‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 116 sur 328 · UVBB IU. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

UVBB IU. CHAPITRE II

pavée qu’une fois, et que la différence d’intérêt, plus élevée d’un tiers, est annuelle. Cela est vrai , mais des entreprises qui auraient devant elles un long avenir et des capitaux bien suffisants prospéreraient mieux que des entreprises gênées par la brièveté des crédits et la perspective incessante des réalisations forcées; ces entreprises bien constituées donneraient plus d’affaires de banque et des affaires meilleures, partant, des bénéfices plus liquides. En outre, la responsabilité du banquier serait bien moins engagée; il serait délivré des tribulations incessantes qui naissent des crédits hypothécaires et des fantaisies des capitalistes. Les capitaux qui se placeraient ainsi seraient plus abondants que ceux qui vont, avec les habitudes actuelles, se placer chez le banquier; il n’y a pas d’exagération à dire qu’ils s’élèveraient au double : enfin ils ne quitteraient pas les provinces pour venir se placer à Paris, où ils sont perdus à jamais pour le banquier de département, et quelquefois aussi pour le capitaliste lui-même. Si ce mode de placement avait été adopté depuis vingt ans; si des banquiers intelligents et bons juges de la valeur des entreprises avaient encouragé les entrepreneurs probes et capables en facilitant la commandite, l’industrie, l’agriculture et le commerce des départements ne seraient pas restés dans l'état de langueur et de somnolence que l’on remarque sur une grande partie du territoire : des capitaux et des hommes qui sont restés inactifs auraient produit , les populations se seraient initiées à la vie industrielle; elles auraient acquis cette instruction pratique, cette connaissance des affaires qui leur manquent si souvent, et, à coup sùr, elles auraient payé une somme de commissions de banque infiniment supérieure à celle qui a été perçue par les banquiers sous diverses formes.

Il est vrai que la société en commandite est peu populaire en France, que l’abus est facile et qu’on l’a vu se produire avec beaucoup d’éclat à Paris en 1836. Il est vrai encore que les capitalistes sont souvent peu éclairés, qu’en dehors des placements qui leur 6ont habituels , ils ne s’engagent guère que lorsqu’ils sont emportés en quelque sorte par un tourbillon, comme à la Bourse , etc. Tout cela est vrai , et on p^t en conclure que les placements en commandite seraient difficiles à l’origine dans les départements ; mais ils ne sont nullement impossibles , et les

banquiers, et le pays en général, auraient intérêt à ce qu’ils fussent tentés.

§ 6. — Conclusion.

Nous avons essayé d’énumérer les faits et les préceptes généraux qui ressortent de la pratique ordinaire des banques de commerce : essayons de les résumer en peu de mots.

Le banquier dispose rarement des dépôts • il dispose au contraire des placements; il doit donc régler sur le caractère et l’importance des dépôts la nature de ses placements, en tenant compte de la force de son capital, du temps, du lieu, des habitudes, du milieu commercial dans lequel il est placé. Il doit prévoir des oscillations dans les rentrées et sorties de capitaux et en étudier les causes, afin de pouvoir à l’avance se mettre en mesure de pourvoir aux embarras que ces oscillations peuvent lui susciter. Le moyen le meilleur pour y réussir est l’organisation d’une réserve productive d’intérêts, sûre, et réalisable en dehors de la clientèle proprement dite.

Quant aux placements, ils doivent être sûrs et d’une réalisation facile. Chacun est naturellement en garde contre ceux qui seraient hasardés, mais on répugne moins aux placements d’une réalisation lente ou difficile, et c’est contre ceux-ci que le ban“ quier doit toujours se tenir en garde. Quelle que soit sa prudence , il est souvent force d’y recourir , soit pour assurer la liquidation d’un découvert imprévu, soit pour subvenir aux exigences des temps de crise, et venir, lorsqu'il le peut, au secours de ceux de ses clients qui éprouvent un embarras imprévu et momentané.

Il faut donc être sévère dans les temps prospères et libéral dans les temps difficiles, parce que les crises, en éprouvant les maisons de commerce, font connaître leur vraie situation, qui se dissimule aisément lorsque les affaires sont faciles. C’est dans les moments d’excitation commerciale qu’on peut le mieux se débarrasser des comptes douteux et en faire la liquidation : il importe de ne pas laisser passer les occasions favorables aux liquidations de ce genre et de savoir regarder en face les chances de perte qui peuvent en résulter : si on craint ces chances dans les temps pros-

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