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CHAPITRE IX. — MALADIES DE LA CHOROÏDE ET DE LA RETINE

leur profession, de suspendre souvent leurs occupations pour se livrer au repos et regarder au loin de gros objets. Les verres convexes leur seront fréquemment d'un secours utile.

Dans notre état de civilisation, l'emploi inconsidéré des instruments d'optique est l'une des causes les plus fréquentes de l'amaurose. Si les lunettes amendent les aberrations de la vue, en rectifiant la direction vicieuse des rayons lumineux qui constitue la myopie et la presbytie, il est une condition sans laquelle elles seraient susceptibles d'entraîner des conséquences fâcheuses :' c'est de ne point les porter trop fortes. Rien n'émousse à la longue l'activité vitale de la rétine comme l'action forcée de l'œil par des verres concaves ou convexes trop puissants. Nous avons été maintes fois consulté par des naturalistes, par des graveurs, par des horlogers, chez qui l'amaurose avait été causée par l'abus des loupes et d'autres instruments grossissants. Il faut se méfier beaucoup des verres achetés à des colporteurs : la mauvaise qualité de ces objets de pacotille, qui offrent des bulles, des rainures, causant des réfractions vicieuses, n'est pas le seul reproche qu'on doive leur adresser; il est rare que leur foyer soit approprié aux divers cas individuels.

L'étiologie des affections amaurotiques comprend encore une foule de documents dont les uns ont été précédemment exposés (p. 83 et suivantes), et dont les autres trouveront plus utilement leur place dans la suite de ce travail.

L'observation démontre que l'amaurose est susceptible de contracter une allure intermittente, avec accès qui durent plus ou moins longtemps, et se manifestent soit le soir (héméralopie), soit dans la journée (nyctalopie, visus nocturnus, amblyopia meridiana). Nous n'avons jamais rencontré la nyctalopie à l'état d'amaurose périodique et épidémique, dont on a cité quelques cas très-rares, celui, par exemple, mentionné par Ramazzini, de ces jeunes garçons qui, au mois de mars, cessant de voir ou ne voyant que très-peu durant le jour, erraient dans les campagnes, comme des aveugles, puis recommençaient, au crépuscule, à jouir de la plénitude des fonctions visuelles, infirmité qui disparaissait vers le milieu d'avril. Il peut arriver, phénomène très-exceptionnel également, qu'une amaurose, à type primitivement héméralopique, se convertisse, par l'administration des antipériodiques, en une nyctalopie plus ou moins prolongée.

rocuMEvrs symptomatologiques. — Quelques particularités , susceptibles de signaler la marche des affections amaurotiques , se reproduiront trop souvent dans la suite, et offrent trop d'importance pour que nous n'en déterminions pas, au préalable, le mécanisme et la valeur.

Myodésopsle. Scotomes divers .— Rien n'est commun, dans la pratique, comme d'être consulté pour la perception de corps imaginaires, ou du moins que le malade seul distingue, et qui viennent troubler sa vue en s'interposant entre lui et les objets extérieurs. Ce sont les imaginations de Maître-.Ian, la berlue de Sauvages et d'autres auteurs. La couleur souvent noire de ces corps, et leur mobilité qui semble les faire cheminer dans l'espace, leur ont fait donner le nom de mouches; la myodésopie (visus muscarum) consiste dans l'existence de ces sco tomes. Ils sont variables, d'ailleurs, tant à l'égard de leur coloration que sou, le rapport de leurs formes, parfois fort bizarres : ce sont des plaques, des an-

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neaux, des [Uamprrjj. dos lignes droites, ondulées ou anguleuses, des vésicules séparées ou unies entre elles. On les rencontre aux deux yeux ou ;'i un seul uil. Aucun âge n'en est à l'abri, bien que les jeunes sujets les présentant rarement. La fatigue, longtemps prolongée, par l'exploration au microscope, engendre souvent ces halluçinatipns, de la vue.

Les mouches, qui appartiennent plus particulièrement au domaine des alléelions amaurotiques, ne changent pas généralement de position, relativement les unes aux autres, et sont fixes par rapport à l'axe de la vision, c'est-à-dire que lu scotome se porte en bas si le sujet regarde dans ce sens, et se dirige en haut ou sur les côtés si le malade tourne ses regards vers le ciel ou à droite ou à gauche. Les mouches volantes, au contraire, qui ne suivent pas avec cette régularité invariable les mouvements du globe , qui cheminent en sens indéterminés , qui apparaissent tantôt nombreuses et tantôt rares; ces mouches, dis-jc, sont presque toujours de peu de valeur, quand elles ne sont liées à aucun trouble de la vision. L'énergie de cette fonction ne souffre aucunement de leur présence, et il est bien démontré qu'on peut y être sujet sans avoir à redouter la perte de la vue. Beaucoup de gens d'ailleurs ne les voient guère que quand ils y font attention, parce que l'habitude en émousse l'action sur la rétine.

Les corps voltigeants de cette dernière catégorie ont donné lieu à des hypothèses de toute sorte. De la Hjre en plaçait le siège dans l'humeur aqueu se. Pour s'assurer s'ils résidaient dans ce fluide, Demours le fit écouler par la ponction de la cornée; les mouches persistèrent après la régénération du .iluide, et Demours invoqua la condensation de molécules flottantes dans l'humeur de Morgagni. On a allégué la présence d'infusoires dans l'intérieur des chambres oculaires (p. 442). L'opinion la plus accréditée aujourd'hui attribue ce genre de perceptions à des corpuscules qui flottent dans l'humeur vitrée. Tantôt ils ne sont visibles qu'au microscope, tantôt onles distingue avec l'ophthalmoscope(p. 59-2). Les premiers, dit M. Donders, constituent l'état normal; les seconds ont une signification pathologique. Les mouches sont liées, dans quelques cas. à un simple dépôt de mucosités et de larmes à la surface de la cornée (spectre mucolacrymal), et il suffit d'y faire passer à une ou deux reprises la paupière supérieure pour les faire disparaître. Quelques cils trop longs de ce voile, formant ombre sur la rétine, ont parfois donné lieu à la perception de mouches I.a myodésopsie des hypocondriaques, des femmes nerveuses et hystériques, nous parait devoir être plutôt attribuée à une névrose.

Les mouches de la première catégorie, mouches fixes ou amaurotiques, ont leur cause prochaine vers l'axe optique, au-dessous ou au-dessus de cclui-cj, ou plus ou moins loin sur les parties latérales. Le malade, dans le premier cas, les voit avec netteté quand la cornée occupe le centre de l'écarlcment intcrpalpébral; il ne les aperçoit, bien, dans les autres circonstances, que lorsque l'œil se porte dans un sens où dans un autre. M. Mackcnzic lait observer que si la source du scotome a son siège au-dessous de l'axe optique, l'impression qu'ij produit semble indiquer qu'il est situé au-dessus du niveau de l'œil, de telle sorte que,

Union médicale, année 1881 , p. 1 1.

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