‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 69 sur 501 · CHAPITRE II. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — TRAITEMENT

développée1; il consiste à associer le sous-acétate de plomb à l'huile d'olive, ce qui permet de s'en servir à dos doses infiniment plus fortes que celles sous lesquelles il a été usité jusqu'à ce jour.

Bien que j'aie quelquefois prescrit parties égales de sous-acétate de plomb et d'huile d'olive, j'ordonne le plus habituellement une proportion un peu plus forte du dernier ingrédient. Ma formule journalière est la suivante :

Sous-acétate de plomb liquide .12 grammes

Huile d'olive ; 16 —

Mêlez. Agitez la bouteille avant de s'en servir.

Le malade, au moment du coucher, trempe dans ce liquide et applique sur les voiles palpébraux deux ou trois petites compresses de forme ovalaire et ayant les dimensions des paupières supérieure et inférieure réunies; une autre pièce de linge, un peu plus grande, est posée sur les trois rondelles ; le tout est maintenu en place par un léger tampon de coton ou de charpie mollette et par ime bande. Le matin, l'appareil est enlevé, et des lotions sont pratiquées sur les yeux avec de l'eau tiède ou un liquide résolutif. Je prescris souvent l'eau tiède, additionnée de quelques gouttes d'eau-de-vie ou d'alcool camphré.

L'huile s'est-elle figée sous l'influence du froid, on lui rend sa consistance primitive en l'exposant aune douce chaleur. On sollicitera le plus commodément ces effets en plongeant la bouteille dans un bain-marie.

Le collyre huileux au sous-acétate de plomb est souvent parvenu à amender les néphélions d'une manière très-satisfaisante. C'est dans les conjonctivites chroniques, avec ou sans obscurcissement panniforme du miroir, que je l'ai notamment employé. Le boursouflement des conjonctives palpébrales, les hypertrophies papillaires et folliculeuses y ont trouvé une ressource utile. Plusieurs praticiens, le docteur Maubec entre autres, nous ont assuré y. avoir eu recours avec succès, depuis la publication de notre travail. Son application est exempte de douleurs, et nous ne l'avons presque jamais vu susciter d'exaspération phlegmasique.

sulfate d'alumine et de potasse (aïun).— Les solutions alumineuses s'emploient dans les cas où il y a indication d'user de collyres astringents. Comme l'alun jouit d'une activité moins grande que celle du nitrate d'argent, du sulfate de zinc et du sulfate de cuivre, on doit le prescrire à des doses plus fortes qu'on ne le fait pour ces dernières substances. Nous commençons habituellement par 10 ou 15 centigrammes d'alun pour 30 grammes de véhicule. Celte dose peut être élevée sans inconvénients. C'est ainsi que , dans quelques ptosis par suite d œdèmes subaigus, nous avons souvent conseillé avec avantage des fomentations sur les paupières avec une solution de 2 à 4 grammes d'alun pour 100 mai»mes d eau. D

On a préconisé, contre les inflammations oculaires, un moyen cité par Lazare Rivière, et qui consiste à battre des blancs d'oeufs avec un bâton dîdun de

^Abeille médicale, année 1850, p. S. - Bulletin de thérapeutique , même année,

150 L1VBB I. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES,

roche, jusqu'à ce qu'il en résulte une mousse épaisse. Dans un rapport adressé à M. le ministre de la marine, sur le choléra-morbus observé dans l'Inde ( l'aris, 1832), M. Souly fut à même de constater l'efficacité de cette mousse alumincusc, usitée dans ce pays contre les ophthahnics purulentes, «l/épidémie continuait, dit-il, lorsque j'entendis parler des effets merveilleux de l'alun de roche pour calmer instantanément les douleurs et arrêter le cours de la maladie. J'en fis l'essai, et j'affirme que ses lions effets sont si prompts, si assurés, qu'il ne m'est pas venu à l'idée de chercher un autre mode de traitement. On prend un morceau d'alun, que l'on frotte, pendant huit ou dix minutes, dans un vase un peu rugueux et contenant des blancs d'œufs. On verse ensuite le mélange sur un morceau de mousseline, que l'on attache de manière à en former un petit sachet. Le malade ayant la tète renversée en arrière, on écarte les paupières et Ton instille dans les yeux, en pressant le sachet, quelques gouttes de ce remède. »

J'ai souvent prescrit avec le plus grand avantage un gramme d'alun qu'on bat avec deux blancs d'œufs. Le mélange, placé entre deux mousselines, est appliqué sur les yeux et y demeure durant toute la nuit.

