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CHAPITRE Vil. — MALADIES DU SYSTÈME LENTICULAIRE

géance, qu'il n'a jamais obtenu la guérison radicale d'une cataracte lenticulaire par une voie purement médicale ; toutefois, il juge opportun d'exposer les résultats des expériences faites par l'application de l'ammoniaque aux tempes , dans les cataractes molles ou liquide». « Je vous prie de croire, dit-il, que ces expériences ont été entreprises par moi dans un but uniquement scientilique , et nullement dans un but de charlatanisme. Je les ai faites non dans ma pratique privée, mais dans une clinique publique, en présence d'une centaine d'élèves. J'ai tenu des notes très-exactes et j'en ai fait tenir aussi par d'autres personnes, que j'ai priées d'assister à ces expériences. Lorsque j'ai lu, dans le journal publié par Rognetta, les articles où il était fait mention des expériences de M. Pugliatti, j'ai éprouvé quelque ctonnement; je ne comprenais pas comment l'ammoniaque, appliquée sur la tempe, pouvait agir sur le cristallin. J'ai donc aussi voulu, dans un but que je dirai uniquement physiologique, voir si, réellement, je pourrais obtenir, par l'application de l'ammoniaque , quelque changement dans un cristallin devenu déjà opaque. J'ai fait des essais sur une quinzaine d'individus, et je puis vous assurer que,<m moins sur la moitié d'entre eux, j'ai vu des changements tellement étonnants dans le cristallin que je ne pourrais trouver d'expression suffisante pour les indiquer. Un enfant de deux ans avait une cataracte presque laiteuse, qui l'avait rendu complètement aveugle. Or, par l'application de l'ammoniaque aux tempes, répétée cinq ou six fois, j'ai pu constate!' une diminution extrêmement remarquable de cette opacité; cet enfant, qui auparavant ne voyait absolument rien, pouvait distinguer un peu les objets, et, lorsqu'on lui tendait la main, il pouvait la prendre. Dans d'autres cas, les parties périphériques du cristallin devenaient beaucoup moins opaques qu'elles ne Tétaient auparavant. J'ai l'intime conviction que l'ammoniaque, appliquée convenablement aux tempes et mise en usage un nombre suffisant de fois, agit sur le cristallin. C'est un fait sur lequel il ne me reste aucun doute. »

L'allégation de M. Debout est d'autant plus importante, qu'il a été lui-même chef d'une clinique ophthalmologique à Paris. Si le congrès veut bien instituer une commission , il s'engage à lui envoyer cinq observations de cataractes qui ont rétrogradé par l'intervention de l'ammoniaque.

Un jeune oculiste fort exercé, le docteur Ceccarini, me racontait qu'un étudiant en médecine allemand , atteint d'une cataracte lenticulaire peu avancée, fut traité par un professeur de notre école à l'aide de collyres iodurés, de frictions de même nature sur le front et de l'iodurc de potassium à l'intérieur. Quelques mois après, les stries avaient disparu, et le cristallin jouissait de sa transparence normale. M. Ceccarini, qui connaît le malade, a constaté ces phénomènes et avant et après le traitement.

M. Guépin répond aux adversaires du traitement médical des cataractes, qui disent avoir essayé et avoir échoué : «Pendant quatre ou cinq ans, j'ai essayé, mais médiocrement et dans de mauvaises conditions, et j'ai échoué ; mais j'ai recommencé et j'ai réussi'. M. Guépin déclare qu'il possède des exemples de

i Le traitement du docteur Guépin se rapporte aux chefs suivants : 1- Ventouses au cou et entre les épaules , quelquefois aux cuisses et aux mulets; 2° Vcsicaiions sur le

476 i.iviui h. — M.u.ADii'.s nu atovB oculaire.

rétrocession d'opacités lenticulaires dans des cataractes (jui ont commencé par les bords dans d'autres qui ont débuté par lecentreet dans «les cataractes enfin qui ont eu puni' poinl de départ le pôle postérieur du cristallin.

En présence des faits qui ont été relatés, seraient-ils même exagérés, je l'accorde, je ne crois pas qu'il faille abandonner au cliarlatanismc les malbeurcux affectés d'une cataracte à" ses débuts. Faut-il donc leur dire : 11 n'y a chez vous qu'une seule ressource, c'âst que vous deveniez aveugle : nous aviserons ensuite. La question, d'ailleurs, de la véritable nature, de l'essence intime des opacités lenticulaires, a-t-ellc été jugée sans appel? Ne peuvent-elles pas varier dans les différentes phases de leur formation? Ces opacités sont-elles identiques chez tous les malades? Qu'y aurait-il de surprenant qu'un trouble léger du cristallin cédât à des moyens thérapeutiques , quand nous voyons ces derniers triompher de produits plastiques accumulés dans la pupille, et de taies parfois fort étendues de la cornée.

