CHAPITRE IT1. — PROTHÈSE OCULAIRE
semblent, en égard aux besoins de la prothèse. On peut donc admettre en principe qu'un œil artificiel doit être confectionné exprès pour chaque individu. A Paris, on se rend chez l'artiste , qui inspecte l'étal des parties et leur préparc une pièce appropriée , ce qui n'est point aussi aisé quand, domicilié en province ou à l'étranger, on ne peut se mettre en rapport direct avec le fabricant. Mouler, dans cette circonstance, comme on l'a conseillé, l'intérieur de l'orbite avec de 'la cire, pour fournir à l'oculariste une juste idée du moignon, est une de ces propositions théoriques dont l'exécution est impossible; elle a été infructueusement essayée par M. Boissonneau père. Or, deux circonstances peuvent se présenter ici : tantôt le sujet a déjà fait usage d'un œil artificiel, tantôt il n'a point encore employé cet appareil. Voici à cet égard la pratique de M. Coulomb-Boissonneau l.
Première condition.— Après avoir enveloppé de papier fin la pièce qu'on désire remplacer si elle est complète, ou les principaux fragments si elle est brisée, on la renferme dans une boîte légère en fer-blanc, dans laquelle on l'assujettit au moyen de papier chiffonné, aOn d'empêcher le ballottement. On entoure celle boîte d'une enveloppe quelconque, que l'on fixe au moyen d'une ficelle en croix, fortement serrée. On attache ensuite les extrémités de celte ficelle à la lettre de demande, en ayant soin de maintenir le nœud à l'aide d'un cachet de cire: puis on remet le tout au bureau d'affranchissement de la poste, à l'adresse de l'artiste , qui doil être inscrite sur la lettre et sur la boite. Derrière la lettre on ajoutera la mention suivante : Echantillon sans valeur.
Deuxième condition.— 11 suffit d'un dessin colorié offrant la représentation fidèle, et de grandeur naturelle, de l'œil sain et de l'œil perdu. A. celle peinture devra être ajoutée l'indication de la profondeur qui existe dans l'œil détruit, depuis le bord ciliaire delà paupière inférieure jusqu'au cul-de-sac conjonctival. S'il y avait impossibilité de faire exécuter la peinture dont il s'agit, on pourrait y suppléer en indiquant un médecin à qui l'oculariste adresserait une série de questions médico-chirurgicales, à l'effet d'obtenir la plus grande perfection possible dans l'appropriation de la pièce artificielle. Ces questions sont les suivantes :
Indications sur l'œil sain. — 4° Quel est le diamètre du globe oculaire? 2<> Quel est le diamètre de l'iris? 3° Quelle est la couleur de cette membrane? 4° Quel est le diamètre de la pupille? S" Quelle est la distance verticale entre les deux paupières dans leur ouverture ordinaire? 6° Quelle est la dislance horizontale d'un angle à l'autre?
Indications sur l'œil perdu. — 1° Est-ce le droit ou le gauche? 2° Quel est le degré d'atrophie du bulbe? 3° Existe-l-il encore quelques parties transparentes de la cornée? S'il en existe, décrire leur étendue et leur situation. 4° Quelle est la dislance verticale enlre les deux paupières dans leur ouverture anormale? 5» Quelle est la distance horizontale d'un angle à l'autre? 8° Quelle est la profondeur qui existe depuis le bord ciliaire de la paupière inférieure jusqu'au cul-de-sac conjonctival? 7° Exisle-t-il des adhérences ou des irrégularités dans la conformation du moignon; s'il en existe, fournir une description, aussi nette que possible, sur leur emplacement, leur saillie, etc.
' M. Coulomb-Boissonneau(6, place de la Madeleine) tient à la disposition des chirurgiens trois séries d'yeux artificiels, méthodiquement classés et répondant aux principaux besoins de la pratique. La première collection est de 50 pièces, la seconde de 100 et la troisième, la plus complète, de 120.
