CHAPITRE il. TRAITEMENT
de M, Defiondéj qui veut que les yeux enflammés et photophohcs des jeunes sujets soient exposés, pendant la plus grande partie du jour, à l'éclat du soleil, et, en l'absence de celui-ci, au plus grand jour possible, sans bandeau, sans visière, sans chapeau, je préfère conseiller un garde-vue, qui oll're le double avantage d'atténuer l'impression du fluide qui les offusque et de les garantir de l'influence des agents extérieurs. Je vois souvent des enfants qui ne commencent à ouvrir les yeux au grand jour que quand on les a pourvus d'une visière ; ils deviennent de plus en plus hardis, en présence de la lumière, à mesure qu'ils se mettent en équilibre avec ce fluide; on finit enfin parles délivrer de leur appareil qu'ils abandonnent quelquefois spontanément.
L'expérimentation clinique m'a démontré fréquemment que la puissance adhésive du collodion pouvait rendre à Fophthalmologie des services signalés. C'est en 1848 que le docteur Hairion (de Louvain) commença le premier des essais à cet égard *.
Le collodion peut être appliqué sur les paupières avec un pinceau de dimensions un peu fortes. Je préfère celui qui est connu chez les marchands de couleurs sous le nom de brosse plate et dont usent les artistes pour peindre le fond des tableaux, les portions étendues des grandes toiles. L'appareil dont je me suis souvent servi présente un manche de bois, qui se termine par une extrémité aplatie en soies de porc ; celles-ci sont solidement fixées au manche à l'aide d'une garniture en fer-blanc. Je trouve à celte sorte de pinceau l'avantage d'offrir un soutien ferme, d'où il résulte qu'on peut lui imprimer une pression qui seconde l'application de l'enduit. Le malade ayant fermé l'œil, on trempe le pinceau dans le collodion, puis on l'étalé sur le bord des paupières rapprochées l'une de l'autre. Bientôt la couche se dessèche, se durcit et prend l'aspect d'une bande blanchâtre, très-adhérente; on la renforce par une nouvelle application, si l'on juge que la couche est trop faible pour maintenir les mar-es palpébrales agglutinées. Il suffit d'une demi-minute, d'une minute au plus, pour que l'opération soit accomplie.
C'est surtout par les cils de la paupière supérieure, qui viennent se coller contre la paroi cutanée de la paupière inférieure, que l'adhésion a lieu dans ce procédé ; elle est d'autant plus solide que ces poils sont mieux fournis et plus longs Lorsque la dessiccation s'est effectuée, si l'on engage le malade à ouvrir œil, il ne peut y parvenir, quels que soient les efforts auxquels il se livre. L'on voit communément aussitôt un flot de larmes qui s'écoule sur la joue par une perforation de la couche cotonneuse vers le grand angle.
Dès que le collodion est mis en rapport avec les téguments, le patient accuse une sensation de froid assez désagréable et souvent douloureuse qui dérive de la prompte évaporation de l'éther. J'ai vu des malades qui s'en plaignaient aux premières séances et qui pins tard n'y taisaient plus attention. Cette sensation e t tres-temperee par les fomentations réfrigérantes. La face cutanée des pâu- P ères, le bord libre de cel.es-ci offrent-ils quelque érosion, quelque ulSon te paroi interne a-t-e.>e été scanliée, cautérisée, a-t-on introLu dans S
1 Annales tfocirtislique, l. XXI, p. '67.
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quelque agent excitant, une pommade au nitrate d'argent, par exemple, le collodion donne lieu à une cuisson qui m'a toujours paru durer pende temps et qui ne m'a jamais contraint d'en interrompre l'application, ou de procéder au décollement après l'obtention de l'effet disiré.
L'agglutination ainsi effectuée persiste habituellement deux jours; je l'ai vue se maintenir pendant trois jours d'une manière solide. Quand chez un même malade et avec le môme flacon de collodion, le collement ne dure plus autant de temps qu'il durait dans les premières applications, c'est que la substance est presque toujours altérée; force est de se munir d'un nouveau llacon. S'agit-il de désunir des paupières liées par le collodion, on y arrive avec rapidité en passant sur, la couche sèche un pinceau imprégné d'éther.
