‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 115 sur 328 · LIVRE III. CHAPITRE n · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE n

operations de banque se combinent naturellement et sans difficulté avec la commission en marchandises et surtout avec la consignation, mais on peut les joindre avec avantage à un commerce de gros, par exemple, on même à une industrie, lorsqu’elle n’occupe qu’une partie des capitaux de celui qui l'exerce.

Toutefois, il faut bien le remarquer, il n’est guère possible à une maison fondée dans ccs conditions de prendre en dépôt les fonds d’autrui et d'emprunter à des comptes courants créditeurs une grande partie des capitaux dont elle dispose, parce qu’elle ne doit jamais, si elle est dirigée par un homme prudent et consciencieux, être obligée de forcer à un moment donné la réalisation de ses propres marchandises ou de celles sur lesquelles elle a fait les avances. C’est pourquoi les combinaisons de ce genre conviennent moins aux banquiers qu'à de riches capitalistes.

Dans les petites localités, le banquier est parfois amené à exercer le commerce de marchandises par d’autres motifs que dans les grands centres. Les opérations de banque proprement dites ne peuvent bien souvent suffire ni à l’emploi de son activité, ni à l’emploi des capitaux dont il dispose. Dans cette situation, il est tenté de se livrer à d’autres opérations avec d’autant plus de raison que les dépôts faits chez lui sont presque toujours des dépôts de troisième classe, à très-long terme. On ne peut pas dire d’une manière absolue que, dans cette situation, le banquier ait tort de se livrer à des opérations autres que celles de banque : il est même possible que ccs autres opérations soient bonnes ; mais on court toujours de grands risques lorsque l’on emploie à la fois l’activité d’un seul individu à deux sortes d’affaires. Il n’appartient qu’aux hommes supérieurs de surmonter les difficultés qui naissent de cette double direction ; encore n’y parviennent-ils guère que pour un temps, et à la condition de posséder des capitaux propres assez importants : dans ce cas même il arrive qu’un jour ou l’autre il faut qu’ils sacrifient les affaires de banque à celles de commerce et d’industrie ou celles-ci aux affaires de banque. — On a vu bien souvent des maisons établies dans de petites localités périr pour s'être engagées légèrement et sans connaissances suffisantes dans des entreprises commerciales ou indusrielles.

2n Le banquier doit-il commanditer des entreprises commer-

ciales et industrielles? — Au lieu d’entreprendre directement, le banquier peut commanditer un ou plusieurs entrepreneurs : par ce moyen il se dégage de la nécessité d’une intervention personnelle immédiate dans des opérations étrangères à sa profession, et il couvre sa responsabilité par celle d’un homme dont la personne, la fortune et l’honneur sont engagés en première ligne dans l’entreprise. La commandite a deux formes : ou elle est directe et résulte d’un acte positif qui établit le6 conditions du compte courant; ou elle est imparfaite et résulte seulement d’engagements pris pour une somme d’avances déterminée. Dans l’un et l’autre cas, l’acte stipule en faveur du banquier des avantages certains ou incertains, mais toujours supérieurs aux profits ordinaires de banque.

Nous avoDS déjà indiqué les inconvénients de la commandite déguisée sous forme de crédits à découvert ordinaires ou garantis par des inscriptions hypothécaires. La commandite directe présente les mêmes inconvénients : elle engage pour un temps indéterminé, mais toujours fort long, les capitaux qui y sont employés : elle ne convient donc qu’au banquier dont les capitaux propres sont abondants et ne sont point requis par les besoins présents ou éventuels des opérations courantes. On peut dire en général que la commandite, sous toutes les formes, est pour un banquier une opération facile et dangereuse dans laquelle il ne doit entrer qu’avec une extrême précaution.

Si, après réflexion, il lui convient de s’y livrer, il y a quelques principes généraax qui peuvent le guider dans sa conduite. Pas n’est besoin de dire qu’il doit étudier avant tout le caractère personnel et les qualités de celui qu’il commandite, s’assurer de sa probité, de sa capacité commerciale ou industrielle, des garanties de toute sortequ’il peut offrir. Mais il doit aussi examiner avec soin quelle est la nature de l'entreprise et jusqu’à quel point elle peut faire espérer que les capitaux qui y sont engagés pourront en être retirés sûrement, au temps fixé. 11 faut que le banquier considère avec la plus grande attention quelles sont les chances probables de gain, et si l'entrepreneur se trompe lui-même sur ce point : il faut enfin que les profits de la commandite ne-6oient pas exagérés, qu’ils laissent un bénéfice honnête à l’entrepreneur. Sur ce dernier point la prudence est rare, car, d’une part, l’entrepreneur se

