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CHAPITRE II. — TRAITEMENT

fique absolu, guérissant toujours , infaillible en un mot ; cette médication a ses limites et n'exclut pas l'intervention d'autres moyens quratifs.

Les collyres que nous conseillons le plus habituellement se composent de 25 à 30 centigrammes, 50 centigrammes au plus de tannin pour 30 grammes d'eau distillée. En donnant à celle-ci la préférence sur l'eau ordinaire, qui contient toutes sortes de sels, on obtient un mélange plus homogène et plus fixe. Cunier annonce n'avoir jamais dépassé la dose de 20 grains par once d'eau, dans les ophthalmo-blennorrhées. Sauf une solution faible de tannin (4 gramme de celui-ci pour 100 grammes d'eau), applicable, en fomentations sur les paupières, aux ophthalmies aiguës, le docteur Hairion n'a recours qu'à une préparation dont il est l'auteur, le mucilage tannique. Ce mucilage, d'après le professeur de Louvain, bien que contenant un septième de son poids de substance médicamenteuse, produit moins d'irritation qu'une solution aqueuse beaucoup moins chargée. Dans celle-ci, toute l'activité du tannin, mis en contact avec les tissus, s'exerce à l'instant et s'épuise avec rapidité ; sous forme de mucilage , l'action du tannin s'effectue d'une manière lente et successive ; l'absorption du principe médicamenteux est rendue plus facile et les effets hyposthénisants en sont plus marqués.

La Formule de M. Hairion comprend 5 grammes de tannin et 20 grammes d'eau distillée. On fait dissoudre dans un mortier et l'on ajoute 10 grammes de gomme arabique. On mêle très-exactement et l'on passe à travers un linge fin.

Le mucilage tannique est d'un aspect grisâtre, homogène, de consistance sirupeuse. Pour l'appliquer, on abaisse la paupière inférieure , et l'on en touche la face interne, jusqu'au grand pli de la conjonctive, avec un pinceau qui a été trempé dans ce topique. Le malade tient, pendant quelques instants, les paupières rapprochées l'une de l'autre, et exerce, avec le doigt, quelques frictions sur le voile supérieur, de manière à ce cpie le mucilage s'étende uniformément sur toute la surface de la muqueuse oculo-palpébrale. Cette application , que M. Hairion pratique lui-même la première fois, peut être faite plus tard par le malade, jusqu'à trois ou quatre fois par jour.

Nous exposerons sommairement -les principaux avantages attribués par M. Hairion à la médication tannique. L'action hyposthénisante locale du remède s'étend sur le système vasculairc et sur le système nerveux, ce qui rend son emploi précieux et contre les conditions inflammatoires et contre l'exaltation de sensibilité dont l'œil peut être le siège. Le praticien tirera profit des propriétés coagulantes du tannin, dans les ulcérations de la cornée, pour condenser la lymphe plastique qui vient en garnir la surface, soustraire celle-ci à l'air et hâter le travail de réparation. Il l'emploiera dans le ramollissement ou le défaut de résistance de cette membrane, pour en raffermir les lissus et en prévenir la propulsion ou la déchirure. Dans les ophthalmo-blennorrhées , cet agent effectué la coagulation des produits muco-purulents, en détruit sur place les propriétés corrosives et tend à empêcher les.cffets si désastreux delà diffusion du mal.

Lu conseillant un mélange de 30 à 60 centigramm.es de tannin, 60 grammes à eau dîStillée el Je 60 centigrammes à Igrammes de laudanum de Sydenham, Fro,imul'ei- pense que, quelle que puisse être la valeur de ce collyre, comme

lp« LIVRE 1. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

composition chimique, il n'en agil pas moins d'une manière très-eflicace clans les ophthalmies chroniques.

Le docteur Foucher dit avoir retiré de grands avantages des crayons au tannin, dans les cas de tuméfaction ancienne de la muqueuse palpéhrale, sans granulations ou avec des granulations peu développées. Les surfaces malades sont touchées une ou deux fois par jour avec le crayon. L'on peut encore introduire un petit fragment de ce dernier entre les paupières; il se fixe hienlôt, grâce à la gomme, et ne tarde pas à se dissoudre. Ces crayons, déjà employés par M. Becquerel, dans quelques affections utérines, sont fabriqués avec A parties de tannin et 4 ou 2 parties de gomme adraganle. Le mélange est roulé en cylindres de 5 millimètres de diamètre et séché à l'étuvo.

