STRABISME
caractères ANATOMiQUES et PHYSIOLOGIQUES. — On donne le nom de strabisme à la modification anormale qu'apporte dans la direction des yeux une dissociation de l'harmonie des axes optiques. Il est essentiel ou symptomatique. Il est convergent , interne ou nasal , quand la déviation a lieu en dedans ou vers le nez; divergent, externe ou temporal, lorsque le globe est entraîné vers la tempe; supérieur ou frontal (strabismus surswm ver gens), quand l'œil est tourné en haut; inférieur ou jugal (slrabismas deorsum vergens), lorsque cet organe se porte en bas. Le bulbe peut se dévier, en outre, dans des directions intermédiaires aux quatre types qui viennent d'être mentionnés, d'où résultent des variétés mixtes, des strabismes obliques.
Il y a des individus qui ne louchent que par intervalles, quand, par exemple, ils travaillent sur des objets d'un petit volume, surtout lorsque ceux-ci sont trop rapprochés de leurs yeux. Quelques enfants présentent momentanément ce phénomène, quand ils sont tourmentés par la dentition ou parles vers. D'autres sujets, beaucoup plus nombreux, louchent perpétuellement (strabisme continu ou, permanent), soit que le globe affecté se redresse plus ou moins, dès que son congénère est soustrait à la lumière, soit, ce qui est assez rare , que l'organe dévié persiste constamment dans sa mauvaise direction (strabisme fixe; luscitas). Dans certains cas, les malades louchent tantôt d'un œil et tantôt de l'autre (strabisme double alternatif). Nous n'avons point encore rencontré le strabisme horrible (strabismus horrendus) , dans lequel l'un des globes est entraîné convulsivement vers le front et l'autre vers la joue.
Le strabisme convergent est, sans contredit, le plus commun; il l'emporte môme sous ce rapport, et de beaucoup, sur toutes les autres formes prises en masse. L'un des motifs mis en avant pour l'explication du phénomène est la convergence naturelle des deux yeux, d'où la facilité dont nous sommes doués de loucher en dedans quand nous le désirons, tandis que nous ne pouvons loucher à volonté en dehors; il est plus facile, en effet, d'exagérer une disposition naturelle que d'en prendre une contraire. On a aussi allégué la force du droit interne plus considérable que celle du droit externe. Une autre circonstance mérite encore de jouer ici un rôle : c'est la tendance de l'œil à se laisser instinc-
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tivement entraîner vers le grand angle, quand un obscurcissement occupe le milieu de la cornée ou de l'appareil lenticulaire.
L'intensité de la déviation oculaire est variable. On peut à cel égard admettre avec Dieffenbach trois degrés dans le strabisme convergent. Dans le premier degré, une portion assez considérable de la région sclérolicale est libre entre la caroncule el la cornée. Dans le second, le limbe de celle tunique touche au grand angle, et une petite languette de sclérotique peut être de temps en temps aperçue près du repli semi-lunaire. Dans le troisième, la cornée s'enfonce derrière la commissure nasale, dans quelques cas jusqu'aux limites internes de la pu pille, parfois au delà. Tout l'iris peut même disparaître sous le grand angle et la sclérotique rester seule visible, difformité peu commune, mais qui néanmoins a été plusieurs fois notée. Ces trois degrés existent également dans le strabisme divergent. Dieffenbach fait observer que le troisième degré de la dernière altération est plus rare que le degré correspondant du strabisme interne.
L'altération de la vue de l'œil strabique est l'un des phénomènes les plus constants de la maladie qui nous occupe. On le rencontre dans toutes les espèces et à tous les degrés de cette infirmité. Peu de sujets en sont exempts; mais fort souvent les malades ignorent qu'un de leurs yeux est plus faible que son congénère, cet affaiblissement partiel n'ayant point apporté de trouble dans la vision générale. D'après Dieffenbach, les déviations en haut et en bas n'amènent habituellement dans la perception des objets qu'une perversion peu considérable. Ce chirurgien dit avoir rencontré des strabismes frontaux à un très-haut degré et compliqués parfois de ptosis, dans lesquels la vue n'avait subi aucune atteinte ou avait seulement éprouvé une détérioration de peu d'importance, abstraction faite, bien entendu, de l'obstacle que la paupière supérieure pouvait opposer aux rayons lumineux, quand la pupille était en grande partie obstruée par ce voile.
Tantôt le bulbedévié est frappé d'amblyopie, tantôt il est atteint de myopie. Les verres concaves feront connaître l'espèce de désordre à laquelle on a affaire. Ils ne changent en rien le premier de ces états, tandis qu'ils améliorent le second.
L'amblyopie des yeux louches me paraît avoir pour cause principale la compression à laquelle la rétraction musculaire soumet le globe. Dans les strabismes intenses, cet organe est quelquefois visiblement aplati du côté de la corde qui Pétreint, pendant que le côté opposé de la sphère oculaire conserve son bombement naturel. Si l'on exerce avec le bout du doigt une certaine pression sur un œil sain, soudain la vue devient confuse, puis récupère sa netteté, dès que la compression cesse. C'est ce qui arrive le plus souvent dans le strabisme : la rapidité avec laquelle la section du muscle contracté bonifie la vision, dans un grand nombre de cas, nous le prouve. Chez quelques malades, celte amélioration ne s'établit que graduellement. L'inactivité plus ou moins grande, à laquelle est condamné le globe dévié, doit encore entrer en ligne de compte dans le décaissement de sa puissance visuelle.
La perversion de la vision, dans ces occurrences, est le plus communément signalée par un simple trouble. Les objets paraissent moins éclairés, quand on