‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 108 sur 328 · LIVRE 111. CHAPITRE · texte numérisé non relu

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prend ses renseignements, fait ses réflexions et décide en luimême jusqu’à quel point il veut s’engager. S’il va plus tard audelà de sa résolution première pour se débarrasser d’un encaisse trop lourd, il agit sous l’impulsion d’une cause extérieure et d’un état de passion qui peut troubler son jugement. Il y a gros à parier qu’il place mal, de manière peut-être à nuire à son client et à lui-même.

L’excès temporaire de l’encaisse d’un banquier peut avoir des causes locales et spéciales : il peut aussi résulter de l’état général des affaires. Dans le premier cas, les placements sur rentes, actions, nantissements et consignations ont peu d’inconvénient, parce qu’il n’existe aucun motif financier pour prévoir une baisse de prix : au contraire, lorsque l’excès d’encaisse a son 'origine dans l’état général des affaires, les prix sont fort élevés et on doit s’attendre à une baisse. En ces matières, du reste, le banquier doit tenir compte du temps et du lieu, savoir mesurer par approximation la durée probable des périodes de hausse et de baisse et prévoir les éventualités qui peuvent en sortir : s’il est loin du marché central, qu’il soit prudent, parce que ses informations sont plus imparfaites et plus lentes. En tout cas, l’acquisition du bon papier de commerce lui offrira toujours le placement, sinon le plus lucratif, au moins le plus commode et le plus sur.

Lorsque surviennent les crises, le banquier prudent y fait face en réalisant ses réserves, la portion la plus mobile de ses placements. Réduire, en de tels moments, les facilités accordées aux ayants compte est une mesure désastreuse qui peut causer leur ruine et quf leur inflige presque toujours des pertes considérables : c’est pourtant à cette mesure extrême qu’est réduit le banquier, lorsqu’il ne s’est pas ménagé une réserve en dehors de ses opérations courantes : au lieu de porter secours à ses ayants compte, il achève de les écraser. Celui qui n’a pas exagéré ses crédits pendant la bonace peut être .égal à lui-même durant la crise et quelquefois même se montrer plus libéral qu’à l’ordinaire. S’il est toujours forcé de signifier un grand nombre de refus, ses ayants compte n’en éprouvent que du regret : ils ne peuvent se plaindre, lorsqu’ils jouissent, après tout , de leur crédit accoutumé.

C’est dans les grandes alternatives d’abondance et de rareté des

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disponibles que paraît dans tout son jour la capacité ou l’incapacité du banquier. C’est par la manière dont il conduit ses opérations dans l’une et l’autre fortune qu’il devient le soutien ou le fléau de sa clientèle, qu’il se l’acquiert ou la détruit. Si son habileté, si sa capacité île sont pas toujours comprises, elles sont au moins toujours senties, et dans les affaires on distingue instinctivement celui qui scme la ruine, de celui autour duquel les fortunes s’élèvent.

Dans les banques établies sur les opérations de la troisième classe, les oscillations sont lentes et peu marquées ; mais comme les dépôts produisent un intérêt assez élevé, les excès d’encaisse sont plus onéreux que dans la première et la seconde classe. D’une part donc le banquier est plus vivement sollicité à placer, et de l’autre il a peine à trouver un placement qui reproduise l’intérêt payé au capitaliste. La difficulté en face de laquelle il se trouve est réelle et considérable, et le désir de la surmonter a fait commettre souvent de fausses opérations. Au fond, il n’y a de placement sùr et convenable, en ce cas, que l’escompte du bon papier de commerce.

Mais ce papier est rare à certaines époques, et n’en a pas qui veut. Quelquefois donc le banquier entre plus avant dans la voie des crédits à découvert et des prêts hypothécaires : quelquefois même il se laisse tenter et joue à la Bourse. Là les spéculations, toujours dangereuses, ne le sont jamais davantage que dans les temps d’excitation commerciale. Combien de banquiers de département y ont trouvé leur ruine ou s’y sont gravement compromis? Pouvait-il en être autrement? Les départements n’éprouvent les inconvénients de l’abondance des capitaux que par contre-coup, longtemps après Paris et lorsque la période d’excitation du marché central touche à son terme, c’est-à-dire à la veille des désastres et des paniques. Celui qui vient, dans un tel moment, jouer sur un marché qu’il ne connaît pas, contre des gens qui suivent ce marché par profession, qui sont renseignés d’heure en heure, aurait un bonheur bien étonnant s’il réussissait dans ses opérations. Eùt-il réussi une fois, qui pourrait l'avertir, à l’heure convenable, qu’il est temps de se retirer?

Tout banquier de commerce doit se faire une loi de ne point se commettre dans les spéculations de Bourse; mais c’est à peu

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