LIVRE III. CHAPITRE VU
traitent les marchés à terme, une maison puissante qui a des capitaux et des titres, peut pousser à la hausse, au moyen des escomptes dans les premiers jours du mois, vendre des titres en liquidation à la faveur de cette hausse et, au moment de la liquidation, forcer livraison , si elle a vendu ferme, et reporter elle-même les titres qu’elle livre , ou garder la prime, si elle a vendu par marché libre.
11 n’est pas nécessaire, ni même utile en haute banque, de faire des frais d’invention. Celui qui dirige des affaires de cet ordre n'a besoin de se préoccuper que d’une chose, de l’état du marché et de la masse des capitaux disponibles qui peuvent s’y trouver ou y être amenés. Une fois le courant établi , on ne doit pas craindre que les capitaux se rebutent, surtout lorsque lé mouvement s’est étendu et a gagné les provinces. On a vu une maison qui avait à émettre une certaine masse de titres vendre au commencement de la Bourse, à l’heure où les agents de change exécutent les ordres que les départements leur ont envoyés. Peu à peu les actions émises , pour lesquelles les capitalistes de Paris n’avaient pas un grand empressement, venaient à baisser de 15, 20, 30, 40 francs, et vers trois heures, il ne se faisait plus d’affaires sur cette valeur. A trois heures moins un quart , la demande reprenait tout à coup, pour de fortes sommes, et les prix se relevaient aussitôt, de manière à montrer aux départements, par la cote officielle, un cours de clôture de 5 ou 10 fr. plus élevé que le cours d’ouverture, afin de provoquer de nouveaux ordres. La maison qui avait fait vendre au commencement de la Bourse avait fait racheter à la fin. Par ce moyen très-simple répété souvent , cette maison a dû placer ses valeurs d’une manière fort avantageuse.
Un banquier parfaitement accrédité sur le marché produit une baisse par un moyen encore plus simple : il vient, selon son usage, à la Bourse : quelqu’un s’approche et lui demande assez haut pour être entendu : r— M. X est-il preneur de tel titre? — Le banquier répond tout haut par un non! bien accentué : aussitôt le titre baisse de 1 fr. 50. 11 n’y a personne de plus impressionnable parfois et parfois aussi personne de plus difficile à émouvoir que le public de la Bourse. Il faut du tact, de l’art et une grande connaissance du terrain même à un capitaliste puissant, pour ne pas commettre avec lui de fausses manœuvres.
Toutes les combinaisons ordinaires deviennent impossibles dès que l’on peut craindre de les voir déranger par des événements politiques; mais c’est justement alors que les manœuvres fondées sur des nouvelles vraies ou fausses deviennent faciles. Toutes les combinaisons peuvent aussi rencontrer un obstacle dans l'épuisement des capitaux disponibles d’un pays ou dans une paninique violente.
L’influence des opérations qui se font sur le marché des titres est immense, a Les jeux de Bourse, disait J. -B. Say, ont l’attrait de toutes les loteries : l’attrait que présente au joueur un gain rapide. On voit autour de soi des gens qui dépensent beaucoup, qui font une grande figure dans le monde; on se flatte toujours d’avoir le même bonheur ou la même adresse; on fixe ses regards sur l’appât brillant que vous offre la fortune; on en est ébloui, et l’on ne voit pas l’ablme qui vous en sépare. Le nombre des familles qui, depuis quelques années, ont été ruinées par les spéculations de la Bourse est véritablement effrayant. Les loteries publiques portent leurs ravages parmi les indigents et souvent les conduisent au vol; les maisons de jeu données à ferme par la police ruinent les fortunes mitoyennes de la société; l’agiotage renverse les maisons de commerce et les grandes fortunes 1 ! •
On remarquera que les maisons désignées par l’appellation générique de haute banque n’ont en réalité du banquier que le nom. En effet, le banquier est un commissionnaire, chargé d’une spécialité dans le commerce de marchandises pour lequel il fait des recouvrements, des emprunts et des prêts. Au contraire, les maisons de haute banque, n’empruntent guère et ne travaillent ([ue par exception avec le commerce de marchandises. Fortes de capitaux immenses, elles se portent tantôt sur une opération, tantôt sur une autre, selon les chances de gain qu’elles y voient, évitant de s’engager pour longtemps et de subir les risques et les soucis du commerce régulier. Toutes leurs combinaisons sont fondées sur la force d’attraction qu’exerce naturellement un puissant capital.
Ces maisoûs ne font point des opérations de banque* leur prin-
* Cours complet d’ Économie politique, 8e partie, chap. XV.
* Elles prennenttoutefois assez facilement les comptes courants de particuliers riches, non commerçants et placés de manière A leur fournir au besoin