LIVRE III. CHAPITRE III
générale du crédit commercial furent-elles bien inspirées? La peur ne fut-elle pas pour elles une mauvaise conseillère ? Les événements ont répondu : ils ont montré que le commerce français en général et les banquiers des départements en particulier, avaient une vitalité plus grande qu’on ne l’avait supposé : et s’ils furent réduits à faire de grands sacrifices, ils se maintinrent du moins honorablement. Qu'eùt-ce été si la banque de Taris ne leur eût pas crié : « Sauve qui peut ! » si une résolution collective, prudemment téméraire, eût fait continuer les affaires au milieu même de la tourmente politique?
Quoi qu’il en soit, on prit un autre parti, et le commerce, au lieu de se mettre à l’œuvre pour remplacer ceux qui abandonnaient leurs fonctions, tourna les yeux , selon l’usage, vers le gouvernement. 11 ne restait plus debout que la Banque de France et le Trésor : encore la panique menaçait-elle d’emporter l’un et l’autre, car on courait du même pas aux caisses d’épargne pour y réclamer les dépôts, et à la Banque pour y exiger l’échange des billets contre espèces.
Quatre maisons principales avaient fait jusque là le service de la banque du commerce à Taris : c’étaient les maisons Gouin et Cie, capital 17 millions; Gaimeron et O, capital 11,763,000 fr.; Baudon et O, capital 7 millions et demi; Béchet, Detliomas et Cie, capital 15 millions; Cusin, Legendre et O, capital 2 millions. Les deux premières , dans le portefeuille desquelles avaient passé plus d’un milliard en 1847, suspendaient leurs paiements en même temps que d’autres caisses de premier ordre plus spécialement affectées aux négociations sur les titres de chemins de fer. Telle était l’importance de la lacune qu’il s’agissait de combler!
Le 7 mars, le gouvernement décréta l’établissement des comptoirs d’escompte.
€ Considérant, disait-il, qu’un des devoir» essentiels de l’État est d'intervenir dans une juste mesura, quand les citoyens sentent eux-mêmes le besoin de se réunir pour créer entre eux une sorte d’assurance mutuelle,
» Décrète :
Abt. I«. Dans toutes les villes industrielles et commerciales, Il sers créé un comptoir national d’escompte...
Art. 2. Ce capital sera formé dans les proportions suivantes : 1° un tiers en argent par les associés souscripteurs; 2* un tiers en obligalions par le»
Villes; a» un tiers en bons du Trésor par l’État. >
Le lendemain, un autre décret établissait les bases du comptoir de Paris, fondé au capital de garantie de 20 millions, dont un tiers seulement, divisé en actions de 500 fr., fourni en espèces par les souscripteurs. Le décret disait , art. 3 :
« Les bénéfices du comptoir d’escompte appartiendront exclusivement aux actionnaires, l’État et la Ville ne voulant tirer aucun profit de leur intervention, — Art. 4. Le capital à fournir par l’État et la Ville de Paris garantira jusqu’à due concurrence tes pertes qui pourraient résulter des opérations du comptoir. >
11 y avait bien quelque chose d’insolite dans cette association de l’État , de la commune et du commerce pour fonder une maison de banque, l’État et la commune acceptant d'avance toutes les pertes et abandonnant aux actionnaires tous les bénéfices. C’était mieux cependant qu’en 1830, puisque alors 1 État, comme en son temps l’empereur Tibère , avait pourvu par des prêts directs aux besoins issus de la crise. En 1818, l’initiative partait du commerce auquel le gouvernement répondait de prendre courage et prêtait ce qui lui restait encore de crédit. Si la mesure n’était pas strictement conforme aux principes de la liberté commerciale, il est constant qu’elle pourvoyait jusqu’à un certain point aux besoins immédiats et engageait peu l’avenir, puisque la durée du comptoir était limitée à trois ans.
Le capital nécessaire pour que le comptoir de Paris entrât en fonctions fut réalisé au bout de dix jours, non sans peine, et on peut voir par l’état de formation du premier fonds de deux millions et demi , quelle était l’intensité de la panique : les premières actions furent prises comme les billets d’une loterie de charité, par quelques capitalistes en évidence, par des chambres d’avoués et de notaires, par des compagnies d’assurances, par des sociétés de bienfaisance, etc. : personne ne considérait sa souscription comme un placement. Ce fut avec un capital de 2,587,021 fr., dont un million prêté par l’État, que le comptoir commença ses opérations le 18 mars. Bientôt les retenues effectuées sur les bordereaux admis à l’escompte, moyen ingénieux et étrange de créer des actionnaires, éleva le chiffre de ce capital qui, au 3Î août, montait à 4,051,804 fr.
Les articles 7 et 8 des statuts définissent les opérations de l’établissement :