1038 LIVRE iv. — V1CKS DE CONFORMATION. PROTHESE OCULAIRE.
Lorsqu'un œil artificiel est fait avec art et s'adapte exactement à un moignoM doue de mobilité, l'illusion qu'il produit est telleque de jeunes médecins, interJj rogés par nous sur la prétendue lésion dont était atteint un œil muni d'une pièce de ce genre, ont procédé presque toujours à la recherche des symptômes, I posé même un diagnostic, sans se douter de l'artifice. Mais pour qu'on! puisse profiter sans inconvénients des bénéfices de la prothèse, il est quelques I précautions auxquelles il faut qu'on ait égard. Pendant qu'on fait usage de l'œil I artificiel, il convient, dans les chaleurs surtout, que la fosse orbitaire soit à | l'abri de toute irritation causée par un manque de propreté ou par l'accu m ulaliou I des matières derrière l'appareil. Nous avons vu qu'il était de règle que l'émail 1 fui enlevé tous les soirs. Un instrument terne et rugueux devrait être sur-le-B champ remplacé, car il froisserait, excorierait les tissus et donnerait lieu à des I excroissances fongueuses; il est à remarquer qu'il se dépolit surtout dans les J parties qui correspondent aux paupières. Il peut durer une année, rarement 1 plus longtemps, ce qui dépend du soin qu'on en a pris et du mode de fabrication» de l'appareil. Les personnes qui voyagent ou qui habitent la province ou l'étran-B ger feront bien de se pourvoir de quelques émaux de réserve pour les cas de j nécessité d'échange et pour ceux de rupture accidentelle. ■
historique. — «L'invention de l'œil artificiel, dit Guérin (de Lyon), paraît» assez simple. Un vieux singe, sans doute à prétentions, avait, n'importe com-B ment, perdu un de ses yeux. Il avait rempli le vide de son orbite avec un mé-B lange de terre glaise et de plantes de différentes couleurs; le tout formait uni globe d'une composition à peu près de la couleur de l'œil qui lui restait. La su-B percherie ne fut reconnue qu'après sa mort. Le naturaliste, digne de foi, qui m'aB rapporté ce fait comme témoin, m'a assuré que rien ne l'avait surpris, dans lel cours de ses voyages, comme ce trait, qui marquait toute la sagacité que l'onï reconnaît à cet animal. »
Au lieu de puiser, comme notre crédule auteur, la découverte de la prothèse j oculaire dans l'histoire naturelle, il faut la voir dans un sentiment inné chez! l'homme : celui de dérober aux regards de ses semblables les difformités quil l'affligent. De là ces grotesques placards en honneur chez les peuples de l'anti- 1 quité, ces disgracieux ecbléphari dont parle Ambroise Paré, et qui, consistant! dans une plaque munie de l'image du globe et de ses appendices, se fixaient ha- 1 bituellement au-devant de l'orbite, à l'aide d'une branche flexible et courbe, qui! contournait la moitié de la tête et venait s'appuyer contre l'occiput. On a même prétendu que les yeux postiches qu'on insinue sous les paupières (hypobléphari) I n'étaient pas d'invention moderne, puisque au rapport de M. Hazard-Mirault, le I duc de Chaulnes en a trouvé sur des momies égyptiennes. Mal confectionnés, I grossièrement peints, ces hypobléphari étaient constitués par une petite capsule I d'argent couverte d'une couche d'émail blanc, au centre de laquelle l'iris était I représenté par un cercle brun d'une seule teinte, et la pupille par un point noir I un peu saillant, 11 reste à savoir si ce n'était pas là un ornement uniquement I destiné aux morts, ce qui me parait fort probable. Il existe, le croirait-on, une! jeune aveugle, retirée dans un couvent des environs de Paris, et quia poussé le I sentiment de la coquetterie jusqu'à faire orner ses orbites de deux yeux artifi- I