CHAPITRE II. — LÉSIONS TRAUMATIQUKS DE h' (Ml
s'engager dans la substance de la cornée, du petit au grand angle. Personne ne soupçonnait l'existence du corps étranger ; Wenzel en fit l'extraction a 1 aide de pinces fines. « Ce brin de paille, dit-il, vint comme une lame de couteau sort de sa -aîné et le canal qui l'avait contenu était facile à apercevoir, mais était moins opa°que que lorsqu'il était rempli par la barbe d'épi. » Les douleurs s'évanouirent dès lors, et l'œil fut sauvé. L'on présenta , il y a quelques années, a la clinique de Riberi, une petite fille âgée de trois ans, et qui élait affectée, depuis quatre mois, d'ophthalmie avec obscurcissement de la cornée à l'un des yeux. Il y avait vers l'angle externe une excroissance charnue, émanant de la face interne de la paupière supérieure et s'étendant sur une grande partie de la surface du globe. Riberi l'excisa et trouva à sa base un brin de paille de 16 millimètres de longueur. Le docteur Nérat me racontait qu'il avait connu un malade chez lequel un grain de blé était logé depuis longtemps dans l'orbite, derrière la paupière supérieure. Après son extraction, on constata qu'à la faveur de l'humidité et de la chaleur il était gonflé et était le siège d'un commencement de germination.
Le cristallin , sorti de son chaton, peut agir comme corps étranger, en s'arcboutant contre la face postérieure de l'iris, en tombant dans la chambre antérieure, en se glissant même sous la conjonctive, comme nous le verrons dans la section suivante. Nous mentionnerons encore des ossifications, des pétrifications (p. 800), des cysticerques, des parasites de toute sorte, dont il aélé précédemment question. C'est surtout dans la continuité des voies lacrymales qu'on rencontre les dacryolithes ou concrétions pierreuses formées par les larmes. Quand une orbitocèle a pour point de départ une lésion traumatique, il faudra rechercher avec soin si elle ne serait pas due à la présence d'un corps étranger dans l'orbite. C'est ainsi qu'il y a quelques années M. Nélaton eut l'occasion d'extraire de cette cavité, chez un jeune homme de vingt-six ans, une pomme de parapluie en ivoire sculptée, longue de 4 centimètres et demi et d'un centimètre de diamètre. La lésion remontait à trois années, époque à laquelle le malade avait reçu, dans une querelle, un coup de parapluie vers le grand angle de l'œil.
extraction des corps ÉTRANGERS. — Quand une particule vulnérante occupe la face interne des voiles palpébraux, on les retourne pour en mettre la paroi muqueuse à découvert, et l'on expulse le corps étranger avec un morceau de papier roulé sur lui-même, une curette, un cure oreille, un anneau, une tige mousse quelconque; la pulpe du doigt suffit habituellement. En soupçonne-t-on la présence sur la face interne de la paupière supérieure, on fera bien de cherchera le découvrir, au préalable, en éloignant légèrement du globe le bord ciliaire. 11 arrive fréquemment, en effet, qu'on élimine le corps étranger en retournant la paupière; l'a-t-on aperçu avant le mouvement de rotation qu'on imprime à cette dernière, et ne le voit-on plus ensuite, aucun doute ne subsiste sur son expulsion. Quand la fente palpébrale est large, on parvient, dans certains cas, à détacher un corps étranger, qui occupe la paroi interne de la paupière supérieure, à la faveur de quelques mouvements communiqués à ce voile, après qu'on l'a saisi par un pli de la peau pour le faire chcvauclier sur le voile inférieur, de telle sorte que la surface muqueuse de la paupière supérieure soit mise en contact avec la
10*22 LIVRE IV. — VICES 1»K CONFORMATION. PROTHB8B OCULAIKK.
surface cutanée de l'intérieure. J'ai indiqué il y a longtemps déjà, dans mon Traité de chirurgie oculaire, ce procédé si simple qui m'avait souvent réussi, et qui vient d'être récemment préconisé comme nouveau dans plusieurs journaux de médecine. Lorsque le malade indique que le corpuscule siège vers la gouttière oculo-palpébrale supérieure, et qu'on ne parvient pas à le distinguer, on peut souvent l'extraire avec un pinceau non mouillé, avec un stylet d'Anel ployé eu forme d'anneau allongé, que l'on promène à une certaine profondeur, d'un angle à l'autre , sous la paupière supérieure, pendant que le patient dirige l'œil vers le sol. Quelques injections poussées parla commissure externe, entre le bulbe et les voiles palpébraux, à l'aide d'une seringue à gros siphon mousse, fatiguent peu et sont fréquemment couronnées de réussite. Lorsque les essais d'extraction ont été infructueux, que l'organe en est trop irrité, ou quand l'indocilité du malade s'oppose à ce que nous les mettions en pratique, il faut se contenter de prescrire des lotions froides. Il est rare que le corps étranger ne sorte pas de luimême, refoulé vers le grand angle par la sécrétion lacrymale, le jour ou le lendemain de l'accident. Souvent le malade se couche le sentant dans son œil , et s'en trouve délivré au moment de son réveil.
S'agit-il de procéder à l'extraction d'un petit corps étranger implanté dans la substance de la cornée, on fait asseoir le malade, on écarte et l'on fixe les paupières avec deux doigts de la main gauche, puis avec une aiguille à cataracte, tenue de la main droite, on cherche à ébranler le fragment, à le soulever et à l'expulser délicatement avec l'extrémité de la lance; si le corpuscule gît profondément, on est contraint, pour arriver à lui, de diviser à petits coups les couches qui le recouvrent. Ainsi seront extirpées les paillettes de fer, et, autant que possible, la rouille qui les entoure. Le docteur Krimer a proposé, dans le but de les dissoudre, de porter de temps en temps dans l'œil quelques gouttes d'un collyre composé de douze gouttes d'acide hydrochlorique, huit grammes d'eau de roses et un gramme de mucilage de semences de coings. Ces instillations irritantes me semblent pour le moins inutiles; une parcelle métallique, incrustée de tous côtés dans les tissus, ne pourra point en subir l'influence; elles seraient d'un effet douteux si le fragment était plus superficiellement placé, cas dans lequel on peut toujours le détacher tôt ou tard. On a indiqué pour le même but une solution d'acide acétique, qui serait applicable encore aux taches d'oxyde de fer, par suite du séjour d'une parcelle de ce métal dans la substance de la cornée.
«Beaucoup de praticiens, dit Réveillé-Parise, croient bénévolement qu'on peut, à l'imitation de la femme de Fabrice de Hilden , enlever une parcelle de fer implantée dans la cornée, au moyen d'un barreau aimanté. Qu'ils se désabusent, canine expérience réitérée leur prouvera que c'est là un véritable préjugé thérapeutique. » Cet auteur est dans le vrai; un tel moyen ne m'a jamais réussi. On ne peut en tenter rationnellement l'application que dans le cas où une certaine quantité de limaille de fer s'est engagée entre les voiles palpébraux, et se trouve libre d'adhérences.
Le procédé suivant a été indiqué par Maunoir. Dans les montagnes de la Suisse et dans d'aulres lieux où l'on récolte les châtaignes, ceux qui se trouvent