Extrait de belladone, sulfate neutre d'atropine. — Les observateurs, qui attribuaient la mobilité de l'irisa une propriété érectile de son parenchyme, expliquaient la dilatation pupillaire que la belladone sollicite par l'affaissement que la cloison indienne subit sous son influence1. S'il est vrai, dit Rognetta, que tout le système artériel tombe dans une sorte d'affaiblissement par l'action de cette plante, on conçoit que les organes très-vascularisés devront surtout en ressentir les effets; le tissu de l'iris, qui cesse d'être soutenu par l'éréthisme artériel, s'affaisse, revient sur lui-même, et la pupille se trouve ainsi dilatée; la même considération est applicable aux vaisseaux de la rétine, d'où des symptômes d'asthénie visuelle. La science est aujourd'hui sous l'empire d'un autre ordre d'idées. Il est généralement admis que, par suite d'une propriété spécilique, la belladone frappe d'une aneslhésie momentanée le sphincter de la pupille, le dilatateur, qui n'est plus gêné dans son action , se contractant dès lors librement (page 9). On a encore avancé que la belladone paralysait le sphincter et excitait en même temps le dilatateur delà pupille. Les partisans de cette opinion allèguent qu'il résulte des expériences de M. Budge et de quelques autres physiologistes que la belladone continue à solliciter la dilatation de la pupille, bien qu'à un moindre degré , après la section du grand sympathique au cou, et à la suite même de l'extirpation du ganglion cervical supérieur. Or, si la belladone ne paralysait que les fibres circulaires de l'iris, sans stimuler les fibres antagonistes, il serait difficile , a-t-on dit, de fournir l'explication de la dilatation pupillaire qui a lieu dans ces expériences, puisque les fibres radiées ont été intéressées dans le mode d'innervation qui leur est propre.

Comme moyen mydriatique, quand il s'agit, par exemple, de produire la dilatation de la pupille pour pratiquer une opération de cataracte, le collyre belladoné peut être formulé de la manière suivante : extrait de belladone, de 50 centigrammes à 1 gramme; eau distillée, 10 grammes. Dissolvez et filtrez. Bien que fidèle, quand l'extrait de belladone est de bonne qiialité, cette solution donne lieu à une légère injection conjonctivale, qui s'évanouit d'ailleurs avec rapidité. Quelques oculistes, pour en atténuer l'action sur la conjonctive, y

i La jusquianie et le datura-slramonium jouissent également de propriétés mydrialiques; mais ces plantes sont abandonnées, quanta ce but, leur action étant moins certaine et moins prompte que celle de la belladone.

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ajoutent du mucilage de gomme arabique ou de semences de coing. Elle, enflamme véritablement l'organe visuel, lorsque, préparé.! depuis longtemps, elle a fermenté, s'est aigrie, et, parfois même, s'est couverte d'une couche de moisissure. C'est pour ces motifs qu'il est infiniment préférable d'avoir recours à une solution de sulfate neutre d'atropine, aujourd'hui adoptée par la plupart des ophtalmologistes. Ne causant ni irritation, ni douleur elle dilate avec énergie et avec rapidité, et l'effet obtenu offre une grande persistance. La solution présente l'avantage de se conserver sans altération. Un praticien, d'ailleurs, est-il appelé à exercer dans une localité où il ne peut se procurer ce collyre, rien n'est facile comme de posséder dans un flacon une certaine quanti lé de sulfate d'atropine et de préparer successivement la solution dont il peut avoir besoin.

La dose de sulfate, généralement usitée, pour arriver au résultat désiré, est de o centigrammes pour 10 grammes d'eau distillée. Quelques gouttes instillées entre les paupières produisent habituellement, en un quart d'heure ou une demi -heure, une dilatation et une immobili té complète de la pupille qui gênent le malade pendant plusieurs jours. J'ai vu les dernières traces de la mydriase ne s'évanouir qu'au bout de dix ou douze jours. Il suffit même de 2 centigrammes de sulfate d'atropine en solution dans 10 grammes d'eau pour obtenir des effets identiques.

Un iris vivement phlogosé est insensible à l'influence de la belladone. L'jritis n'est-elle qu'à ses débuts, ou une phi egmasie très-aiguë del'iris a-t-elle été affaiblie par les saignées et le mercure, les effets mydriatiques se manifestent. Lorsquela conjonctive est très-injectée et occupée surtout par un chémosis phlegmoneux, l'action du sulfate d'atropine n'est généralement ni aussi prompte, ni aussi prononcée que quand l'œil est dépourvu de cette complication. Le collyre est-il, peut-être alors, par trop délayé par les mucosités et les larmes ; peut-être encore l'irritation et la trop grande vascularité de l'organe le rendent-elles moins apte à ressentir les effets du remède. C'est pour ces motifs que quand, dans ces circonstances, il y aura indication de dilater aussi largement que possible l'ouverture pupillaire, on associera utilement aux instillations mydriatiques les onctions autour de l'orbite avec l'extrait de belladone, ou les fomentations sur les paupières avec des compresses très-petites et très-fines qui seront imbibées d'une solution concentrée de sulfate d'atropine.