Il nous arrive fréquemment, à nos consultations cliniques et dans les cas surtout d'ophthalmie granuleuse, de formuler 1 gramme d'alun et 30 centigrammes de sulfate de cuivre en solution dans 50 grammes d'eau distillée, combinaison que nous avons empruntée à la pratique du docteur Guépin. L'on verse une petite quantité de ce mélange dans un peu d'eau pour lotions ou pour fomentations. Ce moyen, outre son efficacité réelle, offre le grand avantage d'être peu coûteux, en ce qu'il fournit au malade la possibilité de préparer à sa guise, et sans le secours du pharmacien, des collyres d'énergie variable.

pierre divine (pierre ophthalmique , sulfate de cuivre alumineux). — Cet agent, : préconisé et imaginé même, dit-on, par Saint-Yves , jouit encore d'une vogue qu'il doit à son efficacité incontestable contre les ophthalmics chroniques , les ophthalmo-blennorrhées, les ulcérations atoniques de la cornée , le pannus , les taies, certaines affections des voies lacrymales, etc. 11 est le résultat de la fusion ! d'un mélange de sulfate de cuivre , de nitrate de potasse et d'alun, de chaque 90 grammes ; on y incorpore 4 grammes de camphre, quand il commence à se refroidir ; on casse en morceaux après le refroidissement.

La dose de 5 centigrammes de pierre divine pour 25 ou 30 grammes de véhicule est celle qui convient généralement le mieux dans les conjonctivites chroniques. Fréquemment encore, nous ordonnons un collyre composé de 5 centigrammes de pierre divine, 30 grammes d'eau distillée et 15 gouttes de laudanum de Sydcnham. Dans les taies , les proportions de pierre divine doivent être beaucoup plus fortes.

Saint-Yves indique de 30 centigrammes à 1 gramme de pierre divine pour •125 grammes d'eau commune. On pourra, dit-il, ajouter à celte solution une demi-cuillerée d'eau-dc-vic et 4 grammes de sucre candi.

sous-borate de soupe (borax ).— Les deux formules principales auxquelles nous avons recours comprennent l'une 25 centigrammes de borax, 00 grammes dieu distillée, 30 grammes d'eau de laitue et de 2 à 4 grammes d'eau dntillét

IIIIAI'ITUK II, — TRAITEMENT. 1 S 1

de laurier cerise ; l'autre, 25 centigrammes de borax, 00 grammes d'eau distillée el 30 grammes d'eau de roses. Là première est surtout applicable aux inflammations qu'accompagne un cerlain degré de photophobie. Il faudra lillrer avec soin l'eau distillée de laurier-cerise qui figure dans celle préparation, pour la dégager de l 'huile essentielle qu'elle peut contenir, et dont la propriété caustique exaspérerait l'irritation et serait susceptible de donner lieu à de Férythème et à de l'œdème aux voiles palpébraux. Les doses du borax pourront être élevées plus tard à 30 centigrammes , h 1 gramme même, pour la masse de liquide précédemment indiquée. Sauf les cas d'opacités chroniques de la cornée, nous ne les portons jamais aux quantités que plusieurs auteurs recommandent, de 2 à A grammes, par exemple, de ce sel pour 30 grammes de véhicule.

Très-recommandé par Jiïngkcn, par Rust et par un grand nombre d'autres oculistes allemands, le collyre de borax, bien dosé, est un excellent résolutif, qui s'applique notamment aux conjonctivites dites lymphatiques , aux inflammations superficielles de la cornée et même aux kératites profondes, quand leur acuité a été vaincue par une médication appropriée. Nous avons vil maintes fois des conjonctivites qui s'exaspéraient par les solutions de nitrate d'argent, de sulfate de zinc ou d'autres topiques, et qui trouvaient dans les collyres boralés un a oien d emen t remarquable .

chlorure de sodium. — L'intervention du sel marin n'est pas chose nouvelle dans la thérapeutique des affections oculaires : je trouve ce moyen mentionné dans Guy de Chauliac'. Dans son Histoire médicale de l'armée d'Orient, Desgenettes rapporte que plusieurs inflammations ophthalmiqucs cédèrent, enÉgypte, aune dissolution de sel marin dans l'eau vinaigrée. D'autres guérirent avec l'eau de mer.

Le collyre au sel marin a été beaucoup recommandé par Auguste Bérard. Dans plusieurs cas de conjonctivite chronique, j'ai vu ce professeur débuter par une solution d'un gramme et demi de ce sel pour 30 grammes d'eau distillée, et arriver progressivement à une solution complètement saturée. Nous commençons habituellement, dans ces mêmes circonstances, par 1 gramme de chlorure de sodium pour 30 grammes d'eau distillée, ou d'un mélange d'eau distillée et d'eau de roses. La dose du sel est graduellement portée à 2, 3 et A grammes pour 30 grammes de véhicule.

