LUNETTES
Ces précieux appareils d'optique étaient inconnus des anciens. On en a attri ud il mvention a Roger Bacon, à Salvino, gentilhomme florentin, à AlexaX de Sp.na, dominicain, mort à Pi8e Gn 1313; elle devrait être rapportée à SaL
> Consulter pour plus de détails, le travail de M. Giraud-Teulon <Ph„<- , • « tholoaie fonctionnelle de, a viMon binorutaire : Piiris, 1861 , p"« 35^' ^
^g^ LIVRE U. MALADIES DU GLOBE OCULAlKE.
vino si l'on en croit une inscription gravée sur son tombeau 1 . Quoi qu'il en soit, , il résulte de recherches historiques faites à cet égard que l'origine des lunettes ne remonte pas au delà de la fin du xm" siècle ou du commencement du xn .
Les lunettes sont d'un usage si répandu, elles peuvent rendre tant de services quand elles sont appropriées au but qu'on se propose d'atteindre, être si nuisibles dans des conditions opposées , qu'on ne saurait être assez familiarisé avec les principales notions qui ont trait à leur emploi. Nous ne retracerons que celles qui présentent une utilité pratique, renvoyant, quant aux autres documents, aux traités de physique et à quelques ouvrages spéciaux ». En quo! cons.stent essentiellement les lunettes? Quand un praticien est consulté sur le chœx de ces dernières, quelle conduite a-t-il à suivre pour indiquer à son client les verres qu'il doit adopter? Tel est le double point de vue sous lequel nous envisagerons cette question, qui mérite d'être considérée comme l'une des plus important de l'oculistique et de l'hygiène.
40 des 1 unettes proprement dites ou BÉsicLES.-C'est la forme la plus avantageuse et la plus commode. Dans son emploi , les verres sont solidement assujettis à la tête, dont ils suivent les mouvements, et les deux yeux, munis chacun de son verre, sont exercés d'une manière uniforme. La composition de ces appareils comprend deux parties : la monture et les verres.
des montures.— -Celles-ci sont en argent, en argent doré, en or, en écaille en corne, en fer ou en acier. Les montures en acier ont de la légèreté, de la solidité, et offrent l'avantage d'un prix modéré; aussi sont-elles d un usage fort répandu Dans quelques montures , le corps est construit en écaille et les branches sont
métalliques. . ,,. ,.. r.-nr
Une monture se compose, 1" des cercles ; 2° d'une partie médiane, dite i ecar-
tement; 3° des branches. , , ; , J
On appelle cercles les deux cadres de même diamètre, destines a recevon les verres ; ceux-ci sont reçus dans une rainure ou gouttière ménagée sur la circonférence intérieure de chaque cadre. Les cadres ont la forme ™de *tle ph* habituellement la forme ovale, généralement considérée comme d un aspec plus gracieux. Ils s'ouvrent vers le côté des branches pour m erres qui , une fois fixés, restent à demeure, par suite de 1 implantation I qui détruit tout solution de continuité dans cette parUe de la moJ
ture.
On désigne, en terme d'optique, sous le nom A'écartemcnt des lunettes (pont ou selle de qilqi.es auteurs), l'arcade intermédiaire aux deux cercles e q^n se placer sur le do, du ne.. Ses dimensions et sa forme varient suivan con S* JL de l'éminence qui doit lui fournir un appui. On trou hez sjU ciens et pour l'accomplissement de cette indication, trois sortes de monture^ "amonturc à K, conliguralion la plus usuelle, et destinée aux nez assez élâ . On voyait encore, au xvn* siècle, sur une pierre sépulcrale devise te : Saint*- HarieWeure, a Florence, l'effigie de ce noble personnage,
italien : Ci-git Salvino Armati, de Florence, inventeur de, lunettes. Dteu Un pardonne se péchés. Annie 4317. (Rognelta.)
» Voir, pour les conserves, la page 202 de cet ouvrage.
