des cataractes lenticulaires' était imb.bition du cristallin par l'humeur aqueuse, et, dans quelques cas, la pénétration dans la substance de la lentille de l'humeur vitrée ramollie et de sécrétions anormales de la coque ophthalmique; ces .conditions donneraient lieu à 1 obscurcissement du cristallin, par suite d'un dérangement moléculaire. Le docteur Lohmeyer est fondé à penser , d'après des observations cadavériques qui lui sont propres, que le sucre quïest susceptible de contenir l'humeur vitrée des diabétiques, peut agit sur la transparence du cristallin en se transformant en acide lactique.
Quoi qu'il en soit de ces explications , il est aujourd'hui bien démontré que -liesse est la cause capitale des opacités de la lentille. Le marasme local qu., chez les gens âges, se révèle, dans cette dernière, par la teinte ambrée du
1 Thèso inaurjurale. Paris, 1824, no 209.
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noyau et par lo gérontoxon, produit deux dispositions qui, à vrai dire, sont déjà des commencements de cataracte. De là, à des obstacles plus accentués, à des conditions susceptibles de contrarier gravement la progression des rayons de' lumière, il n'y a qu'un pas. Or, cette altération des cristallins (phacoscléromc) dérive delà diminution, d'une abolition plus ou moins complète de ses moyens de nutrition, sous l'influence surtout , qu'invoque avec juste raison M. Dubarry, de l'atrophie progressive de la choroïde. Si la vieillesse engendre l'oblitération de vaisseaux beaucoup plus volumineux que ceux qui sont chargés d'alimenter les différentes parties constituantes de l'œil, ne doit-elle pas, à fortiori, amener l'atropbie de ces derniers , qui sont si ténus , surtout dans leurs ramifications les plus extrêmes. Le dépérissement, que les progrès de l'âge font subir à nos organes , se manifeste quelquefois prématurément dans l'appareil seul de la vision, par suite de certaines dispositions héréditaires d'où proviennent les cataractes de ce nom (page 88). Le rhumatisme, la goutte, les différentes diathèses connues , la rétrocession des dartres, un bon nombre d'affections chroniques ont été placées avec quelque raison dans l'éliologie de la cataracte. Si elles ne paraissent pas influencer d'une manière directe la vitalité des lentilles, on ne saurait méconnaître qu'elles ne puissent solliciter vers l'intérieur du globe un mouvement congestif , le plus souvent sourd et insidieux. Sans en administrer péremptoirement la preuve, il n'est point irrationnel d'admettre qu'un tel travail soit apte à engendrer des étranglements internes , des obstacles plastiques , des rétrécissements, des oblitérations vasçulaires, conditions qui agissent sur l'appareil cristallinien comme celles qui président à la constitution des cataractes dans la période avancée de la vie.
Il résulte de mes observations que les sujets qui font abus des liqueurs alcooliques sont plus particulièrement affectés de conjonctivite chronique et d'amblyopie, mais qu'ils ne présentent pas plus souvent des cataractes que les individus sobres. On a prétendu que la lésion qui nous occupe était très-commune en Turquie, et quelques-uns ont attribué ce phénomène à l'abus de l'opium. Pendant mon séjour à Constantinople, en 1838, j'ai consulté à cet égard plusieurs médecins exerçant depuis longtemps dans cette capitale ; tous m'ont assuré que la cataracte n'y était pas plus fréquente que partout ailleurs. L'abus de l'opium est une fable dont les voyageurs ne tardent pas à reconnaître la fausseté; s'il est des Turcs qui en font usage, ils constituent une minorité imperceptible dans la population, et sur les habitudes de laquelle il est peu rationnel de fonder une opinion étiologique. < ,
Les ouvriers, qui ont passé une grande partie de leur vie exposés à 1 action de la poussière calcaire, sont prédisposés à la cataracte , d'après Bcer, qui range encore au nombre de ses causes l'influence des acides à l'état liquide ou gazeux. Tarira rapporte qu'un jeune homme fut exempté de la conscription pour des cataractes qu'il s'était volontairement données à l'aide de lotions avec de 1 acide nitrique étendu d'eau. Quelques documents, précédemment exposes (page expliquent le mode d'action de ces substances, dans les cas de ce genre. I arffl les causes occasionnelles les plus communes de la cataracte, il faut citer es piqûres, les coupures de l'appareil lenticulaire, l'ébranlement et parfois le dccWr
