LIVRE III. CHAPITRE Vil
cipale occupation : elles n’y cherchent qu’un moyen d'employer d’une manière sûre et pour un temps très-court leurs capitaux, chaque fois qu’ils ne trouvent pas un emploi plus lucratif. Ainsi elles font volontiers le commerce en gros des métaux précieux, les arbitrages et souvent même les réescomptes sur place, lorsque les banquiers escompteurs en ont besoin. Mais ces opérations ne sont qu’un pis-aller pour la haute banque, une distraction, en attendant mieux.
Les soumissions d’emprunts publics, les créations de compagnies industrielles lui conviennent davantage. Quelquefois aussi elle spécule sur les marchés à termes, dans lesquels elle trouve des gains assurés.
Toutes les opérations de ces maisons ont un tour particulier : elles tendent au monopole. La haute banque essaie toujours de s’emparer d’un des deux termes dont le rapport règle le prix courant de la marchandise sur laquelle elle opère : elle veut être maltresse de l’offre et répandre seule sur le marché les quantités qu’il lui convient de réaliser, de manière à dominer toujours les prix. Le détenteur unique des titres d’un emprunt ou des actions d’une compagnie industrielle, jouit d’un véritable monopole, et c’est pourquoi ces titres sont recherchés par le grand capitaliste, qui peut à son choix les conserver quelque temps ou les vendre.
On a vu des maisons de haute banque rechercher le monopole des marchandises de première nécessité, d’un débit assuré, telles que les blés en temps de disette, les savons, les esprits, les cotons en laine, les sucres, etc. On en a vu acquérir pour quelque temps des hauts-fourneaux bien situés , à la veille d’une hausse de fers prévue et préparée par des opérations antérieures, et jusqu’à des vignobles auxquels la qualité supérieure de leurs produits assurait un monopole.
La Banque des États-Unis fit une affaire de ce genre, il y a 15 ans, lorsqu’elle entreprit d’acheter, pendant deux ans de suite, toute la récolte du coton en Amérique et de faire la loi aux manufactures de l’Europe. Elle échoua, parce que son capital et son crédit, qui dépassaient 170 millions de francs, ne purent
un point d’appui. Ces particuliers ont assez souvent, sans s’en occuper, une participation aux bénéfices de leur banquier auquel ils se trouvent ainsi attachés à lui par les liens de la reconnaissance.
suffire à une telle entreprise. Quelques maisons anglaises qui avaient opéré sur les blés en 1845 et en 1847 eurent le même sort : d’autres furent plus heureuses ou plus fortes.
Le succès de ces opérations n’est pas fondé sur les mêmes bases que celui des opérations du commerce ordinaire. 11 ne s’agit pour la haute banque ni de s’ouvrir des débouchés, ni de se tenir jour par jour au courant de variations des prix, ni d’apporter de la simplicité et de l’économie dans son administration : il lui suffit de s’être assurée qu’aucun autre vendeur ne pourra, pendant le temps que durera l’opération, se présenter sur le marché.
Nous n’avons pas besoin de nous étendre davantage sur cette espèce de banque : elle est à la portée d’un bien petit nombre, et ses habitudes sortent entièrement des règles de la banque ordinaire et même de celles du commerce. I.es spéculations auxquelles elle se livre sont habituellement très-lucratives; mais elles ne sont pas sans danger. Elles peuvent être contrariées par des événements irrésistibles, tels que l’effet des saisons sur une récolte, une révolution, une grande crise commerciale, etc. Tant que les fonds de ces grands capitalistes sont au repos, dans les opérations de banque proprement dites, tous ces événements ne les mettent point en péril; mais s’il leur arrive d’être surpris en cours d’opérations1, ils courent des dangers imminents qu’il est difficile de conjurer par les moyens réguliers.
* Voy. page 108 et suiv.