CHAPITRE XI. — MALADIES vv. l'accommodation. 7o9 vés; -2° la monture à X, aux nez un peu aplatis; 3° la monture dite a nez, aux nez fortement arqués (nez à la Bourbon). Si vous placez la monture à nez, et par sa partie supérieure, sur un plan horizontal, l'écartement touche à ce dernier; un petit espace reste libre entre le plan horizontal et l'écartement dans la garniture à K; cet espace est plus grand dans la monture à X. Destinées à fixer les lunettes aux parties latérales de la tête, les branches sont I simples ou doubles (branches brisées). Les premières sont généralement adop- I téespar les femmes; les branches doubles peuvent, en effet, les gêner en pénétrant et en s'accrochant même dans leur chevelure. Dans les branches doubles, l'une de celles-ci, plus courte, s'articule avec l'autre et s'abaisse sur elle; cette petite branche se met en rapport avec le derrière de l'oreille, mode de soutien \ qui donne de la fixité à l'assujettissement de l'appareil et contribue à l'empêcher I de vaciller sur la partie du nez qui lui serlde support. Quelques personnes, qui font usage de lunettes à branches simples, adaptent à l'extrémité libre de cellesci des cordonsqui se réunissent à l'occiput; elles remplacent, par cet expédient, la tige courte des montures à branches brisées.
des verres. — Les verres destinés aux presbytes sont biconvexes (verres lenticulaires) ou plan-convexes; ceux destinés aux myopes sont biconcaves ou plan concaves. Les verres biconvexes et biconcaves sont les- plus usités; ou leur donne une teinte faiblement azurée pour les yeux irritables. Les verres dits périscopiques, pour les presbytes comme pour les myopes, ont été surtout recommandés par Wollaston , physicien anglais. Ce sont des lentilles concaves-convexes, des ménisques convergents ou divergents, dont la face concave se tourne du côté de I l'œil. On leur attribue l'avantage de permettre aux personnes qui en font emploi de distinguer plus nettement les objets placés obliquement, sans qu'elles soient contraintes de diriger la tête dans tel ou tel sens; les yeux jouissent des mêmes bénéfices de réfraction de tous les côtés^ ce qui augmente le champ de la vision. Nous devons ajouter ici que nous avons connu des personnes qui avaient payé des lunettes fort cher, sous le prétexte, allégué par les vendeurs, qu'elles étaient périscopiques. Or, nous pûmes constater que les verres étaient biconvexes ou biconcaves.
Numérotage des verres. — Les verres de lunettes sont pourvus de forces différentes, indiquées par des numéros , qu'on trouve généralement gravés près du bord de chaque verre. Ces numéros représentent en pouces la longueur des distances focales; le système décimal, obligatoire en France depuis 1840, n'a pu se faire encore admettre dans ce numérotage1. Pour déterminer le loyer d'un verre convexe, il suffit de l'exposer aux rayons solaires, de lui opposer une surface opaque, comme une feuille de papier blanc, puis de reculer graduellemenl le verre jusqu'à ce que l'image lumineuse soit convertie en un petit poinl vive ment éclairé. L'intervalle existant entre ce point et la lentille est la longueur
» M. Soleil fils a proposé une échelle numérique de verres île lunelles fondée sur le système décimal. (Voir la note qu'il a adressée à l'Académie des sciences, séance du 14 septembre 1857, dans la GazMe médicale de cette même année, p. 6U.) Celle tentative est restée infructueuse jusqu'à ce jour.
du foyer. Le nu 36, par exemple, indique que celte distance est longue de 36 pouces. La classification des verres concaves se règle d'après la distance focale qu'aurait un verre convexe de môme courbure. On sait qu'un verre concave fait diverger les rayons lumineux qui le traversent. Or, si, par la pensée, vous prolongez ces rayons en deçà du verre dans la même direction qu'Us suivent en divergeant au delà, vous arriverez à un point où ils se rencontrent et se réunissent. Ce point est le foyer.
Les numéros ou pouces qui établissent la division des verres se trouvent compris entre 100 et 1 . Plus on se rapproche de l'unité, et plus le verre est fort ou d'une distance focale plus courte; plus^ en d'autres termes, il est convergent or divergent. La classification suivante est la plus généralement adoptée dans le commerce en France ; nous l'avons dressée d'après des documents que nous ont fournis plusieurs opticiens et un fabricant distingué de verres de lunette-.
Verres convexes.— Quelques auteurs indiquent un no 96 et un n° 80. Ces nur méros sont inusités, et pour ainsi dire nuls. Le premier verre qui jouit de quelque puissance capable de concentrer utilement les rayons lumineux est le 72» Puis viennent successivement les no» 60, 48, 36, 30, 24, 20, 18, 16, 15, 14, 13, 12, U, 10, 9, 8, 7, 6 1/2, 6, 5 1/2, 5, 4 1/2, 4, 3 1/2, 3, 2 3/4, 2*1/2! 2 1/4, 2.