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fait souvent d’étranges illusions et consent facilement à des conditions dont il se repent vivement dans la suite; d’autre part, le banquier ne sait pas toujours modérer son désir de gagner. Cependant, placé dans une position plus indépendante que l’entrepreneur, il doit savoir que si celui-ci est mécontent des conditions de la commandite; s’il se croit lésé, et surtout s’il voit que, malgré son travail, le désordre se met dans ses affaires, il perdra bien vite et à la fois sa liberté d’esprit et l'aptitude, la capacité, qu’il pouvait apporter dans son entreprise. L’intérêt bien entendu du banquier, autant que la justice, exige que les conditions de la commandite soient modérées.

Il faut aussi considérer beaucoup, comme nous l’avons indiqué plus haut, quelle est la nature du commerce ou de l’industrie qui fait l’objet de la commandite. Le commerce vaut mieux que l’industrie, parce qu’il est plus facile de réaliser un fonds de marchandises qu’un mobilier industriel, et parmi les marchan dises, celles dont la réalisation est la plus facile sont celles dont le commerce peut avec le moins d’inconvénient se prêter à la commandite d’un banquier.

Toutefois il est remarquable que les marchandises qui ont le prix courant le mieux établi et dont la consommation est la plus assurée sont celles sur lesquelles la spéculation se porte le plus volontiers. Chacun sait avec quelle facilité la spéculation s’exerce sur les grains, sur les vins et esprits, sur les bestiaux, etc., même dans les plus petites localités. Il y a là un écueil que le banquier ne doit pas perdre de vue.

La commandite est aussi sollicitée bien souvent par les entrepreneurs de bâtiments et par les entrepreneurs de travaux publics. Les premiers .spéculent presque habituellement sur les terrains ou emplacements et sur les maisons : ils sont prompts à s’engager et se trouvent bien souvent chargés d’immeubles et d’obligations à remplir : ils réunissent les inconvénients du gage hypothécaire et ceux du commerce de spéculation. Les entrepreneurs de travaux publics, au contraire, ont toujours des créances assurées, au moins en apparence, et il semble que la liquidation de leurs affaires soit merveilleusement facile à certaines périodes. Mais lorsque l’on connaît les habitudes des communes, des départements, des fabriques et établissements publics, lors-

qu’on sait ce que sont les travaux sur devis supplémentaires et jusqu’à quel point le montant des créances et les époques de paiement dépendent de l’appréciation des ingénieurs et des architectes des départements et des grandes communes, on n’ignore pas qu’il faut procéder dans les commandites de cette espèce avec une extrême précaution. Dans chaque département et dans cha- ' que grande commune, il n’y a ordinairement qu’un entrepreneur de travaux publics qui fasse fortune et celui-ci n’a pas besoin de crédit.

Plus on réfléchit aux conditions attachées à la commandite accordée par le banquier, plus on reconnaît qu’en thèse générale elle est dangereuse. Mais il en est une qui pourrait être fort utile et lucrative et à laquelle les banquiers de département ne se livrent presque pas , c’est la commandite en forme pour le compte des capitalistes. En facilitant l’établissement d’entreprises dirigées par des hommes actifs et habiles munis de capitaux suffisants, les banquiers se créeraient pour un avenir prochain des opérations de banque régulières et animeraient autour d’eux l’industrie, le commerce , l’agriculture au besoin , sans être gênés par les exigences de disponibilité des capitaux commanditaires.

La plupart des banquiers aiment mieux, il est vrai, placer directement les capitaux déposés chez eux, sous leur responsabilité, que de les voir s’engager, même après commission payée, pour un temps indéterminé. D’autre part, les capitalistes ne sont habitués ni à la commandite directe, ni aux titres d’entreprises rapprochées d’eux : pour propager ce mode de placement dans chaque localité, il y aurait des efforts à faire et en quelque sorte une éducation à former. Mais je crois que les banquiers de département auraient un intérêt très-grand à entrer dans cette voie, et à prêter leur ministère et leur expérience à la formation de commandites viables.

En effet, le profit qu’ils retirent d’un dépôt prêté par eux à long terme n’excède guère 1 1/2 p. °/,; il est souvent inférieur et ne peut s’élever plus haut que par des combinaisons exorbitantes et dangereuses. En admettant que la commission pour le placement d’actions en commandite ne donnât que 1 p. °/0 tout compte fait, ce qui est modéré, il semble au premier abord que le banquier gagnerait moins, parce que cette commission ne serait

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