CHAPITRE II. — TRA1TF.MF.NT
tantôt, et à la suite surtout de son usage prolongé et susceptible de donner lieu à un certain degré de narcotisme, il passe à l'absorption et fonctionne alors comme s'il avait été introduit dans l'économie par une autre voie. Cette substance a encore été employée, pour le même but, en onctions dans les narines. Eu égard à la fidélité et à la rapidité d'action, les instillations d'une solution d'extrait de belladone, et, à plus forte raison, d'un collyre au sulfate d'atropine méritent d'être préférées aux frictions mydriatiques.
Les avantages que la belladone fournit à l'ophthalmologie sont inappréciables. Que de services ne nous rend-elle pas. dans les iritis, dans les hernies de l'iris, dans les synéebies, avant et après les opérations de cataracte, dans les explorations ophthalmoscopiques ! Gray, botaniste anglais, qui vivait au xvne siècle, avait constaté qu'à la suite de l'application d'une préparation belladonée sur un ulcère de la langue, il en était résulté une dilatation remarquable de la pupille. Cette propriété restait délaissée, quant à la pratique de Pophthalmologïe, lorsqu'au commencement de ce siècle , Himly appela l'attention sur la vertu capitale de la belladone 1, qui ne tarda pas dès lors à prendre rang parmi les remèdes les plus précieux de l'oculistique. Par l'introduction des mydriatiques dans son domaine , Himly a puissamment contribué à ouvrir à cette branche de l'art de guérir une ère nouvelle. Elle a été pour l'ophthalmologie ce que l'application de la vapeur a été dans le mouvement industriel de notre époque.
extrait gommeux d'opium, laudanum de sydenham. — Si les opiacés rendent des services à l'oculistique contre la photophobie, et en calmant les souffrances qui accompagnent certaines opbthalmies, ils lui en rendent plus peut-être comme remèdes excitant le jeu des Araisseaux absorbants et doués de la propriété d'activer la reproduction organique. C'est ainsi que nous en invoquons journellement le secours contre des conjonctivites subaiguës ou chroniques, dans quelques kératites panniformes, dans les ulcérations et les épanchements de la cornée, dans le kératocèle, les hernies de l'iris, etc. .
Le collyre le plus faible que nous mettions en usage se compose de 25 centigrammes d'extrait gommeux d'opium pour 40 grammes d'eau distillée. On fait dissoudre et on filtre. Les instillations ont lieu, deux ou trois fois par jour, à la dose de quelques gouttes. L'extrait thébaïque peut être porté successivement jusqu'à 50 centigrammes pour la même quantité de véhicule.
Nous employons souvent le laudanum de Sydenham, étendu d'abord de cinq ou six fois son poids d'eau, puis d'une quantité de moins en moins forte de ce liquide, jusqu'à ce que le malade arrive au laudanum pur. J'ai connu un chirurgien militaire atteint d'une conjonctivite chronique et qui avait largement usé des instillations du dernier remède. Celui-ci causait, dans le principe, une cuisson très-vive et de la douleur, mais le malade s'y était tellement habitué que le contact .lu liquide ne donnait plus lieu à aucune sensation pénible. Il lui était souvent arrivé d'appliquer sur ses paupières fermées des'compresscs imbi-
* De la paralysie de l'iris, occasionne par une application locale de la belladone et VZT^JCm^emnt (k (UmrSeS mtladieS * P" ""^--TradurLi
bées de laudanum pur, expédient qui occasionnait de la somnolence, au début, mais qui, plus lanl, ne produisait plus cet effet.
Le collyre de laudanum belladone, que j'ai vu prescrire dans quelques cliniques allemandes, peut être formulé de la manière suivante : 6 grammes d'eau distillée, 1 ou 2 grammes de laudanum de Sydcnham, 50 centigrammes ou 1 gramme d'extrait de belladone. Les doses qui viennent d'être indiquées sont sujettes à varier suivant la tolérance. Cette préparation trouve son application dans certains staphylômes de l'iris, qui -n'ont pu être réduits ou ne l'ont été qu'incomplètement, l'indication à remplir ici étant de créer un travail plastique dans la procidence, tout en provoquant un mouvement mydrialique dont on devine le mécanisme. Quelques kératites avec synéchie antérieure se prêtent à son emploi. J'ai également trouvé ce collyre utile dans certaines ulcérations atoniques de la cornée, sans synéebie, par suite de la stimulation qu'il sollicitait dans la partie dénudée et de l'efficacité des mydriatiques dans les cas de ce genre. On pourrait alléguer que le laudanum tendant à faire contracter la pupille et la belladone à la dilater, il y a là deux éléments qui jurent de se trouves associés l'un à l'autre. Nous ne saurions accepter cet argument, fondé sur ce que la puissance de dilatation de la belladone sur l'iris étant infiniment plus forte que la puissance de contraction du laudanum sur ce diaphragme, on obtientdès lors les effets que l'on a en vue d'atteindre. Depuis quelque temps, nous avons remplacé l'extrait de belladone dans ce collyre par 25 milligrammes ou 5 centigrammes de sulfate neutre d'atropine.
§ 2. — De quelques autres substances moins usitées dans les collyres.
chlorure de chaux. — C'est dans les cas qui militent pour l'application de? collyres au nitrate d'argent qu'on a généralement conseillé ceux au chlorure de chaux. Le professeur d'Ammon paraît les avoir employés, avec quelque succès, dans l'ophthalmic des nouveau-nés, et le docteur Variez (de Bruxelles) dans cette même affection et dans l'ophthalmic purulente des adultes. « Le chlorure de chaux, à l'état de solution concentrée, dit le docteur Decondé est un modificateur énergique , neutralisant à coup sur l'influence virulente de la matière sécrétée. »
La dose de chlorure de chaux , pour collyres, est de 15 à 50 centigrammes et au delà sur 30 grammes d'eau distillée. On l'a portée à A grammes, à 8 grammes (Slocbcr), pour 30 grammes de véhicule. M. Decondé en indique 30 grammes, sur 200 gram. d'eau, pour la destination précédemment mentionnée.
ta tvr re STiiuÉ. — Can on du Villards préconise l'efficacité d'une solution émélisée employée comme collyre. « J'ai eu l'occasion , dit-il, d'éprouver toute la puissance de ce moyen, et c'est vraiment une tacbe pour la mémoire du professeur Scarpade l'avoir tourné en ridicule, sans l'avoir expérimenté. Cette conduite d'un homme aussi judicieux ne peut être expliquée que par l'horreur qu'il éprouvait pour Hasori et sa doctrine. »
1 Annales Woculistique, t. XL, p, 17.