‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 90 sur 501 · CHAPITRE 11. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. — TRAITEMENT

vré suivant les indications exposées ci-dessus. Cet instrument pourrait, à la rigueur, servir pour (mis les cas de paracentèse, que Waçdrop exécutait avec un kératotome préalablement trempé dans l'Huile et qu'il faisait pénétrer à l'endroit où l'on commence d'ordinaire l'incision pour l'extraction des cataractes.'

Le peu de dangers qu'entraînent, en général, les vulnerations de la cornée suffi L pour nous rendre compte de l'innocuité de la ponction de cette membrane, quand l'œil est exempt d'inflammation, ou quand il n'est le siège que d'une phlogose d'intensité médiocre. On peut la réitérer chez le même malade, à des intervalles très-courls,-presque sans avoir aucun accident à redouter. Bien que, dans des conditions contraires, elle ait eu parfois des conséquences fâcheuses, puisque j'ai vu des yeux se perdre à la suite de la paracentèse dirigée contre l'hypopyon, d faut convenir que, beaucoup trop dépréciée par les uns et trop vantée par d'autres, elle constitue un élément thérapeutique souvent salutaire et, en général, par trop redouté des praticiens. Wardrop, l'un des chirurgiens qui la préconisèrent le plus, ne l'employait pas seulement dans l'hydrophthalmic, dans les staphylômes, etc. ; il la pratiquait encore dans lesphlogoses de toutes sortes et même dans les ophthalmo-blennorrhées, quand, étranglée par un volumineux chémosis, la cornée semblait menacée de sphacèle. M. Mackenzie rapporte que dans l'espace de deux ans, Mac-Grégor exécuta vingt-cinq fois cette opération avec le plus grand succès ; ce chirurgien pensait que l'on aurait pu sauver la vue a beaucoup de malades, qui l'avaient perdue par suite de la rupture de la cornée, si l'on avait eu recours à la paracentèse en temps opportun et dans les cas convenables. J'ajouterai néanmoins que Rosas m'a dit avoir vu Beer mettre cette opération à exécution dans les inflammations aiguës, à l'exemple de Wardrop, et bien qu'il y procédât avec toute la circonspection possible, les résultats étaient loin d'être heureux.

Les ophtalmologistes ont singulièrement multiplié le? indications de la paracentèse oculaire. Outre les conditions pathologiques précédemment mention-

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MOYENS HYGIENIQUES.

Article 1. — Notions diverses.

Les ressources médicales le mieux combinées, les opérations chirurgicales le plus habilement pratiquées peuvent péricliter, si une hygiène bien entendue ne vient pas leur prêter son salutaire appui. Dans un grand nombre de cas, malheureusement, l'indocilité des malades, les positions sociales, les exigences individuelles viennent contrarier l'application des principes qu'elle enseigne et frapper de stérilité lesavis de l'homme de l'art.

La précaution de n'astreindre les yeux à aucun travail exigeant des efforts de vision, surtout aux lumières artificielles, est de toutes les mesures l'une des plus importantes et des plus difficiles à obtenir. Sachez vous ennuyer, et vous guérirez bientôt, disait Réveillé-Parise à ceux qui venaient demander ses conseils, recommandation fort bonne assurément , mais qui ne saurait s'adresser qu'aux classes privilégiées des populations. L'ouvrier , l'artiste qui ne peuvent faire trêve à leurs occupations, en suspendront, au moins de temps en temps, l'exercice. Je vois des malades qui bouchent un de leurs yeux, seul affecté, pour ne travailler qu'avec son congénère, pratique vicieuse qui exaspère les accidents inflammatoires par plus d'un motif : chaleur que le bandeau détermine, stagnation des mucosités et des larmes, mouvement du sang vers la tête, fatigu sympathique.

