LIVRE III. CHAPITRE II
placements peu productifs : opérations et commissions multipliées sur des sommes considérables fournissant le principal élément de profit : clientèle mobile, encaisse fort, capital propre médiocre, parce que les placements présentent peu de chances de perte et sont facilement réalisables : liquidation à volonté. •
Seconde classe : inégalité plus grande entre la somme des dépôts et celle des placements ; les seconds l’emportent : encaisse moindre, capital propre plus fort, parce que les placements sont plus chanceux et moins promptement réalisables : liquidation un peu lente, mais possible; clientèle plus fixe. Les profits se fondent autant sur les différences d’intérêts que sur les commissions. Dépôts et placements à plus long terme ; effets plus nombreux ayant pour objet des sommes moindres.
Troisième classe : la somme des placements l’emporte beaucoup sur celle des dépôts. La clientèle est presque fixe; lesaffaires se renouvellent lentement, et les profits naissent plutôt de la différence des intérêts reçus et des intérêts payés que des commis sions ; effets nombreux et petits, encaisse médiocre, capital propre relativement très-fort, parce qu'il faut courir des risques de retard dans les réalisations, et aussi plus de chances de perte.
Ces trois classes forment, on le voit, une série régulière, dans laquelle la progression est uniforme. Encaisse, capital propre, mouvements du portefeuille, coupure des effets, tout subit, de la première à la troisième classe, les mêmes variations. Si cette classification est théorique , elle est du moins établie sur les faits, elle ressort de la nature même des choses, et les lois qui en résultent ne peuvent être violées impunément. On l’a bien vu chaque fois qu’on a voulu établir des placements hypothécaires ou seulement à long terme, sur des dépôts de première classe, chaque fois qu’on a entrepris de faire des placements de troisième classe avec un capital propre médiocre et qui pourtant, dans la première classe, aurait suffi à un chiffre quadruple d’affaires. De même, on a vainement essayé de fixer la clientèle dans la première classe et de la mobiliser dans la troisième. Tous ceux qui ont voulu établir une banque contre la loi naturelle des choses ont échoué, comme échouerait un constructeur qui tenterait d’établir une machine, sans tenir compte des propriétés de ses matériaux et des lois de la pesanteur.
§ 3. — Oscillations des dépôts et des placements.
L’art du banquier consiste à tenir les fonds dont il dispose aussi employés que possible, aux conditions les plus lucratives, et cependant à n’ètre jamais embarrassé pour faire face, soit aux demandes de remboursement de dépôt, soit aux besoins légitimes de ses ayants compte. Pour parvenir à résoudre ce problème, il doit posséder une connaissancee approfondie et spéciale des habitudes de sa clientèle et des causes qui peuvent amener un accroissement de demande ou d’offre de capitaux : car les affaires sont rarement calmes et égales à elles-mêmes ; tantôt les fonds affluent chez le banquier, tantôt il éprouve de la peine à suffire aux paiements , de telle façon qu’il est quelquefois obligé de chercher des capitaux, et quelquefois de courir après les placements.
On comprend tout d’abord que ces alternatives de hausse et de baisse soient naturellement considérables dans les affaires de première classe, moyennes dans celles de seconde , et presque nulles dans celles de troisième classe, sous l’exception toutefois des causes particulières et locales. En tout cas, ces alternatives, tantôt périodiques et spéciales, tantôt générales, ont un caractère temporaire.
Où et dans quelles conditions est-il avantageux au banquier de chercher tantôt des placements et tantôt des fonds?
Ceux qui font principalement des opérations de première classe sont presque tous en rapport avec la Banque de France ou ses succursales. En temps ordinaire, ils y réescomptent une partie de leur portefeuille. Lors donc que les dépôts abondent dans leur caisse, ils ont un placement facile et commode dans leur portefeuille même ; il leur suffitd’userplus sobrement du réescompte. Si l’abondance devient telle que le portefeuille ordinaire ne suffise plus au placement, ils peuvent acheter des bons du trésor ou, à Paris, des bons de monnaie qui produisent, il est vrai, un médiocre intérêt, mais dont la négociation est toujours facile, dont la valeur ne varie point, et dont le paiement à l’échéance peut être considéré comme certain ; c’est une sorte de papier de commerce de premier ordre.