Les faits suivants démontrent qu'on doit surveiller chez les jeunes sujets les effets auxquels peuvent donner lieu ces applications locales '.

Observation II. — En juin 1 860, un enfant de neuf mois, que je devais opérer d'une cataracte congénitale à l'œil gauche, fut soumis par moi, la veille de l'opération, à une instillation d'une solution de sulfate d'atropine, de ce côté seulement. La dose prescrite avait été de 5 centigrammes de ce sel pour 10 grammes d'eau distillée. Au- bout de dix minutes, le jeune sujet devint rouge de la tête aux pieds; les lèvres étaient pin-

« L'iodure de potassium et le café sont considérés par M. Roux (de Brignoles) comme les meilleurs contre-poisons de l'atropine. (Voy. Bulletin de la société de médecine de Marseille, année 1860, p. 57.)

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cées, serrées Tune contre l'autre ; les yeux étaient fixes ; il était en proie à une fièvre brûlante; deux ou trois vomissements survinrent dans la journée. Tout avait disparu e lendemain. Les mêmes phénomènes se renouvelèrent ce jour-là sous l'influence du collyre; ils furent moins intenses, toutefois, que la veille, circonstance qui fut attribuée par la mère à la quantité un peu plus faible du remède instillé. Je trouvai la pupille dilatée et je procédai à l'opération.

Quinze jours après, et dans le but d'opérer l'œil droit, je fis introduire entre les paupières quelques gouttes d'une solution de 20 centigrammes d'extrait de belladone pour 4 0 grammes d'eau. Deux instillations amenèrent la dilatation de la pupille, et rien de fâcheux ne survint. Ce n'est que deux jours après que, continuant l'usage du collyre, la mère constata que le jeune malade commençait a éprouver des effets analogues à' ceux qu'elle avait vérifiés au début des instillations mydrialiques. Force fut de renoncer à leur emploi.

Observation III. — J'ai donné des soins h un enfant de cinq ans , affligé aux deux yeux d'une kératite ulcéreuse grave. Comme les cornées présentaient une grande tendance à la perforation , je jugeai à propos de conseiller, dès la première consultation, des instillations avec une solution de sulfate neutre d'atropine. La prescription ayant été exactement suivie, la mère s'aperçut, dans la soirée, que la figure de son fils était devenue pourpre; il y avait un violent mal de tête et des vertiges; les membres, les supérieurs surtout, étaient le siège de tremblotements; l'enfant avait de la peine à fermer les mains; la respiration était pénible; il était en proie à des nausées, et même vomit deux fois. Le calme s'étant manifesté peu à peu , au bout de quelques heures, le malade s'endormit, mais son sommeil fut troublé par de l'agitation et des rêvasseries. Quelques gouttes du collyre ayant été introduites entre les paupières, le lendemain matin, un nouvel accès apparut, moins violent et plus court que celui delà veille. C'est alors que l'enfant fut ramené à la consultation. Je dus prescrire la cessation immédiate du moyen toxique, et les accidents ne se reproduisirent plus. Les onctions sur le front avec une pommade belladonée, que je conseillai plus lard, fuient complètement exemples des inconvénients qui viennent d'être si g aies.

Bien qu'un collyre de 5 centigrammes de sulfate d'atropine pour 10 grammes d'eau distillée ait été parfaitement toléré, dans notre pratique, par des enfants atteints d'ophthalmie des nouveau-nés, je crois qu'il est prudent d'admettre qu'une faible solution d'extrait de belladone doit obtenir généralement la préférence dans les premiers temps de la vie. Elle n'exposera à aucun sinistre et sera le plus habituellement suivie des effets désirés.

Il arrive quelquefois que la dilatation de la pupille soit engendrée par deux ou trois onctions sur le front avec une pommade peu cbargéc d'extrait de belladone, 2 grammes de cet extrait, par exemple, pour 15 grammes d'onguent napolitain. Plusieurs praticiens ont recours à des frictions, sur la région périorbilaire, avec l'extrait de belladone pur, quand il s'agit de solliciter une mydriase artificielle; j'ai vu Gutbrie père encadrer l'œil dans un cercle de cet extrait porté sur la face à l'aide d'un énorme pinceau. La dilatation pupillaire se constitue, dans ces cas, par un double mécanisme. Tantôt, et le plus souvent, l'extrait de belladone pénètre entre les paupières, charrié par la transpiration, ou la préparation étant assez liquide pour s'y glisser avec facilité ;

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