Les boissons et les aliments qui seront permis aux malades seront pris dans la classe de ceux qui coïncident le plus avec les moyens médicaux rais en usage. Ceux donc qui seront affectés d'accidents congestifs se soumettront à un régime léger, choisiront des mets de digestion facile et s'abstiendront d'aliments salés a épicés, de vin, de café purs. Des médecins croient devoir conseiller une nourri ture substantielle et azotée aux malades atteints d'une ophtbahnie dont ils attri huent l'origine aux scrofules. Je crois qu'il faut provisoirement s'en abstenir e présence de phénomènes inflammatoires pourvus de quelque intensité : le ré gime sera doux, au contraire, et peu abondant. Celui qui sera prescrit à la sui des opérations exécutées sur l'organe visuel devra être en harmonie avec la vite des lésions produites. Scarpa fait observer qu'il y aurait danger à cond ner à une abstinence rigoureuse les vieillards et les sujets affaiblis et dispo?' aux convulsions; elle aurait, dit-il, l'inconvénient grave de faire naître ou d renouveler des accidents nerveux.

On aura soin qu'il y ait dans la chambre du malade un air pur et d'une te., péralure moyenne. Toutes les odeurs susccplib'es de donner lieu à la toux ou à l'étcrnument seront surtout proscrites à la suite de l'opération de la cataracte par extraction. On évitera la fumée du tabac , celle du sucre projeté sur des charbons ardents. Les vapeurs résultant de la combustion des résines , de ma-

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aères aromatiques do toutes sortes déterminent vers le cerveau une excitation qui ne peut qu'être nuisible.

Les courants d'air seront soigneusement évités; rien n'est plus funeste à la suite des opérations pratiquées sur l'œil. 11 sera parfois utile de condamner une ou deux portes pour n'en laisser qu'une de libre, ou d'avoir recours à un paravent. Une femme, que j'avais opérée avec succès de la cataracte, fut prise, huit jours après cl par suite d'un courant d'air, d'une ophthalmie violente, qui dura longtemps et faillit compromettre Je résultat de la cure. Il y a quelques années, je provoquai, par l'incision de la capsule, la diffusion d'une cataracte liquide dans les chambres oculaires. Quatre jours après, le cristallin était résorbé et la pupille d'un beau noir. Tout fut malheureusement compromis par une visite faite à pied au dispensaire. Une iritis, qui survint sous l'influence d'un vent violent, demanda une médication énergique. Au demeurant, une imprudence transforma un magnifique succès en un résultat des plus médiocres.

L'intolérance de la lumière, à laquelle sont en proie un grand nombre de sujets affectés d'ophthalmies, a donné lieu de penser que ce fluide était l'un des principaux excitants des yeux phlogosés, qu'on devait conséquemment en sevrer le malade pendant le cours de la médication à laquelle il est soumis. S'il est hors de doute que la diminution du jour exerce une influence calmante sur les yeux irrités, il ne s'ensuit pas qu'une obscurité complète doive régner dans la pièce que les malades habitent. Elle ne peut que perpétuer la photophobie, en joignant à l'élément congestif, qui en est la source, celui qui dérive de la perle d'habitude à supporter l'éclat de la lumière; elle présente de plus l'inconvénient, circonstance capitale à la suite des opérations , d'enlever aux personnes chargées de donner des soins aux malades la liberté de s'en acquitter sans aucune gêne. La chambre sera disposée de telle sorte qu'elle soit éclairée par un faible jour, en harmonie avec l'irritabilité de l'organe. Les jalousies , les personnes, les volets à demi fermés, les rideaux de couleur foncée, le papier bleu collé sur les carreaux fourniront, à cet égard, des ressources suffisantes. Plus tard, l'intensité de la lumière sera graduellement augmentée, à mesure que le besoin s'en fera sentir.

Étendre plus loin ces considérations serait entrer dans des détails relatifs aux âges, aux sexes, à la grossesse, aux professions, aux idiosyncrasies, etc. On peut établir que les conseils hygiéniques seront réglés, en très-grande partie, d'après les circonstances individuelles. C'est ainsi qu'il peut y avoir lieu de renoncer à une alimentation surabondante, de. respecter une gourme, de cesser l'emploi de i quelques cosmétiques, du tabac, de lunettes trop fortes, d'éviter enfin les causes qui ont pu donner lieu à la maladie ou qui peuvent l'entretenir.

