CHAPITRE II.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES
offrent un ptosis incomplet unilatéral , plus développé vers l'angle externe que vers l'angle interne. Chose singulière, la lésion change d'oeil à chaque génération. L'aplatissement des deux tiers externes de l'arcade sourcilière a paru à M. Alessi la cause de la difformité sur les personnes de cette famille qu'il eut occasion d'observer.
Le relâchement de la couche cutanée de la paupière (ptosis par hypertrophie de quelques auteurs) est, parmi les conditions morbides auxquelles peut être liée l'altération qui nous occupe, celle qu'on rencontre le plus communément. Elle est assez fréquente chez les vieillards (blépharoptose sénile). Les sujets d'une constitution molle y sont plus particulièrement prédisposés. Le ptosis succède parfois à l'œdème des voiles palpébraux. On l'a vu provenir de l'usage longtemps continué de cataplasmes ou d'autres topiques relâchants. Le signe pathognomonique de la blépharoptose par allongement des téguments, c'est que si vous soutenez entre le pouce et l'indicateur, ou avec une pince, un repli transversal constitué par la portion de peau surabondante, et qui pend souvent, sous forme de bourrelet, au-devant de latente perpébrale plus ou moins fermée, vous rendez au muscle élévateur la faculté d'entraîner la paupière en haut; celle-ci retombe dès que le pli cutané est de nouveau abandonné à lui-même.
Le ptosis atonique, qu'on a qualifié de graisseux ou d'adipeux, est infiniment plus rare que la variété qui précède. L'allongement de l'enveloppe cutanée parait avoir ici en grande partie pour source un développement insolite du tissu graisseux sous-jacent. M. Sichel fait observer que, dans cette forme, la masse que le muscle élévateur est chargé de mouvoir devient trop considérable pour sa force, sans toutefois que sa motilité soit sensiblement diminuée. Non-seulement, ajoute-t-il, le voile s'élève à peine et souvent même est tout à fait immobile, mais encore il offre des bourrelets ovoïdes transversaux plus ou moins étendus, lesquels sont produits par des pelotes de substance adipeuse exubérante qui s'est accumulée entte la peau et le muscle orbitaire.
Nous avons dit (p. 749) qu'une autre espèce de ptosis, la bléphaioplégie, dépendait d'une paralysie du muscle élévateur de la paupière supérieure, et se distinguait de la forme cutanée par l'impossibilité de la part du malade d'ouvrir l'œil, lors même qu'un repli de la peau a été soulevé avec une pince. Nous nous servons souvent pour cette épreuve comparative de la pince à entropion d'Adams, dont le poids ne s'oppose pas à la libre action du muscle, si l'on a la précaution surtout de soutenir horizontalement l'instrument au-devant de la paupière. La pince élastique, décrite p. 749, est plus légère que celle d'Adams, et devrait même lui être préférée dans les cas douteux. Assistant aune consultation ophthalmologique, où l'on était indécis sur la nature d'une blépharoptose chez un malade, M. Lûer, fabricant distingué d'instruments de chirurgie, me disait qu'il improvisa sur-le champ une petite pince avec une épingle à cheveux de femme. Un repli cutané de la paupière fut engagé entre les branches de l'appareil, ce qui leva tous les doutes.
traitement.* Il consiste dans la destruction de la partie excédante de la peau j>alpébrale. Georges Bartisch pinçail un repli do lu couche externe do la paupière entre deux plaques de fer (presse de Bartisch), qui l'étranglaient fortement
el le fuisaicnl tomber en gangrî , opération douloureuse el fatigante, que Leroy (d'Etiolles) areproduite1, mais qui ne s'csl poinl accréditée dans la pratique. L'excision d'un fragment cutané, suivie de la réunion par première intention est, sans contredit, le mode opératoire qui présente ici le plus d'avantages; il ne convient d'y avoir recours, dans les cas récents ou peu développés, qu'après qu'on a vainement essayé de rendre aux téguments l'élasticité qu'ils ont perJ due, à la faveur de quelques agents pliarmacologiques. C'est ainsi que nous avons retiré de fort bons effets de fomentations faites quatre ou cinq fois pal jour, et chaque fois pendant un quart d'heure environ, avec des solutions d'alun]
résection partielle de la peau palpébrale. Appareil instrumental. — Une paire de ciseaux et des pinces suffisent pour l'exécution de cette opération. Les ciseaux doivent être parfaitement affilés, pour que la section soit faite le plus prompte! ment et le plus nettement possible. On peut se servir de ciseaux droits; j'emploie presque constamment les ciseaux genouillés ou à bec de grue (pl. IV, fig. 3). Les principales pinces proposées pour cette destination sont celles de Beer, de Himly, de Graefe père et d'Adams.
Les pinces à béquilles de Beer (pl. IV, fig. 6) se composent de deux branches parallèles, s'articulant comme celles d'une paire de ciseaux. Chacune d'elles tombe perpendiculairement sur une petite tige canaliculée sur la face par laquelle elle touche à celle du côté opposé, quand l'instrument est fermé. Le bord antérieur de chaque traverse est légèrement concave, pour qu'il puisse s'accommoder à la convexité du voile sur lequel il est destiné à s'appliquer.
Les pinces fenêtrées de Himly (pl. IV, fig. 7) ont une grande analogie avec celles dont se servait Lafaye 2. Elles offrent deux branches soudées ensemble à l'un de leurs bouts, et pourvues chacune , vers l'extrémité libre, d'une ouverture en triangle, à travers laquelle on peut distinguer le repli cutané qu'on a engagé dans la cannelure qui résulte de leur rapprochement. Quelques pinces sont munies d'un coulant, disposition avantageuse, destinée à rendre ce rapprochement permanent, sans l'intervention d'une pression avec la main; d'autres en sont dépourvues.
Les pinces de Graefe (pl. IV, fig. 8) sont recourbées en arc de cercle dans leur tiers antérieur. Dans cet instrument, comme dans celui du professeur de Gottingue, le fragment saisi est proéminent dans le sillon, qui provient du rapprochement des deux branches.
Nous nous servons le plus communément des pinces à bascule d'Adams3 (pl. IV,
i € Au moyen de deux petites pinces, courbées suivant une portion d'ellipse, dit Leroy (d'Étiolles), on fait un pli régulier à la paupière; on engage ce pli entre deux petites plaques, dont la courbe est en rapport avec celle du globe de l'œil ; une vis en détermine le rapprochement, et la pression, graduellement augmentée, donne lieu à la mortification de la peau et à la réunion immédiate des bords de la plaie, sans opération sanglante et sans difformité. » (Gazette des hôpitaux, année 4834, p. 1 36.)
' L'instrument de Lafaye est représenté dans l'ouvrage de Pellier, l. H, pl. XX\ III, fig. t.
s Elles sont représentées, sauf quelques modifications légères, dans le Traite des maladies chirurgicales de J. L. Petit. (Paris, 1790.)