Tels sont les verres conveves, qu'on peut appeler réglementaires, car on les trouve chez tous les opticiens, et leur usage s'est généralisé dans la pratique. Les n°s 36, 30, 24 et 20 sont très-courants, pour me servir d'une expression commerciale.
Verres concaves. — Leur nomenclature comprend les numéros qui figurent dans la liste qui précède : de 72 (à peu près inutile) à 2. Les plus usités sont ceux du n» 12 au n° 4.
Les noS 1 3/4, 1 1/2 et 1 (convexes et concaves) sont d'un usage fort exceptionnel comme correctifs des vues presbytes et des vues myopes. Un opticien me disait que depuis vingt années il n'avait vendu qu'une seule fois le n° 1 3/4 myope.
Si un numéro de l'échelle des verres convexes a sa contre-partie dans celle des verres concaves, il doit en résulter qu'un numéro de l'une doit neutraliser la puissance du numéro correspondant de l'autre. Pour déterminer si un numéro i jouit d'une force quelconque, il faut donc l'associer à un verre de même valeur 1 de l'échelle opposée, unir, par exemple, le n" 18 convexe au n° 18 concave. Si i les deux verres adossés donnent heu à un verre nul, c'est-à-dire si les objetâ i contemplés à travers l'appareil, auquel on imprime des mouvements rapides» de va-et-vient, sont vus naturellement et sans vacillation, c'est que les demi foyers sont égaux. La vacillation des corps dans les conditions opposées dépend i du changement continuel de la localisation du foyer sur la rétine.
Choix des verres. — Les personnes qui éprouvent la nécessité de porter lunettes s doivent, autant que possible, s'adresser à un oplilhalmologiste capable de leH guider dans leur eboix, suivant certaines indications physiologiques et pathologiques. Rien n'est plus nuisible à la vue comme d'acheter des verres au hasard. Trop forts, ils peuvent déterminer des accidents précédemment signalés (p. 601):
CHAPITR.Fl XI.— MALADIES DE L'ACCOMMODATION. "791
trop faibles, ils ne fournissent qu'un secours incomplet et ne s'opposent pas à là kopiopie, par suite d'une application plus ou moins prolongée.
Les deux expédients auxquels on peut avoir recours pour la détermination dés lunettes, dont l'adoption doit être recommandée, sont le calcul et l'essai des verres eux-mêmes.
Se propose-t-on d'arriver au but par le calcul, on se conformera à la formule suivante, dont nous avons maintes fois vérifié la fidélité. On commence par déterminer quel est le point où le sujet lit avec le plus de facilité un caractère de moyenne grosseur, celui d'un journal, par exemple. On mesure la distance qui existe entre la racine du nez et l'objet fixé, et on la divise en pouces ou en centimètres. On détermine ensuite la distance qu'on se propose d'établir pour la lecture, la couture, etc., entre les yeux et les corps contemplés, et on la divise également en pouces ou en centimètres. Puis on multiplie ces deux nombres l'un par l'autre et l'on en divise le produit par leur différence. Le quotient qui résulte de cette opération indique le numéro ou distance focale du verre pour les presbytes comme pour les myopes.
Soit, par exemple, un presbyte qui lit à 60 centimètres, distance qu'il s'agit dé réduire à 30 centimètres. On multiplie ces deux nombres l'un par l'autre, Ce qui fournit 1800 centimètres, produit que l'on divise par la différence 30. Le quotient 60 (20 pouces), qu'on obtiendra, sera le numéro du verre dont le sujet devra faire emploi.
