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CIIAFITRIÏ III. — PROTHÈSE OCULAIRE

de l'hémisphère correspondant du globe sain; l'éclat de l'émail lui donne l'aspect d'un corps mouillé; quand la pièce est neuve, elle est plus brillante que l'œil naturel. Toutes les membranes apparentes s'y trouveront exactement copiées : la sclérotique, avec quelques vaisseaux délicats qui en sillonnent la surface ; la cornée, plus distante de l'extrémité temporale que de l'extrémité nasale de l'émail, sans quoi le. sujet semblerait strabique; l'iris, avec ses nuances si variées. Le trou pupillaire sera, comparativement à celui du bulbe opposé, dans un état moyen de dilatation : Pupilles diameter, in ocuto artificiali, efjigcnda est ad normam mediœ amplitudinis pupillœ in illius hominis sano oculo, qualis esse, in modcrala luce, solet, dit David Mauchard, auteur d'une bonne dissertation latine sur l'oeil artificiel, publiée en 4749. La face postérieure ou interne, qui est concave, reçoit la convexité du moignon, qui ne doit y subir aucune gêne. Les bords supérieur et inférieur, en contact avec la rainure oculo-palpébrale qui correspond à chacun d'eux, sont arrondis et mousses; on aura soin qu'ils ne soient hérissés d'aucune aspérité qui fatiguerait les tissus. L'extrémité externe, qui borne la partie de l'appareil qu'on appelait autrefois culasse, se met en rapport avec le côté temporal du moignon ; moins longue que la précédente, l'extrémité interne s'accole à la caroncule lacrymale. Lorsque des brides ou des mamelons qu'on veut respecter gênent l'introduction de l'émail ou le refoulent vers le côté opposé à celui que ces obstacles occupent, des échancrures, destinées à les loger, seront effectuées à la périphérie de l'instrument (fig. M).

On a fabriqué des yeux artificiels en verre, en porcelaine, en faïence même. L'émail a obtenu une préférence méritée.

introduction et extraction de l'appareil. — M. Coulomb-Boissonneau m'a indiqué lui-même les manœuvres suivantes :

4° Introduction de la pièce par le chirurgien. — Le client étant assis, le praticien soulève la paupière supérieure avec le pouce de la main gauche et invite le malade à regarder en bas. Puis l'émail, saisi enlre le pouce et l'indicateur de la main droite, est introduit entre la paupière et le moignon; on aura soin d'en diriger la portion externe et supérieure vers la partie correspondante de l'orbite, et on l'insinuera ainsi jusqu'au fond de cette cavité. Dans celte position, on soutiendra la pièce avec le pouce gauche, tandis que l'indicateur de la main droite déprimera le voile inférieur. Ce mouvement, combiné avec le regard, qu'on aie soin de diriger en haut, engage à son tour le bord inférieur de l'émail, qui se trouve ainsi mis en place.

11 est convenable de tremper, au préalable, l'œil artificiel dans l'eau, pour en seconder l'introduction et le débarrasser des molécules qui auraient pu s'y attacher.

2" Introduction de lapièce par la personne elle-même qui en fait usage. —Après s'être assis devant une table, on appuie la main gauche à plat sur le front, et avec l'index et le médius de cette main on relève la paupière supérieure en dirigeant le regard en bas. La main droite, qui tient entre le pouce et l'index la pièce artificielle, l'engage entre le voile et le moignon. Comme dans la manœuvre ci-dessus décrite, la partie externe et supérieure du corps étranger sera portée vers la région correspondante de l'orbite et refoulée jusqu'au fond de cette cavité. Cela fait, et sans qu'on retire la main du front, on fixera la pièce avec l'indicateur et le médius, qui soulevaient auparavant la paupière, tandis que la main droite, qui abandonne l'émail, déprime avec l'index le voile infé-

vieur. Le mouvement que doit alors exécuter le moignon, pour que la pièce s'établisse définitivement dans les parties qu'elle doit occuper, a élé précédemment noté.

3« Extraction de l'appareil par le chirurgien. — Le malade, assis, est invité à porter le regard en haut. Puis le praticien abaisse la paupière inférieure avec l'index de la main gauche, et introduit sous le bord inférieur de l'émail, et un peu de bas en haut, le bout d'un passe-lacet, tenu entre le pouce et l'indicateur de la main droite, ou l'extrémité d'une épingle à tête ronde et grosse, les épingles dites anglaises ne valant rien pour cet usage. Par un mouvement d'arrière en avant on fait alors basculer la pièce, qui tombe bientôt dans la main ou sur un corps doux prêt à la recevoir.

4° Extraction par le malade. — Elle s'effectue d'après les mêmes principes. Le malade \ commence par abaisser la paupière inférieure avec l'indicateur de la main gauche, et! fait glisser sous le bord correspondant de fappareil le passe-lacet ou l'épingle, tenue de l'autre main , en ayant soin de regarder en haut. 11 ouvre ensuite l'œil aussi grand que possible, d'où le chevauchement du corps étranger et son élimination au dehors.

Ce n'est guère que lors des débuts de l'usage de l'œil artificiel que le malade se livrera aux manœuvres qui viennent d'être signalées. L'expérience, qu'il ne tardera pas à acquérir, dit M. Coulomb, dispense bientôt de toute précaution, et l'on arrive à mettre et à ôter son œil, en quelque lieu qu'on se trouve, aussi promptement qu'on le ferait d'une paire de lunettes.

L'extraction de l'œil artificiel pourrait présenter des difficultés chez les enfants qui ne sont pas encore habitués à son emploi. Ces difficultés n'existent plus, grâce à un procédé imaginé par M. Boissonneau père. 11 consiste dans un pertuis ménagé vers le bord inférieur de l'émail, permis dans lequel on passe une anse de soie. Celle-ci, qui pend d'un centimètre environ sur la joue, permet de dégager la pièce en un clin d'oeil; l'enfant lui-même s'accoutume à cet exercice. On supprime cet auxiliaire dès qu'on le juge inutile.

Il convient de retirer l'émail tous les soirs, de le laver, de l'essuyer avec précaution et de le poser ensuite dans une petite boîte ou dans un écrin, et non dans un verre d'eau, comme le veut un ancien usage, et comme l'enseignent encore quelques ophthalmologistes. M. Boissonneau père me disait à ce sujet que l'humidité était l'une des influences qui contribuaient le plus à la détérioration des émaux. Le papier lin, suivant M. Boissonneau, est préférable, comme moyen d'enveloppe, au coton, qui offre l'inconvénient d'abandonner sur la pièce des fibrilles qui s'y collent.

On peut, à la rigueur, continuer à porter l'appareil pendant deux ou trôB nuits de suite, ce qui doit être évité autant que possible. J'ai pratiqué récemment chez une femme l'ablation d'un œil artificiel de pacotille, qui séjournait dans l'orbite depuis trois années, le marchand ayant omis d'indiquer que l'émail devait être retiré de temps à autre. Dépolie, rugueuse et garnie postérieurement de concrétions calcaires, cette pièce était devenue la cause de désordres inflammatoires.

DU CHOIX DE L'ŒIL ARTIFICIEL ET DES INDICATIONS A TRANSMETTRE POUR SE PROCURER

l'émail par correspondance.— Bien qu'on rencontre parfois dans les collections un œil postiche qui s'accommode aux conditions existantes, la chose est assez rare néanmoins, car, sur cent orbites, il n'y en a quelquefois pas deux qui se res-

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