‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 161 sur 328 · I.IVBE III. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

I.IVBE III. CHAPITRE VIII

celte Société se trouveront comme réserve de caisse ou comme placement provisoire entre les mains de gros capitalistes intelligents et libres d’engagement, puisque c’est k cette classe d’hommes qu’elles sont destinées. Un seul de ces capitalistes avait pour quinze millions de bons du Trésor dans son portefeuille au moment de la révolution de février. Le même homme, et il en existe un certain nombre d’aussi riches k Paris et à Londres, pourrait fort bien avoir dans son portefeuille une somme pareille des obligations de la Société. Supposons que la baisse vienne et se dessine d’une manière menaçante : aussitôt le crédit de la Société se trouve atteint; son papier, qui circulait comme monnaie, cesse d’être reçu dans les paiements. En admettant qu’il résiste au premier choc, le capitaliste dont nous venons de parler a intérêt à déplacer ses fonds, à acheter des titres, rentes, actions, etc., au meilleur marché possible. Or il a un moyen simple et infaillible de précipiter la baisse, c’est de présenter au visa les obligations dont il est détenteur à la Société de crédit mobilier. Celle-ci, forcée de réaliser ses valeurs dans une période de baisse, supporte des pertes considérables et est forcée d’écraser les cours ; alors tous les détenteurs d’obligations ont un intérêt bien apparent à présenter les obligations au visa pour acheter à très bas prix les titres que vend la Société avec les fonds même qu’elle se procure au moyen de cette vente pour rembourser ses obligations, l^es risques de la réalisation, qui dans les banques d’escompte sont k la charge des souscripteurs des effets escomptés, sont ici k la charge de la Banque elle-même.

Je sais que le moment où cette Sbciété pourrait être ainsi prcssée'est fort éloigné, puisqu’elle commence k peine ses opérations : je sais qu’avant de réaliser 6es titres, elle aurait la ressource de les déposer en garantie d’un emprunt, etc., etc. ; enfin elle est dirigée par des hommes intelligents et capables; mais ce n’est pas une éventualité que nous discutons en ce moment. Nous n’avons k nous occuper que de la conception théorique, et elle manque de solidité k ce point que l’affaire ne pourra prospérer et se maintenir qu’a la condition de réserver une grande partie de ses forces. Si elle en usait jusqu’au bout, et se trouvait abandonnée k ellemême, elle pourrait préparer une catastrophe aussi grande que la chute du système de Law.

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