Article 2. — Occlusion oculaire — Emploi du collodion.

Isa coutume de l'occlusion des yeux atteints d'ophthalmie semble remonter à me haute antiquité. Celsc enseigne d'y appliquer un morceau de laine enduite e blanc d œuf a lasuite de l'opération de la cataracte. Cbaumet (de Bordeaux) ni conterait 1 occlusion palpébrale comme un moyen de grande importance

dans le traitement surtout des kératites, iiiisa.it couvrir l'œil ferme" d'un emplâtre de diachylon. H comblait ensuite la cavité orbitaire de pelotes de charpie, qui exerçaient une compression légère sur l'organe, et le tout était assujetti pur une compresse et le monocle. C'est à l'aide d'un bourdonnet de coton cardé, fixé par une bande, (pie Mayor (de Lauzanne) effectue l'occlusion. Le docteur Furnari sollicitait, il y a quelques années, l'agglutination des bords palpébruux avec le colon gommé, c'est-à-dire avec plusieurs rondelles trèsminces de cotou cardé enduites d'une solution de gomme arabique, lie pansement était complété, sans compresse et sans bande, par une dernière couche de solution gommée, que ce praticien étalait avec un pinceau sur toute la surface de l'appareil. Mais, comme les jours suivants, ce dernier commençait à se détacher sur quelques points et formait une plaque durcie, adhérant d'une manière inégale et qui incommodait le malade, M. Furnari lui a substitué un autre mode d'occlusion. 11 consiste à couvrir les paupières fermées d'une couche légère d'une solution de colle de poisson, de gomme arabique ou de blanc d'oeuf. On applique immédiatement après, sur les voiles palpébraux, une ou deux bandelettes superposées de tulle et de forme ovalaire. Ces pièces qui s'adaptent au contour des paupières donnent lieu, dit M. Furnari, à une adhésion tellement solide qu'il est souvent nécessaire pour les détacher, deux ou trois jours après leur application, de faire usage d'eau tiède. La gomme-laque, dissoute dans l'alcool à l'aide d'une chaleur modérée et à doses respectives suffisantes pour donner lieu à un mélange ayant la consistance d'une gelée, a été proposée, comme un excellent adhésif, par le docteur Mêliez ; on l'étend avec une spatule sur des bandelettes de taffetas ou de toile. Nous avons indiqué, page 184, les principaux modes d'occlusion auxquels nous avons recours. Nous y ajouterons le collodion, sur l'emploi duquel nous avons appelé déjà l'attention des praticiens1, et qui sera tout à l'heure l'objet de quelques nouveaux détails.

Les opinions diffèrent sur la question de savoir si les yeux phlogosés doivent être soustraits par l'occlusion à l'influence de la lumière ; des sentiments opposés se sont produits à cet égard dans la discussion qui eut lieu, en 1856, à l'Académie impériale de médecine. Si une occlusion, douce et légère, me paraît chose utile et indispensable parfois dans plusieurs conditions chirurgicales et pathologiques (extraction de la cataracte; perforation imminente ou récemment accomplie de la cornée; lésions, quelles qu'elles soient, susceptibles d'entraîner la sortie des humeurs ou la hernie des membranes, etc.); si même elle constitue, dans quelques circonstances, un expédient thérapeutique précieux, je crois qu'il faut, dans la généralité des cas, s'en abstenir et se contenter d'abriter l'œil à l'aide d'un linge qu'on laisse tomber devant cet organe ou de tout autre appareil protecteur. Bander les yeux de certains malades et des enfants surtout qui montrent de l'aversion pour la lumière, c'est entretenir indéliniment l'irritabilité morbide et la faire persister même après la cessation de l'inflammation qui en a été la source. Sans me conformer d'ailleurs à la pratique

iCh. Deval, Du collodion dans le traitement de quelques maladies oculaires. (Union médicale, année 1850, p. 165, et 170.)

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