C'est au procédé qui vient d'être décrit que j'ai eu recours pendant six années. Bien qu'il m'ait généralement satisfait, je préfère aujourd'hui effectuer l'occlusion oculaire avec une simple petite bandelette, tailladée sur les bords et enduite de collodion. On l'applique sur toute la continuité des bords palpébraux, si ce n'est, dans un court espace, vers la caroncule. Ce procédé est d'un emploi plus rapide et surtout moins fatigant pour les cils, dont le mode qui précède provoque parfois l'arrachement ; ils peuvent être, d'ailleurs, rares et courts, ce qui nuit beaucoup à l'agglutination. Dans l'expédient que j'ai adopté, l'adhésion ne s'opère plus par l'intermédiaire surtout des appendices ciliaires; elle est disposée de telle sorte que la bandelette, soudée à ces derniers, porte encore sur une partie des téguments palpébraux, ce qui rend l'adhérence plus solide. Ainsi constituée, l'application du collodion offre tous les bénéfices de l'occlusion sans en avoir les inconvénients; l'œil est mollement fermé comme dans le sommeil ; l'occlusion s'effectue hermétiquement sous l'influence de liens crue les liquides oculaires ne peuvent rompre ou n'allèrent qu'à la longue; en outre, l'orifice ménagé vers le grand angle, où les paupières sont le moins rapprochées, permet aux fluides, qui affluent vers le lac lacrymal de J.-L. Petit, de s'épancher au dehors.
Le procédé du docteur Barrier (de Lyon) peut être comparé, au bandage unissant des plaies en travers. On se munit pour son exécution de deux fils de 10 ou 15 centimètres de longueur, et de deux bandelettes de linge fin longues chacune de 3 centimètres et larges d'un centimètre. Sur une paupière d'abord, puis sur l'autre, et à l'aide d'une des bandelettes enduite de collodion pour chacun de ces voiles, on colle un fil placé verticalement, de telle sorte que les deux ligatures, unies ensemble vis-à-vis de la région moyenne de l'écartemcnt inter-palpébral, rapprochent les paupières à l'instar de l'espagnolette de deux volets fermés. Les bandelettes ne devront être éloignées que d'un ou -1 millimètres de la racine des cils. On fait un premier nœud, puis un second à rosette, portant la conslriction au degré nécessaire pour maintenir les bords palpébraux en contact, sans les faire chevaucher l'un sur l'autre. M. Barrier a employé ce procédé, même après l'opération de la cataracte. Il lui attribue l'avantage que le collodion ne s'insinue pas entre les paupières pour pénétrer dans l'œil, ce qui peut arriver quand cet enduit ayant été directement place sur les bords. palpébraux, un écartement de ceux-ci survient avant la solidiffi
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cation do la couche emplastique. Désirc-t-on visiter l'organe, y porter des remèdes, le débarrasser d'une accumulation de mucosités et de larmes, on dénoue les fils, on écarte les paupières et l'on rajuste immédiatement l'appareil (pli reste habituellement en place de quatre à six jours.
L'une des conditions morbides dans lesquelles le collodion m'a rendu jusqu'à ce jour le plus de services est la kératite consécutive à des granulations palpébraies. Si la cornée se dépolit dans cette circonstance, si elle devient opaque et vasculaire, si elle se perfore parfois à la longue, c'est qu'elle est fatiguée sans cesse par les corps raboteux qui la froissent. Venez-vous, par l'occlusion des paupières, à mettre celles-ci dans l'immobilité, le frottement n'a plus lieu ou ne s'effectue que d'une manière très-bornée ; déplus, les membranes phlogosées sont soustraites à l'influence de la lumière, de l'air, des molécules suspendues dans l'atmosphère; elles reçoivent plus efficacement enfin l'impression des agents destinés à triompher de leurs désordres. D'accord à cet égard avec les principes de l'école italienne, le docteur Hairion fait observer que la plupart des remèdes mis en contact avec les tissus oculaires pour en modifier les conditions sont doués d'une double propriété, l'une immédiate, l'autre secondaire. La première, toute locale, est presque toujours irritante; elle dérive de l'action mécanicochimique de la substance sur les membranes. La seconde, consécutive à son absorption, est hyposthénisante et résolutive. Le topique resle-t-il peu de temps en rapport avec l'œil, est-il expulsé par le jeu des paupières, par l'écoulement des larmes, il n'est point absorbé ou ne l'est qu'insuffisamment, d'où ibsuit que le premier effet subsiste seul, effet stimulant, et conséquemment nuisible. Le contact de l'agent curatif est-il prolongé, au contraire, l'absorption s'opère et le second effet est produit. Quelques autres kératites chroniques, sans granulations palpébiales, ou accompagnées seulement d'hypérémie des papilles conjonctivales, ont trouvé dans l'emploi de cette méthode une ressource salutaire, alors que d'autres moyens avaient été vainement mis en œuvre.