chapithb vu. — maladies du système lenticulaire. 473 tonnemcntde cet appareil par des coups, des chutes, des commotions de toute sorte. Brisseau parle d'une jeune fille qui, ayant été renversée par le tonnerre, levint aveuglé} en examinant ses yeux, on ne put méconnaître l'existence de doux cataractes. M. Rivaud-Landrau a également relaté l'exemple d'une villageoise qui, surprise en rase campagne par un violent orage, chercha un abri sous un arbre ; quelques moments après, elle tombait frappée de la foudre, et le lendemain, elle avait perdu la vue à l'œil gauche, atteint de cataracte. Ce praticien se demande si la sidération par le fluide électrique agissant sur le système lenticulaire peut rendre compte de celte opacité subite, ou bien si cette dernière ne reconnaîtrait pas plutôt pour cause une commotion qui aurait brisé les connexions de la lentille. Bien que cette dernière condition me semble la plus probable, il ne me paraît point impossible que l'électricité ait ici joue un rôle direct et spécial .
Les recherches de M. Ch. Robin, sur les dispositions anatomo-pathologiques que présente la généralité des cataractes , l'ont conduit à quelques résultats dignes d'être connus des praticiens. Dans les cataractes molles, que les désordres localisés dans la substance corticale des lentilles se présentent sous forme de stries, de lignes, de points, etc., ou que l'opacité ait une apparence homogène ou à peu près uniforme, la lésion est la même; il n'y a de différence que dans son étendue. Les modifications survenues par suite de troubles dans le renouvellement moléculaire nutritif, consistent surtout en un passage à un état plus granuleux, avec aplatissement en bandelettes des tubes (page 15), qui, en même temps, perdent leurs noyaux. Cet état granuleux envahit aussi les fibres dentelées. Les cellules du cristallin ont disparu, se sont réduites en granulations. En même temps, se sont produites, entre les tubes réduits à l'état de bandelettes, des granulations moléculaires libres, des gouttelettes limpides et des gouttes huileuses. Il s'est en outre formé , dans cette couche superficielle, des corpuscules solides, arrondis, ou de configurations variées, soit homogènes, soit granuleux, et englobés ou non dans une substance cireuse. Il s'y dépose quelquefois du phosphate de chaux mélangé de traces de carbonate de cette base. Il résulte de ces modifications diverses que les couches périphériques du cristallin, et parfois son noyau, sont réduits à un état hétérogène, contractent une teinte blanche ou grisâtre, de telle sorte que la lumière, au lieu de les traverser , est réfléchie par ces particules d'espèces diverses. Le fluide lactescent, que présentent les cataractes liquides, lient en suspension des gouttes graisseuses, des corpuscules et des granulations solides. Les cataractes dures enfin montrent au fond la composition anatomo-pathologique des cataractes molles ; il ne s'est pas produit d'éléments essentiellement différents de ceux du cristallin normal, sauf les corpuscules solides , granuleux ou non, et les gouttes graisseuses exsudées des éléments préexistants qui se sont altérés. La lésion consiste notamment en une modification intime des éléments lenticulaires devenus plus consistants, plus fermes chacun individuellement et plus adhérents les uns aux autres que dans les conditions physiologiques. Ces éléments, ainsi transformés, sont plus granuleux, cause essentielle de l'opacité, tandis que les autres causes de celle-ci sont la production des corpuscules solides et l'exsudation des gouttes huileuses.
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Des. cristallins cataractes ont montré à l'exploration microscopique des cristaux de cholestérine. M. Marcel paraît avoir rencontré dans quelques autres de la fibrine coagulée. Les cataractes dites pierreuses sont généralement, en trèsgrande partie, constituées par du carbonate de chaux avec un peu de phosphate de chaux cl de phosphate de magnésie.