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CHAPITRE H.— LÉSIONS TRAUMA TIQUES DE l'(EIL

L'exploration est épineuse chez les sujets qui, atteints de photophobie, contractent les voiles palpébraux avec force, et surtout chez les enfants ; elle 1 est encore quand un fragment d'un très-mince volume se cache dans une poition boursouflée du feuillet muqucux, cas dans lequel il faut quelquefois se servir d'une loupe. Il est des circonstances dans lesquelles on se méprend sur la cause réelle des désordres, un vaisseau turgescent, au début d'une ophthalmic, communiquant au malade une gène analogue à celle que produirait un corps étranger arrêté entre le bulbe et les paupières.

° Les corps étrangers engrenés dans les membranes s'y sont fixés primitivement ou consécutivement, soit qu'ils y aient pénétré d'emblée et par le fait seul du mouvement qui les a portés dans l'œil, soit que, libres au moment de l'accident, ils aient, quelque temps après, traversé les tissus, sous l'influence des frottements auxquels s'est livré le malade, ou par les contractions de l'orbiculaire. C'est dans la cornée que s'implantent le plus communément les corps étrangers ; la position que- cette membrane occupe explique le phénomène. Les particules qui y pénètrent le plus souvent sont des fragments pierreux, des éclats de verre, des grains de poudre, des parcelles de capsules d'armes à piston, et surtout des paillettes de fer. Les serruriers, les maréchaux, les couteliers, les rémouleurs, etc. sont très-sujets à des accidents de ce genre. J'ai vu la présence dans la cornée d'un petit fragment de fer ou de toute autre substance donner lieu à une douleur plus ou moins vive dans la paupière supérieure correspondante, d'où il résultait que les malades s'imaginaient que l'obstacle était fixé sous ce voile et que des praticiens, partageant cette erreur, l'y avaient vainement cherché.

Les cas où les corps étrangers ont abordé le globe avec assez de force pour faire irruption dans sa cavité sont les plus rares, mais les plus fâcheux; une cataracte, des accidents amaurotiques, la fonte purulente de l'organe, des douleurs névralgiques incessantes peuvent en être la suite. Les particules vulnérantes sont susceptibles de s'oxyder et de se dissoudre dans l'intérieur du bulbe, quand ce sont des parcelles métalliques (p. 506), ou d'y contracter des adhérences en s'enkystant. M. Pamard (d'Avignon), membre correspondant de l'Académie de médecine, a fait part, il y a quelques années, à cette savante compagnie, de l'extraction pratiquée par lui, au moyen d'une incision à la cornée, d'une masse sphérique logée dans la chambre antérieure et constituée par un morceau de silex, garni de lymphe, et d'où émanait un poil. 11 y avait là probablement un cil qui s'était introduit dans l'œil, avec la particule pierreuse, à travers la cornée perforée puis cicatrisée.

Les auteurs sont unanimes sur la gravité des blessures du globe par des grains de plomb lancés par des armes à feu. Un chirurgien militaire que je connais, et dont un œil est affecté d'opacité cristalline, doit cette infirmité à un coup de fusil chargé à plomb qu'il reçut à la face, peu de temps après la révolution de 1830, pendant qu'il arborait au clocher de son village, en Vendée, le drapeau tricolore. Chez un garçon, dont parle M. Stœbcr, et qui devint aveugle d'un d'il, après avoir été également frappé par la décharge d'un fusil, tandis qu'il volait des fruits, un grain de plomb resta caché dans l'organe, pondant une ani^&«imnm,ipUis'!^'At',j,<»ur iMfavGwKr «d&fcttqdwjdptofr sfl'logej"pntre elle

1020 LIVRE IV. — VICES HE CONFORMATION, prothèse oculaire.

el la conjonctive, au bas du bulbe. 11 y a une dizaine d'années, j'ai été mandé pour visiter un habitant (l'une commune voisine, qui avait subitement perdu la vue d'un côté, par l'effet d'un grain de plomb qui avait frappé l'œil à la chasse. Le malade ne souffrait pas; l'organe alï'ecté ne distinguait pas la lumière des ténèbres; tout indiquait que le corps vulnérant n'était point entré dans sa cavité. Privé à cette époque des bienfaits de l'oplithalmoscopie, je dus banalement diagnostiquer une amaurose. Quelle que fût l'énergie du traitement employé, le malade est resté borgne. Lawrence a vu également une cécité complète engendrée par un grain de plomb qui avait obliquement frappé la sclérotique, mais ne s'était pas engagé dans l'œil. «L'amaurose, dit Demours, qui se forme toujours, lorsque le grain de plomb a atteint vivement le globe, sans y pénétrer, est incurable. » Dans d'autres cas, il y pénètre, l'œil pouvant dès lors perdre l'usage de ses fonctions, tout en conservant son apparence normale, ou devenir le siège de désordres précédemment signalés.

C'est surtout à l'époque des moissons que les habitants des campagnes sont exposés aux blessures des yeux par les céréales. Telle est la fréquence de ce genre d'ophthalmie traumatique, que je lui ai vu imposer, dans quelques cliniques allemandes, un nom spécial : celui à'ophthalmie des moissonneurs.

Les lésions qui nous occupent reconnaissent principalement pour cause la contusion du globe par les épis de blé, par le blé barbu surtout; le seigle et l'orge peuvent leur donner lieu. Bien que l'accident soit susceptible d'arriver au milieu de tous les travaux que nécessite l'exploitation des céréales, il peut se manifester notamment quand, le corps courbé en avant, on les coupe avec la faucille, tandis que le mode qui consiste à les couper à la faux est infiniment moins dangereux pour l'organe visuel. Quoi qu'il en soit, à l'ébranlement plus ou moins grand que subit l'œil, suivant le degré de la violence du choc, il faut ajouter le froissement douloureux que produisent des corps durs, raboteux, armés de barbes; ils lacèrent la conjonctive et la cornée, si exposée par sa position à en subir l'influence. Des particules, parfois invisibles, peuvent d'autant plus pénétrer dans les tissus et contribuer à entretenir les accidents inflammatoires, que, dans leur état de maturité, ces épis sont secs et se cassent avec la plus grande facilité. Fréquemment , le cultivateur continue un travail pénible, sous les feux d'un soleil ardent , et le médecin n'est consulté que quand le salut de l'organe est compromis. Une homme de la campagne me disait qu'il avait connu plusieurs sujets devenus borgnes dans de telles conditions.

Presque toujours l'ophthalmie des moissonneurs s'est montrée à moi bornée à un œil. Bien que la conjonctive fût fortement injectée et souvent ecchymosée dans cette circonstance, j'ai toujours noté les caractères d'une kératite profonde : teinte opaline, analogue à celle de la pierre à fusil, dans la cornée, ulcération de son tissu, onyx, etc. Rien n'est commun comme l'hypopyon dans cette forme d'ophthalmie traumatique (p. 436). En s'introduisant dans la cornée jusqu'au cristallin, des corps, durs et lins comme des aiguilles, ont parfois donné lieu à la formation d'une cataracte. Dans une observation que cite Wenzel, il s'agit de la femme d'un fermier, qui, en se baissant dans un champ de blé, fut blessée par un épi. L'une des barbes de ce dernier fut assez forte et assez aiguë pour

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