LIVRE III. CHAPITRE II
Par l’achat de rentes ou d’actions industrielles, on obtient un intérêt assez élevé, tout en conservant la faculté de réaliser à volonté : mais à quel prix ? La chose est incertaine, et les variations qui ont lieu entre l’époque de l’achat et celle de la vente, peuvent donner lieu à des pertes d'une importance supérieure à celle de l’intérêt bonifié. Elles peuvent présenter aussi des chances de gain; mais alors il faut jouer, et chacun sait combien il est difficile de conduire de front et sans accident le jeu et les affaires régulières.
On préfère généralement placer sur les reports 1 ce qui équivaut à un prêt de quinze jours ou d’un mois sur dépôt d’actions ou de rentes. Dans cette opération, le banquier possède, outre le dépôt, un garant qui est l’.emprunteur cautionné lui -même par son agent de change. Le placement sur report donne des produits très-variables, mais quelquefois très-élevés.
Souvent on offre au banquier des prêts sur consignation ou même sur nantissement de marchandises. Ces opérations présentent plus encore que le prêt sur le report le danger de perdre, s’il faut réaliser. Toutefois il est facile, dans les prêts de ce genre, de se réserver une marge pour les éventualités de dépréciation de la marchandise.
En somme, le banquier qui fait principalement des opérations de première classe ne peut guère être embarrassé par les dépôts. Sa clientèle est mobile ; il peut donc refuser les fonds qu’on lui apporte, ou n’en payer qu’un très- médiocre intérêt, et s’il éprouve des besoins extraordinaires, il lui est facile de réescompter son portefeuille à la Banque de France.
Celui qui pratique surtout les opérations de seconde classe, dont la clientèle tend à se fixer, et qui veut établir avec elle des relations durables, est moins libre dans ses mouvements. Les comptes qui lui fournissent ses placements habituels ont un caractère plus personnel : ils sont réglés tantôt par des engagements positifs, tantôt et le plus souvent par des habitudes qu’il est utile de maintenir. Chaque ayant compte suppose qu’il trouvera toujours chez son banquier des conditions de crédit égales et sur lesquelles les considérations tirées de la balance de son compte
1 V V’Z 124 et suivuult*.
doivent seules exercer quelque influence : il ne songe ni aux besoins extraordinaires que peut éprouver le banquier, ni aux crises commerciales : ce n’est pas à lui de s’en occuper. Il a disposé ses affaires dans la prévision qu’il lui suffisait de tenir son compte en bon état pour obtenir toujours un crédit égal, et le banquier est intéressé à maintenir cette conviction dans sa clientèle.
Si le banquier comprend cet intérêt, il ne doit s’engager dans les placements ordinaires par compte-courant que jusqu’à concurrence d'une moyenne d’affaires ou d’un minimum prévu, lorsque les dépôts abondent et viennent à l’embarrasser, il doit chercher des placements de réserve plus impersonnels, tels que bons du trésor, bons de monnaies, etc. Il peut aussi demander à ses correspondants du papier de portefeuille en bonnes valeurs, à plus longue échéance qu’à l’ordinaire. Ces crédits, lorsqu’ils sont judicieusement offerts, ne tirent pas à conséquence, parce que les banquiers auxquels ils sont ouverts ne les considèrent jamais comme permanents et n’éprouvent aucun désappointement à voir réduire les réescomptes de ce genre. La rente, les actions industrielles, le report, la consignation et le nantissement de marchandises s’offrent aussi avec des avantages et des inconvénients dont nous avons déjà parlé.
Le placement qui semblerait le plus simple et le meilleur, celui que les banquiers préfèrent souvent, parce qu’il est plus commode, est celui qui résulte d’une facilité plus grande accordée à la clientèle. On accepte, par exemple, à l’escompte, du papier à plus longue échéance, on ouvre des crédits à découvert. Mais ces placements sont-ils bien sûrs? N’engagent-ils pas pour un temps bien long les capitaux prêtés ? Ces capitaux reparaitront-ils au moment précis du besoin ? Telles sont les questions auxquelles il faut mûrement réfléchir avant de faire des opérations de ce genre. En admettant même que ces placements soient satisfai sants, est-on sûr de ne pas déranger les affaires de l’ayant compte et de ne pas l’indisposer, lorsqu’il faudra rentrer dans les condi tions normales?
L’expérience a montré qu’un grand nombre de banquiers s'étaient compromis pour avoir ouvert légèrement, dans un moment où leur caisse était surchargée, des crédits à leur clientèle. En effet, dans l’état normal, lorsqu’un banquier ouvre un compte, il