CHAPITRE V. — STRABISME. VOJ
Ls ,.eo,u-dc avec l'œil strabique seul que quand l'œil saiu les fixe; ils semblent couvert, dune teinle nébuleuse. 11 est d'ailleurs digue de remarque que le degré de l'affaiblissement visuel n'est pas dans une harmonie constante avec celui de la déviation. En général, un œil qui louche peu voit mieux qu'un œil qui louche beaucoup; mais il est des cas dans lesquels un strabisme peu prononcé est compliqué d'une détérioration visuelle plus considérable, que ne l'est, chez d'autres sujets, celle d'une déviation beaucoup plus forte.
La diplopie nous a paru rare dans les strabismes de date ancienne (p. 743). Sur près de trois cents strabismes examinés avec soin par Bonnet, ce praticien annonce ne pas avoir rencontré dix fois la diplopie avant l'opération. Dieffenbach prétend, au contraire, l'avoir observée chez un tiers à peu près de ses malades, mais elle n'était presque jamais permanente. Ce chirurgien dit avoir remarqué qu'elle se produisait surtout sous l'influence d'une agitation de l'âme, de l'invasion de quelque état maladif et au temps des menstrues.
Les ténotomistes se sont occupés de la question de savoir si le strabisme communiquait à la pupille quelques modifications parti culièi es. Rien de précis n'a été établi à cet égard. Tantôt on trouve la pupille dans ses conditions naturelles, tantôt elle est agrandie, tantôt, ce qui a lieu plus rarement, elle est habituellement contractée. La dilatation de l'orifice pupillaire de l'œil dévié paraît, dans quelques cas, symptomatique d'un état amaurotique de l'organe. Nous avons dit (p. 748) par quel mécanisme la rnydriase pouvait s'associer au strabisme divergent et au ptosis, et, dans quelques cas plus rares, au strabisme convergent (p. 392).
Nous signalerons encore un phénomène qu'offrent plusieurs louches, et qui consiste dans une tendance des yeux à se fatiguer promptement par une application un peu ^outenue.
étiologie. — Le strabisme est parfois congénital, ce qui est rare. On a rencontré des sujets qui étaient à la fois bègues et louches. Si cette infirmité remonte, le plus souvent, à l'enfance , c'est que la mobilité du bulbe, mal assurée dans cette période de la vie, peut contracter plus aisément dès lors une habitude vicieuse. Les dentitions laborieuses, les vers intestinaux, l'ophtlialmie des nouveau-nés, etc., viennent en aide à la prédisposition existante.
Les déviations qui datent d'une maladie spasmodique, et les convulsions des enfants, doivent occuper ici le premier rang, rentrent dans la catégorie des strabismes appelés par M. J. Guérin musculaires actifs. «On a lieu de croire, dit Bonnet, que ce sont les muscles de l'œil qui ont ressenti l'influence de ces convulsions avant l'œil lui-même; car, d'une part, ces convulsions laissent à leur suite des pieds-bots, dont la cause est incontestablement une rétraction musculaire, et de l'autre la section des muscles raccourcis est suivie du rétablissement de la vue dans l'œil opéré, preuve que cet affaiblissement était subordonné à la contraction musculaire, que celle-ci était primitive, et tenait les autres phénomènes sous sa dépendance. »
C'est dans la même classe qu'il faut placer les strabismes par imitation, dont on ne saurait révoquer en doute le mode d'origine. Cette difformité a été rapportée chez quelques sujets à ce qu'ils avaient été confiés à la garde de personnes
990 LIVRE III. MALADIES DES ANNEXES DE l'(E1L.
louches. Si on l'a vue se perpétuer dans des familles, si Dieifenbach l'a rencontrée dans trois générations consécutives, si, comme l'avancent Carron du Villards et Wellcr, elle est endémique dans quelques contrées de l'Asie , c'est à l'imitation peut-être que doit être attribué le phénomène, bien que l'hérédité du strabisme, comme celle de toutes les maladies qui affligent l'espèce humaine, ne saurait être niée. L'habitude qu'ont quelques nourrices de tenir des jouet» (hochets, etc.) trop près du nez des enfants, doit entrer encore dans le cadre écologique de l'affection qui nous occupe.
Une seconde catégorie fort importante comprend les déviations qui se rattachent au strabisme optique ou musculaire passif àe M. J. Guérin. 11 en a été déjà question dans ce travail (p. 40 et 610).
Une femme de vingt-quatre ans, traitée par M. Velpeau, avait parié avec une de ses compagnes, à l'âge de quatorze ans, qu'elle regarderait fixement le soleil pendant trois minutes; elle le fit, mais devint louche.
Les strabismes paralytiques ont été précédemment étudiés (p. 742). Dans d'autres circonstances, avons-nous dit, c'est un produit anormal, existant dans l'orbite, qui donne lieu à la difformité, en refoulant le globe vers le point opposé à celui que l'obstacle occupe, tout en propulsant plus ou moins cet organe. Le bulbe, enfin, peut être retenu captif du côté de l'une des parois de l'enceinte orbitaire par des brides modulaires qui ont succédé à une inflammation suppurative. On a appelé strabisme ankylosé, anhjlose de l'œil, cette déviation iixe par adhérences.
La véritable nature de la lésion, qui vicie le plus communément la direction des yeux (strabisme idiopathique, essentiel, spasmodique), doit être considérée, d'après M. de Graefe, comme une disproportion entre la longueur moyenne des muscles oculaires. Mais, comment se fait-il qu'un œil, strabiqiife en dedans ou en dehors, se redresse immédiatement, quand son congénère est soustrait à la lumière, ce dernier louchant alors à son tour, sous l'obstacle qui le masque et suivant le même mode que le globe actuellement redressé? Ce problème, d'une solution épineuse, peut, ce me semble, recevoir l'explication suivante. Les yeux, dans leurs mouvements, sont liés l'un à l'autre par le jeu simultané des muscles associés, le droit interne d'un côté combinant son action avec celle du droit externe du côté opposé. Dans les conditions normales et à l'état d'indifférence, les axes optiques sont parallèles. Ces mêmes axes, dans le strabisme, font entre eux un certain angle, à sommet antérieur dans le strabisme convergent, à sommet postérieur dans le divergent, angle qui se maintiendra d'une manière constante, en vertu de la loi précédemment énoncée, quelle que soit la direction que les yeux affectent. Ramenez au centre de l'écartement interpal* pébral la cornée d'un globe louche en dedans, l'angle formé par les axes optiques devant persister, la déviation ne sera abolie dans le dernier œil qu'à la condition que l'autre globe soit à son tour strabique en dedans.
traitement, mstoiuque. — Avant la découverte de l'opération dont vient d'être dotée la chirurgie, on avait imaginé mille moyens pour reconstituer l'harmonie des axes visuels. Leur grand nombre atteste assez quelle était contre le strabisme l'impuissance presque absolue de notre art.