Un collyre composé de 50 centigrammes à 1 gramme, et même une dose plus

orte de sel marin pour 10 grammes d'eau, avec addition de 15 ou 20 gouttes de laudanum de Sydenham, nous a rendu des services signalés contre les kératites panmformes des jeunes sujets lymphatiques et les ulcérations aloniqucs de la cornée. M. Tavignot indique comme topique pour ainsi dire spécifique, dans cotte condition morbide, une solution de 4 à 10 parties de chlorure de sodium pour 30 parl.es d eau, en instillations trois fois par jour entre les paupières ÏOddre de potassium. - Les expériences précédemment signalée (page 13»

«montrent l'influence que peuvent exercer les solutions iodées surîes titsus .nternes du globe. C'est donc très-judicieusement que quelques praticiens con-

1 Guy de Chauliac, Le Mais're en chirurgie. Paris, 1746, p. 881.

L52 LIVRE I. — CONSIDÉRATIONS Cl'.NKIUUW.

scillcnt des lotions et des fomentations sur la région oculaire avec une solution d'iodure de potassium, prescription applicable aux cas où il s'agit de solliciter la résorption d'un produit développé au sein de l'œil, d'une exsudation, par exemple, qui occupe la région pupillaire. Bien que les pommades iodées nous paraissent préférables aux solutions de même nature dans les taies de la cornée, on peut prescrire contre elles un collyre composé de 15 ou 20 centigrammes, et même d'une dose beaucoup plus énergique d'iodure de potassium pour 15 grammes d'eau distillée. Le sujet porteur d'une teinte olivâtre des conjonctives, dont nous avons parlé plus liant, fut d'abord soumis à des instillations, soir et matin, avec une solution de 25 centigrammes de ce sel pour 30 grammes d'eau. La dose d'iodure fut graduellement portée à 50 centigrammes, à 1 gramme et enfin à 2 grammes pour la même quantité de véhicule. Or, le malade m'assura que ces solutions n'avaient jamais déterminé chez lui aucune inflammation du tissu conjonctival.

peuto-chlorure de mercure (sublimé corrosif). — Le collyre de sublimé est une ressource précieuse contre les conjonctivites subaiguës ou chroniques, contre les dacryoblennorrhées, contre certaines blépharites et contre les taies.

Nous employons le plus ordinairement le bicblorure de mercure à la dose de 12 à 25 milligrammes pour 30 grammes d'eau distillée. Jiingken, Rosas et plusieurs autres oculistes me paraissent le prescrire à des doses un peu trop faibles, en indiquant 5 centigrammes de ce sel pour 250 grammes de véhicule. Les opacités de la cornée demandent surtout que Ton en force les doses. Qui ne sait le parti que tire du sublimé, dans cette circonstance, la médecine vétérinaire?

Additionnée de laudanum de Sydenham, la solution de sublimé constitue le collyre de Conradi-, très en vogue en Allemagne.

tannin. — Cest avec juste raison que le tannin, principe immédiat contenu dans la plupart des substances organiques astringentes, a été admis, depuis quelques années, dans la pratique ophthalmologique. Chez un grand nombre de malades, cet astringent végétal a paru devoir être préféré aux astringents minéraux, comme jouissant d'une plus grande bénignité, bien que donnant lieu à une contraction énergique du système vasculaire1.

C'est surtout contre les kératites panniformes, les conjonctivites chroniques et l'ophthalmie granuleuse , que nous prescrivons le plus souvent les préparations tanniques. Toutefois, dans cette dernière maladie, nous ne considérons le tannin que comme un simple adjuvant, souvent infidèle comme beaucoup d'autres topiques, et nous ne manquons jamais de lui associer des ressources efficaces dont il sera question dans la suite. Telle est, d'ailleurs, l'opinion du professeur Hairion, l'un desplus grands partisans delà médication tannique, que nous avons largement expérimentée, à nos consultations cliniques, avec le docteur Demculcmcestcr, l'un de ses anciens aides. Ce n'est point, dit M. Hairion, un speci

> La glycérine tannique, que le docteur Demarquay emploie avec succès contre Ij vaginite, se compose de 10 à 20 grammes de tannin pour 30 grammes de glycérine. L< tannin entièrement dissous par la glycérine donne lieu à un liquide d'une couleur brune.

Page 1