Observation V. — Lefèvre (de Melun), âgé d'une cinquantaine d'années, fut conduit, au commencement de novembre 1849, à mes consultations cliniques. Perdu sans ressource, son œil droit offrait un vaste leucome, produit d'une ophlhalmie varioleuse ancienne. L'œil gauche, malade depuis une année et demie, était atteint d'une conjonctivite granuleuse des plus graves. Confluenles et séparées par des sillons, les granulations avaient, à l'une et à l'autre paupières, un volume tel que je ne me souviens pas d'en avoir rencontré de plus grosses. La cornée, trouble et parsemée de varicosilés, ne permettait pas qu'on découvrît la pupille. Le malade, radicalement aveugle depuis huit mois, avait déjà subi des traitements de toutes sortes. On l'avait saigné et purgé; il avait porté un séton à la nuque; son œil gauche avait été cautérisé avec la pierre infernale.
Du commencement de novembre 1849 jusqu'au milieu de janvier de l'année suivante, j'excisai plusieurs fois les granulations, et je scarifiai fréquemment la conjonctive palpébralc. Les autres moyens mis en pratique furent la cautérisation des surlaces "roulées avec une solution de nitrate d'argent, la section , aux limites de la cornée, des vaisseaux qU1 alimentaient le pannus, les collyres résolutifs. Une fois même ,'eus recours a la méthode de Buys. Ces expédies amendèrent l'état granuleux, mais le pannus restait a peu près slalionnaire et la vue abolie.
808 uvhe i. — considérations aivifUives.
C'est alors (14 janvier 1 850) que les paupières de l'œil gauche commencèrent à être agglutinées avec le collodion , après la scarification 'le leur paroi muqueuse et l'application sur celle-ci d'une forte solution de nitrate d'argent. Ces opérations ayant été continuées de deux jours l'un jusqu'à la fin du mois, la corné.; récupéra un degré de lucidité notable: ses varieosilés devinrent plus déliées et moins conlluentes, et le malade arriva à distinguer les objets d'un grand volume . Je substituai plus tard aux scariiicaiions cl à la cautérisation l'introduction entre les paupières d'une pommade concentrée de, nitrate d'argent, application immédiatement suivie de l'occlusion palpébrale.
Le 18 mars suivant, Lelevre repartit pour Melun, se conduisant librement, lisant les grosses lettres des affiches , et n'offrant plus sur la cornée gauche qu'une nébulosité partielle, vers laquelle se rendaient quelques vaisseaux filiformes. Plus lard, je lui donnai encore quelques soins, et il finit par reprendre ses occupations.
Observation VI. — Sous l'influence des pommades rouges, de celles au nitrate d'argent, etc., et de l'occlusion palpébrale. un autre de mes malades, Demogue, récupéra, au bout de sept mois, la faculté de se livrer a ses travaux de plombier, tandis qu'il était auparavant affligé d'une cécité complète. Atteint d'un double pannus, cet homme avait fait un séjour de six mois dans l'un des hôpitaux de Paris, s'était soumis à des médications variées , et avait subi soixante-cinq fois les scarifications et l'excision des vaisseaux le long du limbe kéralique. Je vois Demogue de temps à autre: sa guérison s'est maintenue de la manière la plus satisfaisante.
La méthode qui vient d'être exposée mérite de figurer parmi les éléments de la thérapeutique oculaire les plus dignes d'être recommandés. Aux bénélices déjà signalés qu'elle présente, il faut joindre la compression qui en dérive sur les vaisseaux engorgés de la surface du bulbe visuel, compression douce, uniforme, longtemps prolongée, et généralement bien plus apte à en solliciter l'affaissement que les tentatives chirurgicales le plus communément employée; pour obtenir ce résultat.
Article 3. — Visières. — Conserves.
Les garde-vue que l'on débite chez les opticiens et chez quelques bandagistes sont habituellement en soie, et destinés à être maintenus en place à l'aide d'un lil de fer ou d'une lanière élastique qui fait le tour de la tête. Ils ne conduisent pas toujours avec toute l'efficacité désirée au but qu'on se propose d'atteindre. J'aime mieux faire préparer cette sorte d'appareil par les personnes elles-mêmes chargées du soin des malades. Je leur indique de se munir d'un morceau de carton très-peu épais, ou d'un papier fort. On le taille de manière à lui fournir une forme carrée ou semi-lunaire; on le garnit sur ses deux faces de soie ou de percaline, de couleur noire ou verte, ou de toute autre teinte foncée; la visière est assujettie à l'aide de deux rubans fixés à ses deux angles supérieurs. Les garde-vue, que quelques-uns confectionnent encore en cuir verni, devront être très-amples dans le cas de vive photophobie.
La trop grande sensibilité de certains yeux pour la lumière a fait sentir depuis longtemps la nécessité d'interposer entre elle et la réline des verres plus o moins foncés, destinés à en atténuer l'éclat. On leur donne le nom de conserves,