En un mot, voici la formule :
1800 : 30 =t W\ Les optomètres sont destinés à mesurer avec la précision la plus rigoureusé la distance de la vision distincte. Ils sont fondés sur ce principe, que tout objet, situé en dehors des limites de cette dernière, paraît double, si on le regarde par deux petits orifices disposés de telle sorte que la distance qui les sépare soit moindre que le diamètre de la pupille; l'objet paraît simple quand il est placé dans le champ de la vue distincte. On peut se convaincre de cette vérité en répétant une expérience bien simple, celle de Scheiner. Si l'on pratique dans une carie, avec une épingle , deux trous horizontalement placés et séparés l'un de l'autre par la distance précédemment indiquée, et si l'on applique contre l'un des yeux les deux orifices, on verra double une petite ligne noire qu'on aura verticalement tracée sur un morceau de papier blanc; cette duplicité persistera tant que la raie sera très-rapprochéc de l'œil. La ligne deviendra simple si l'on éloigne plus ou moins le papier, et, à une distance plus considérable, elle redeviendra double. Le phénomène des doubles images, quand l'objet est très-râpproché de l'organe, s'explique par ce fait que le cône lumineux, envoyé par la ligne noire, est coupé en deux parties par l'obstacle situé entre les deux trous; or les pinceaux lumineux qui traversent les deux orifices rencontrent la rétine en deux points, d'où la diplopie, car leur foyer se forme derrière cette mémbrâné
» Pour convertir les centimètres en pouces, il suffit de savoir qu'un pouce est d'euvirou 3 centimètres.
7<)2 UVKB II. MAI.AUIKS l)U ULOHK OC1.LA1HK.
Si, à mesure que la double raie noire s'éloigne de l'œil, l'interstice intermédiaire auv deux raies se rétrécit graduellement, les deux images se confondant ensuite eu une seule ligne, c'est que les rayons lumineux, moins divergents , finissent par subir une réfraction qui, au lieu de Jes faire tomber, par leurs sommets réunis, derrière la rétine, les concentre, au contraire, sur cette membrane ellemême. Lorsqu'enlin la raie redevient double au delà des limites de la vision distincte, c'est qu'alors les rayons lumineux, trop convergents, éprouvent une réfraction insuffisante qui les réunit au-devant de la rétine, celle-ci n'étant plus impressionnée que par deux petits cercles de diffusion.
L'optomètre de Young se compose de deux tubes qui s'enfoncent l'un dans l'autre, de manière à ne former qu'un seul tube. L'une de ses extrémités, celle qui s'applique contre l'œil , présente deux petites fentes parallèles. A l'autre extrémité se trouve un disque qui offre une seule fente fermée par un verre dépoli, que l'on dirige vers la lumière. C'est quand cette dernière fente paraît simple, après qu'on a graduellement enfoncé l'un des tubes dans l'autre, que l'on a obtenu le point de la vision distincte. Ce point étant trouvé, on peut déterminer, par le calcul précédemment indiqué, le numéro le plus convenable. Young avait même dressé des tables qui précisaient le choix des numéros à adopter d'après les résultats fournis par l'optomètre. Cet ingénieux instrument^ I dont quelques rares opticiens font usage, ne s'est pas généralisé dans la pratique* 1
Le second des procédés que nous avons signalés, celui qui consiste à faire essayer des verres au consultant, ne devra jamais être négligé. M. Szokalski fait observer avec juste raison que, bien que le choix des lunettes par le calcul soitl fort encourageant au point de vue théorique, il vaut mieux ne pas s'y fier entière^! ment; les erreurs auxquelles il expose démontrent que l'œil humain est supérieur à tout autre instrument d'optique, et jouit de propriétés qui échappent facilement au calcul. L'épreuve par les verres eux-mêmes demande qu'on soit muni d'une collection complète de ces appareils. Les boîtes à lunettes que lesoculist ont généralement à leur disposition présentent d'ordinaire des verres sépan' et qu'on adapte successivement à des montures d'essai , suivant les besoins de l'examen 0 Je suis peu partisan de cette sorte d'attirail; il me parait incommode et défectueux pour plus d'un motif. Les verres ne tiennent quelquefois que peu solidement aux montures, d'où il résulte que le consultanl les brise en les lai» sant tomber à terre, ce qui expose à n'être muni que de collections incomplètes On ternit facilement les verres en les saisissant entre les doigts. Souvent, quand on en a fait essayer plusieurs, on les place par erreur dans des cases qu'ils ne doivent point occuper, de telle sorte qu'on risque de les présenter à d'autres • consultants en guise de verres que ces cases devraient réellement contenir. Généralement enfin, ce procédé est d'une application fort longue, par l'obligaf où l'on se trouve de monter et de démonter les verres, de les replacer dam > Pour satisfaire aux besoins de la pratique, une boîte à lunettes doit contenir pièces suivantes : 4» série de verres couvexes; 2° série de verres concaves; 3« c serves de divers modèles, telles que verres fumés, etc. (p. 202) ; 4» collection de v« prismatiques (p. 747); 5° verres colorés pour accentuer, dans la d.plopie. lune images (p. 743).