CHAPITRE VII. — MALADIES DU SYSTEME LKNTICIÎLAIUE
noter. « Cette prédominance de la main droite étant originelle et non acquise, dit-il, on voit combien est futile et peu réfléchi le précepte répété, depuis Celse, par presque tous les écrivains classiques. Heureux celui qui lient de la nature une main gauche aussi sure et Terme que la droite ; c'est un privilège que les plus grands efforts ne sauraient donner. » Les difficultés invoquées par le docteur Malgaigne nous paraissent singulièrement exagérées ; tous les oculistes savent, en effet, ce que nous avons constaté nous-mêine par expérience, qu'avec un long exercice du manuel des opérations oculaires, on parvient à manœuvrer indifféremment et tout aussi commodément avec la main gauche qu'avec la main droite.
Il ne faut laisser au patient que les vêtements indispensables et qui peuvent lui être enlevés avec facilité, s'il doit se mettre au lit après l'opération. Il sera toujours plus avantageux de la pratiquer dans la chambre à coucher du malade que dans une pièce éloignée de cette dernière, comme cela se fait habituellement dans les hospices. La prudence exige que vous ayez à votre disposition quelques moyens propres à remédier aux accidents spasmodiques, tels que du vinaigre, ou de l'éther, surtout s'il s'agit d'opérer une femme nerveuse. Quant au chloroforme, auquel quelques rares chirurgiens ont recours, dans l'opération de la cataracte, nous en avons déjà* déterminé l'emploi (pag. 186) et nous aurons encore à y revenir.
Article 2. — Première méthode.— Abaissement, dépression ou déplacement.
Trois paragraphes composeront cet article. Le premier sera consacré à l'ahaissement de la cataracte par scléroticonyxis, le second à son abaissement par kératonyxis, le troisième aux résultats de ces deux actes opératoires.
§ 1. — Abaissement par scléroticonyxis.
L'abaissement simple ou direct et l'abaissement latéral avec réclinaison ou renversement forment deux modes distincts de procéder, sur la valeur desquels nous devons, en débutant, appeler l'attention de nos lecteurs. Dans l'abaissement direct, une aiguille courbe est introduite à travers les tuniques oculaires à 3 ou A millimètres du limbe de la cornée, et un peu au-dessus du diamètre transversal de l'œil, et l'on en place ensuite la concavité sur le bord supérieur du cristallin qu'on déprime verticalement au fond de la chambre postérieure, c'est-à-dire dans la partie antérieure et inférieure du corps vitré. Dans l'abaissement latéral avec réclinaison, au contraire, on fait exécuter à la lentille un mouvement de bascule qui en dirige le bord supérieur en arrière et la face antérieure en haut, et l'on refoule l'obstacle dans la partie inférieure et externe de la masse hyaloïdienne. La région dans laquelle on le transporte correspond à ^espace compris entre le muscle droit inférieur de l'œil et le muscle droit externe (tig. 16).
L'abaissement direct est loin de valoir l'abaissement avec réclinaison, que. nous désignerons désormais par ce dernier terme seul, sous le rapport de la fa-
cihté d'exécution, comme sous celui de lu sûreté des résultats. La circonférence du cristallin présente à l'instrument moins de prise (rue la faxjfi antérieure de cet organe ; l'aiguille ne s'y maintient qu'avec difficulté et glisse tantôt en avant, tantôt en arrière ; si, pendant la manœuvre, la portion inférieure de la lentille se tourne vers l'ouverture pupillaire, la plus légère pression sur son boni supérieur peut la jeter dans la chambre antérieure, surtout si la pupille a élé artificiellement dilatée ; en supposant que la cataracte ait été heureusement abaissée, elle est beaucoup plus sujette à remonter qu'à la suite de l'autre nanière d'agir, car elle n'a parcouru dans le corps vitré qu'un chemin très-courts C'est donc avec raison que la dépression simple a été remplacée par la réclinaison dont nous nous occuperons plus particulièrement dans ce chapitre
appareil instrumental.— L'aiguille à cataracte, droite ou courbe, suffit pour l'exécution de cette opération; celle des anciens oculistes se vissait sur un mancbl à pans qui lui servait d'étui. L'aiguille à cataracte a subi, depuis Celse, des modifications nombreuses auxquelles on ne doit pas ajouter trop d'importance; un chirurgien exercé agira bien avec l'une comme avec l'autre. Prisonnier de guerre en Hongrie, en 1809, et ayant été dépouillé de ses instruments, Assalini n'eut besoin que d'une simple aiguille à coudre, convenablement ajustée, pou opérer à Kopornak deux femmes aveugles. Un colonel, qui l'assistait dans la première opération et qui était peu habitué à de telles fonctions, quitta brusquement la malade et courut s'asseoir sur une chaise, pâle comme un spectre, ce qui n'empêcha pas Assalini déterminer heureusement; la seconde fut faite sans aide. « Quelque temps après, dit cet illustre chirurgien, je revis mes deux opérées en repassant dans ce village; elles avaient recouvré la vue, sans éprouver le moindre accident inflammatoire. »
Plusieurs oculistes allemands, Jaeger père, entre autres, ont adopté, pour la réclinaison par seléroticonyxis, l'aiguille de Beer (pl. II, fig. 1). Elle est droite et consiste en une tige d'acier longue de trois centimètres et demi, légèrement renflée vers le manche, et se transformant, à l'extrémité opposée, en un fer de lance aplati qui, long de 5 millimètres, a un peu plus d'un millimètre dans sa plus grande largeur. Les deux bords de la lance sont interrompus, à la reunion de leur tiers moyen avec le tiers postérieur, par un angle saillant; tranchants dans leurs deux tiers antérieurs, ils convergent avec les deux faces vers la pointe qui est fort acérée; le tiers postérieur de chacun d'eux est mousse. Le manche est octogone et long de 9 centimètres et demi. Les deux pans qui correspondent aux plats de la lance sont les plus larges ; l'un d'eux offre un point noir ou un point blanc, suivant que le manche est d'ivoire ou d'ébène. Le chirurgien peut, à la faveur de cette marque, connaître pendant la manœuvre la direction de, faces et des tranchants de la lance, quand, plongée dans l'intérieur du bulbe, cette dernière se dérobe à ses regards. L'aiguille de Schmidt (pl. Il, Bg.-)<™« de la précédente en ce que sa lance, plus longue et ayant deux milhmetra environ dans sa plus grande largeur, est, en outre, recourbée sur le plat, tige de l'aiguille de Scarpa (pl. 11, fig. 3) se recourbe également vers son extramité. Plane sur sa convexité, elle présente au côté opposé deux surfaces inclinées réunies par une crête saillante. Les deux bords latéraux, plus tranchants et pn