CHAPITRE IV.— MALADIES DE l' APPAREIL LACRYMAL
Listes. Laforest lui-même* ne s'est point dissimulé les entraves qui viennent parfois contrarier les tentatives de ce genre. « Le plus communément, dit-il, les difficultés qui peuvent s'opposer à la facile exécution de cette opération viennent ■ 1° des variations qui se trouvent dans la situation du conduit; 2° des Eifférents degrés d'altération qu'il a pu souffrir; 3° des proportions qu'il faut trouver entre ce conduit cl la sonde ; 4° delà situation de la coquille inférieure du nez, qui est quelquefois si basse, qu'il peut arriver que, faute d'y faire attention, on passe par-dessus, au lieu de passer par-dessous, où se trouve l'orifice meneur du conduit nasal. J'ai vu des sujets où cette coquille était si basse, qu'elle ne laissait, à la partie antérieure, qu'une ligne de distance, de son rebord inférieur à la partie de l'os maxillaire qui lui répond, et qui fait la voûte du palais. Dans d'autres sujets, elle était si recourbée, qu'elle formait plutôt, à la partie antérieure, un trou rond qu'une ouverture ovale, qui doit se trouver dans l'état naturel de cette coquille. Il faut observer encore que quelquefois la cloison du nez se porte et se voûte dans l'une des narines, appuie sur la coquille, la presse et l'enfonce, de manière que son rebord inférieur touche la portion de l'os maxillaire qui fait la séparation de la narine et du sinus maxillaire, de manière que la sonde a beaucoup de peine à y passer. » Il nous semble toutefois qu'on a par trop exagéré les difficultés de ce cathétérisme ; les conformations vicieuses du cornet et de la cloison sont choses exceptionnelles qui n'arrêteront presque jamais l'opérateur ; sur le cadavre, au moins, et pourvu qu'on ait acquis un peu d'habitude et qu'on manœuvre avec un instrument bien fait, il est rare qu'on ne fasse pas arriver, avec assez de rapidité, le bec de la sonde, jusque dans la cavité du sac.
Dans quelques cas, très-rares, d'ailleurs, les malades, qui ont été longtemps soumis à l'application de la méthode de Laforest, sont sujets à la production d'une tumeur gazeuse du sac lacrymal, qui se constitue plus particulièrement sous l'influence des efforts auxquels ils se livrent pour se moucher. La pression, dans de telles circonstances, sur les parois du sac, sollicite la sortie de l'air par les conduits lacrymaux. On a attribué ce phénomène à la destruction du repli muqueux, de l'espèce de valvule observée à l'orifice inférieur du canal nasal, et dont il a été question page 26.
§ 3.— Injections des voies lacrymales.
11 en est des injections comme du cathétérisme ; on peut les pratiquer par les points lacrymaux, par une fistule du sac ou par l'orifice inférieur du canal nasal.
1 Laforest, Nouvelle méthode de traiter les maladies du sac lacrymal, nommées communément fistules lacrymales. (Mémoires de l'Académie de chirurgie, édit. cit., t. III, p. 36.)
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La seringue d'Anel, usitée pour exécuter ces injections, est ordinairement en argent, et se termine par un siphon délié, proportionné aux dimensions du petit tube dans lequel ce siphon doit s'engager1. 11 faut, avant de s'en servir, vider par la pression la tumeur du sac.
C'est habituellement sur le conduit lacrymal inférieur que Ton agit ; il est un peu plus court que l'autre, et foré dans une paupière moins mobile que la paupière supérieure. On procède à l'œil gauche de la manière suivante (siphon droit). Le malade étant assis, le chirurgien, placé devant lui, renverse légèrement le voile inférieur, avec la main gauche, pour en tendre le bord libre vers la tempe et mettre en évidence l'orifice externe du conduit ; puis, tenant de l'autre main la seringue remplie d'eau ou d'un liquide médicamenteux, le corps de pompe entre le médius et l'index, le pouce dans l'anneau du piston, il engage perpendiculairement le siphon dans le point lacrymal. La canule ayant été introduite à 2 millimètres environ de profondeur, on abaisse la seringue vers la commissure externe, afin de lui imprimer une direction horizontale, les doigts annulaire et auriculaire venant alors s'appuyer sur la joue ; on enfonce encore le siphon plus avant dans le conduit ; on termine en pressant sur le piston, de droite à gauche, lentement et avec douceur. Dès que la matière de l'injection parvient dans la narine, il faut prescrire au malade d'incliner un peu la tète en avant, pour éviter la toux qu'exciterait la chute du liquide dans les voies aériennes. On se conformera aux mêmes principes pour la paupière inférieure droite, si ce n'est que l'instrument devra alors être confié à la main gauche, à moins qu'on ne se place debout derrière le patient. Les détails que nous venons d'exposer nous dispensent de parler des injections par les conduits supérieurs. C'est plus particulièrement à ces derniers que s'applique remploi du siphon courbe qui peut être encore utilisé pour les injections des conduits inférieurs.
Ce fut en 1713 que Dominique Anel, chirurgien français, fit connaître sa nouvelle méthode pour le traitement des tumeurs lacrymales ; l'un des premiers malades qu'il y soumit fut la duchesse de Savoie, aïeule du roi de Sardaigne, et, comme le fait observer Louis, une cure heureuse sur une princesse de ce rang devait naturellement donner du lustre à cette méthode, et la faire louer beaucoup au delà des bornes légitimes. Le procédé d'Anel consiste à désobstruer les voies avec un stylet (Pl. V, fig. 7) que l'on fait cheminer du point lacrymal supérieur au méat inférieur de la fosse nasale correspondante, et à pousser ensuite des injections dans ces cavités, à travers le point lacrymal inférieur. Les deux petits conduits lacrymaux sont désignés par Anel sous le nom de cornes du limaçon. Les oculistes qui vinrent après Anel se bornèrent presque généralement aux injections avec la seringue de ce chirurgien, en négligeant l'emploi de son stylet, auquel on reprocha d'exiger, pour son glissement
» Les fig. 5 et 6 de la planche V représentent les deux siphons (droit et courbe) démontés de la seringue d'Anel.