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CHAPITRE VII. — MALADIES DU SYSTEME LENTICULAIRE

Dans l'extraction, pratiquée suivant les véritables règles de l'art, tout se borne à éviter quelques accidents sur lesquels nous avons appelé l'attention du lecteur. Si, pendant très-peu de jours, on arrive à conjurer l'inflammation, à prévenir surtout le phlegmon de l'œil, qui survient notamment à la suite de l'application de cette méthode, un triomphe éclatant doit presque constamment couronner les efforts de l'opérateur. En est-il de même de l'abaissement? J'en appelle au souvenir des chirurgiens et aux déboires que leur a suscités ce mode d'opérer si inconstant dans ses résultats. En admettant même que tout ait bipn marché, dans les huit ou dix premiers jours, grâce à la sévérité des précautions mises en jeu et du traitement employé, qui n'a eu à déplorer, dans la suite, des inflammations opiniâtres, des hypopyons incessants, des névralgies sans fin? L'adage ubi stimulus ibi fluxus ne fut jamais mieux appliqué qu'à cette méthode, dans laquelle aux délabrements produits il faut ajouter l'abandon dans l'œil d'un corps étranger, d'une résolution incertaine, et qui reste indéfiniment plongé dans les profondeurs de l'organe, où il a été transporté au hasard. Elle risquera surtout d'être fatale, de donner lieu à des étranglements pernicieux, par suite de la résistance des enveloppes externes du globe, si l'on soupçonne l'existence d'une choroïde, d'un travail congestif, à allure sourde, dans le bulbe visuel. Nous avons vu enfin que le malheureux qui a subi l'abaissement n'était jamais sûr d'être guéri ; l'épée de Damoclès est constamment suspendue sur sa tête ; le corps opaque peut remonter, très-longtemps quelquefois après avoir été déprimé, et forcer le malade de recourir à une opération nouvelle plus ou moins hasardeuse (voy. page 509). Cet accident est rare, il est vrai, mais il est trop grave pour ne pas inspirer de justes craintes.

Il parait que les succès de l'abaissement étaient jadis si exceptionnels que Raw et beaucoup d'autres chirurgiens méthodiques avaient renoncé à l'exécuter, et qu'il n'était guère livré qu'aux oculistes qui parcouraient les provinces. On ht dans l'ouvrage de Sabatier que, parmi les nombreux malades opérés à la connaissance d'Heister, dans les diverses contrées de l'Allemagne, en 1750, 1751 et 1752, un à peine sur cent avait recouvré la vue. Tout en convenant que cette méthode ait subi des perfectionnements notables, ces progrès, quelque avantageux qu'ils soient, ne conduiront jamais à des résultats pareils à ceux de Richter, de Beer, de Wenzel, et des oculistes extracteurs.

On a allégué, contre l'extraction, la difficulté de la manœuvre qu'elle nécessite et la gravité des accidents qui parfois la compliquent. Cette méthode serait, en effet, d'une exécution infiniment plus épineuse que l'abaissement, si l'on négligeait les ressources précédemment indiquées pour en faciliter le manuel. En se conformant à leur application, presque toutes les difficultés s'évanouissent. Les mydriatiques ont fait disparaître la plus grande partie de l'iris ; l'élévateur plein de la paupière supérieure a annulé cet organe; le trèfle empêche l'œil de fuir vers le grand angle; maintenu captif entre la pique et le couteau le globe ne peut que rester au centre de l'écartement palpébral. Dans dételles conditions la taille du lambeau ne peut s'effectuer que commodément et avec toute la ré' gularité désirable. Après avoir exercé quelques-uns de mes élèves à l'amphithéâtre, je les ai fait opérer sur le vivant et je n'ai jamais eu à regretter celte

58i LIVRE II. — MALADIES DU GLOBE OCULAIRE.

Condescendance. Quant au reste de la manœuvre, il n'est presque rien, on le sait, comparativement à la section du lambeau ; dès que les dimensions de ce dernier sont suffisantes, on arrive généralement à dégager le cristallin avec ' facilité. Plusieurs accidents peuvent, il est vrai, contrarier la manœuvre de l'extraction, mais outre qu'on en évite les principaux avec les mesures que nous avons signalées, l'on a singulièrement exagéré la portée de plusieurs d'entre eux, la blessure de l'iris, par exemple, et l'évacuation partielle de l'humeur vitrée.

On a dit, avec quelque raison, que si les chirurgiens, peu habitués à ce genre d'opérations, préféraient généralement l'abaissement, c'est moins à cause de son apparente simplicité que parce qu'il ne laisse pas voir aussi clairement leurs fautes que la méthode par extraction. Cette dernière, en effet, exige dans le manuel une perfection qui contribue beaucoup à assurer ce succès. 11 n'en est pas ainsi de l'abaissement. J'ai opéré une femme sourde qui, n'entendant pas les injonctions que je lui adressais, pendant la manœuvre, continua obstinément à maintenir son œil tourné vers le grand angle. A cette époque, je négligeais l'emploi de la pique. La pupille se dérobant à mes regards, je pratiquai l'opération au juger; elle fut longue et vulnérante. La réaction fut presque nulle et le succès ne se fit pas longtemps attendre. Peu de jours après, j'opérai . à Grenelle, une femme très-intelligente, et qui se prêta merveilleusement aux exigences du manuel ; le cristallin fut récliné avec la plus grande rapidité. Une inflammation formidable surgit, dès le. lendemain, et l'organe se perdit par un phlegmon.

Les conditions scrofuleuse et arthritique qui doivent faire rejeter l'extraction, . suivant beaucoup d'auteurs, ne la contre-indiquent nullement, d'après Jaeger. . Je crois aussi que l'inflammation franche qui résulte d'une section nette de la cornée est moins à redouter, dans de telles circonstances, que l'inflammation sourde et insidieuse qu'entretient le corps étranger déprimé au fond de l'œil, et I qui, donnant prise à l'action de la dyscrasie, met l'organe en péril. Trois sujets i goutteux, que Travers opéra par extraction, recouvrèrent heureusement la vue ; un accès violent de goutte, survenu peu de temps après l'opération, chez l'un : d'entre eux, ne fut suivi d'aucun résultat fâcheux.

La présence d'un cercle sénile ne s'oppose pas à l'application de cette méthode, l'expérience ayant démontré que les incisions, qui portaient sur la continuité d'une telle opacité, guérissaient tout aussi facilement, et avec autant de rapidité, que quand la cornée est entièrement diaphane.

L'opération du broiement présente l'avantage d'être tout aussi radicale que celle de l'extraction, puisque la nature, quand elle obéit à nos vœux, achevant le travail qu'on n'a fait que lui préparer, éloigne à jamais de l'œil le corps opaque ; mais la lenteur si fréquente de la résorption, la perspective d'opérations nouvelles, lorsqu'elle n'a pas lieu, les chances d'ophthalmies rebelles et douloureuses, de contractions prolongées de la pupille cl d'une oblitération quelquefois complète de cette ouverture, sont des inconvénients qui doivent nous engagera ne pas avoirrecours à cette méthode, lorsque nous pouvons en pratiquer une autre. Nous avons vu toutefois qu'elle nous offrait une ressource précieuse dans les

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