Pour moi, tout en n'ayant , en définitive , qu'une très-médiocre confiance dans la curabilité de la cataracte sans une opération chirurgicale, lorsque je suis consulté par un sujet jeune encore et atteint de cette maladie dans un état modéré de développement et exempte, ce qui arrive presque toujours, de complications congestives, je prescris une médication qui se compose le plus babituellement de vaporisations ammoniacales graduées et de résolutifs, parmi lesquels je place au premier rang les' iodiques. Je renonce au traitement , s'il a échoué après un laps de temps raisonnable ; je l'abandonne, à plus forte raison, si les progrès de l'opacité continuent.

Observation XXIX. — Parmi les malades qui ont eu à se louer de ces essais, je citerai l'exemple d'une jeune fille, Alexandrine de Gand, qui, à l'époque où elle me consulta pour la première fois à mon dispensaire (juin 4 853), me parut atteinte d'une cataracte incomplète au globe droit. Je dilatai la pupille à l'aide d'une solution concentrée d'extrait de belladone, afin de mieux assurer mon diagnostic. Il y avait dans le cristallin une opacité profonde sous forme d'une plaque striée centrale. La malade apercevait constamment une ombre devant l'œil droit, qui ne pouvait plus lui servir pour la couture ; l'organe d'ailleurs se trouvait, quant à ses autres éléments, dans des conditions normales. Je prescrivis des vaporisations ammoniacales, l'onguent napolitain camphré, et plus tard des pommades iodurées en frictions sur le front. L'opacité s'évanouit au point de devenir à peu près imperceptible. Lors de la dernière consultation, en 1 855, cette jeune fille jouissait, à l'œil droit, d'une vue assez parfaite pour pouvoir facilement enfiler une aiguille, et elle ne demandait plus pour cet organe aucun secours.

front, les tempes et derrière les oreilles', avec un mélange d'une partie d'ammoniaque liquide et de deux parties d'huile camphrée, préparation qu'on applique pendant d.x ou quinze minutes, avec des rondelles de ouate non gommée, ou après qu'on a enlevé la partie gommée; 3» Frictions au voisinage de l'organe affecté avec le carbonate, le chlorhydrate et l'iodhydrate d'ammoniaque , en pommades , ces divers sels emp byés seuls ou associés l'un à l'autre; 4' Introduction entre les paupières d'une pommade au chlorhydrate et à l'iodhydrate d'ammoniaque; B« Mercuriaux sous diverses formes, 6° Traitement interne qui varie suivant la cause réelle ou présumée de la cataracte.

CHAPITRE VII. — MALADIES PU SYSTÈME LENT1CULA1IIK. 4-77 Observation XXX.— Chez madame Joly, âgée de trenlc-cinq ans environ , dont je commençai le traitement le 31 juillet 1 8G0, je constatai aux deux yeux, à l'aide de l'éclairage oblique, la présence de très- fortes stries, qui convergeaient vers le cenlre des deux lentilles. La vue de la malade élait tellement confuse au grand jour, et surtout au soleil, qu'elle ne pouvait distinguer les trottoirs et avait beaucoup de peine à se conduire. Au bout d'un mois de l'emploi de la médication à laquelle je la soumis, la vision avait éprouvé une amélioration des plus notables, et elle se guidait avec facilité. Les médecins qui fréquentent mes consultations cliniques purent vérifier comme moi qu'un grand nombre des stries lenticulaires s'étaient divisées et converties en traînées de points blanchâtres Je persévère aujourd'hui dans l'emploi des mêmes moyens, dont les bons résultats sont accusés par la malade.

Si nous prescrivons plus particulièrement, dans l'espèce, les préparations ammoniacales et iodurées, c'est qu'autour de ces deux ordres de moyens semblent se grouper le plus de succès en ce qui concerne la question qui nous occupe ; leur emploi, d'ailleurs, n'est-il point ici très-rationnel? S'il est vrai que la cataracte des sujets peu avancés en âge dérive d'un trouble dans la nutrition des lentilles, trouble pathologique et non pour ainsi dire physiologique comme celui qui survient chez les gens âgés, est-il illogique d'admettre que le gaz ammoniacal, quand on emploie les vaporisations de ce genre, pénètre à travers les pores de la cornée, stimule l'organe tout entier, et sollicite, tant dans les parties opaques que dans les éléments qui président à la nutrition du cristallin, un mouvement qui facilite l'action des autres moyens, des iodiques surtout, dont on invoque simultanément le secours ? En ce qui a trait à l'application de la pommade de Gondret sur le front, les tempes, le sinciput, nul cloute qu'elle n'agisse sur la cinquième paire dont le rôle dans la nutrition de l'œil a été déjà l'objet de notre examen (pag. 352) ; à ce titre, cet élément thérapeutique ne peut-il point aussi nous rendre de précieux services?

M. Mialhe explique d'une autre manière les effets de l'intervention des vapeurs ammoniacales et de l'iodure de potassium dans les cas de ce genre 2; ils remédieraient, d'après lui, au défaut d'alcalinité auquel il croit devoir attribuer les opacités lenticulaires. Il fait observer, en effet, que l'albumine des humeurs animales est naturellement insoluble ; elle doit*sa transparence parfaite, qui simule en tous points la dissolution, à la présence, dans l'organisme, des alcalis libres ou carbonates ; dès que cette alcalinité disparaît, la transparence de l'albumine disparaît également. Après avoir préparé trois dissolutions salines légères, la première neutre, la seconde alcaline et la troisième acidulée par de l'acide acétique, M. Mialhe plongea dans chacune d'elles un œil de bœuf parfaitement sain • quelques heures après, les yeux, placés dans le liquide neutre et dans leliquide alcalin, avaient conservé leur diaphanéité, mais l'œil qui

» M. de Graefe croit qu'il peut y avoir contraction, rapetissement des stries du cristallin, mais qu'il n'y a jamais éclaircissement proprement dit. Les opacités postérieures surtout peuvent toujours se limiter et diminuer par contraction. (Compte rendu du congrès ophlhalmolorjique de Bruxelles, séance du 15 septembre 1857.)

2 Mialhe, Chimie appliquée à la physiologie et à la thérapeutique. Paris, 185G, p. 628

avait éprouvé l'impression de la liipieur acidulée était devenu tout à fait opaque. Cet observateur ajoute que, sous l'influence d'une médication alcaline, l'albumine récupère sa. transparence et les humeurs reviennent à leurs conditions physiologiques. « L'action fluidifiante des alcalis sur les liquides albuminoïdes, dit-il, nous a fait penser qu'on, pouvait prétendre à un résultai satisfaisant, dans certains ras de cataracte. Non-seulement les principes y conduisent, mais les expériences tentées sous différentes formes ou par des moyens variés, quoique à peu près les mûmes au fond, le démontrent suffisamment. Les effets curatifs obtenus soit avec le collyre de Leayson1 dont la base est l'ammoniaque gazeuse, soit avec le collyre de Gimbernat, dont l'action est due à la potasse caustique, soit enfin avec le borax, tous composes alcalins fluidifiants, avaient sans doute rapport à des cas de cataracte naissante. La médication alcaline nous parait devoir être essayée contre la cataracte. Pour être efficace, elle exigerait une certaine énergie, et ne serait possible qu'au début de la maladie. Elle se composerait de l'emploi simultané de l'ammoniaque gazeuse dirigée avec précaution sur l'organe malade, de l'usage interne de médicaments alcalins, tels que le bicarbonate de soude, l'eau de Vichy, l'iodure de potassium, et de l'administration de bains alcalins. Les chances deviendraient plus favorables encore, si le traitement était secondé par une alimentation végétale. En supposant que le traitement alcalin ne guérît pas la cataracte, lorsqu'il serait appliqué trop tard, il ne saurait assurément être défavorable aux chances de l'opération. Le traitement vanté par certains charlatans, qui prétendaient guérir toutes les cataractes sans opération, avait pour base l'iodure de potassium. Le docteur Rau avance que l'usage prolongé de l'iodure de potassium fait disparaître l'opacité du cristallin ; il a fait, en dehors de l'économie, des expériences qui corroborent les nôtres. Il a placé un cristallin cataracte dans une solution d'iodurc de potassium ; après 24 heures de macération, il a pu distinguer des lettres imprimées à travers le corps opaque, qui avait repris, par le bain iodo-alcalin, une partie de sa transparence. Il y a des observations d'un ordre indirect, qui concourent, pour leur part, à la confirmation de nos idées. D'après des recherches qui nous sont propres, la cataracte non traumatique est plus fréquente chez les carnivores que chez les herbivores, qui.ont toujours les humeurs trèsalcalines2; elle ne se présente jamais chez les vidangeurs, constamment exposés aux émanations ammoniacales. En résumé, à l'aide d'un traitement propre à alcaliniscr les humeurs de l'économie vivante, on peut songer à arrêter les progrès de quelques cataractes, et les guérir complètement. »

Les ressources de la chirurgie sont seules puissantes quand une cataracte

i Le collyre gazeux de Leayson est un mélange, dans un flacon bouché à L'émeri , de sel ammoniac, de chaux éteinte, de cannelle en poudre et d'huile essenuelle de girofle.

'Un médecin qui a longtemps fréquenté mon dispensaire n'avait aucune répugnance à appliquer sur sa langue les cataractes dont j'avais effectué l'extraction. Elles élaieW insipides d'après lui, tandis que les cristallins sains du mouton possédaient une saveur salée très-prononcée.

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