‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 190 sur 328 · LIVRE IV. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE IV

rations que faisait la Société Générale, et sur les mêmes bases

théoriques, la « Banque de Belgique » .

Il y aurait pour les praticiens un grand profit à retirer d’une étude attentive et approfondie de l’histoire de ces deux banques : ils y trouveraient la confirmation la plus éclatante des enseignements de la théorie. Ces deux banques ont, l’une et l’autre, rendu de grands services, conduit des affaires importantes et inspiré des espérances presque infinies : elles ont été également impuissantes à résister aux épreuves auxquelles les établissements de crédit doivent toujours être préparés. L’une et l’autre avaient pris des engagements pour des sommes fixes et à échéance indéterminée, à l’exécution desquels elles n’avaient pourvu que par la formation d'un actif immobilisé, exposé aux vicissitudes des réalisations. Il était impossible qu'elles ne fussent pas amenées par les crises à suspendre leurs paiements.

Lorsque les difficultés relatives aux provinces du Limbourg et du Luxembourg firent craindre un moment que la Belgique fût exposée à la guerre, le crédit subit, à Bruxelles, une contraction violente et les difficultés de la situation pesèrent particulièrement sur la Banque de Belgique. Sa fondation était récente et son sort semblait lié à celui du nouveau gouvernement, tandis que sa puissante rivale, œuvre de l’ancien gouvernement des Pays-Bas, paraissait devoir résister à toutes les révolutions. La Société Générale voulut tirer avantage de cette situation pour accabler sa concurrente : le 4 décembre 1838, elle présenta au change un million de billets au porteur de la Banque de Belgique; le 10, elle en présenta pour une somme de 1,200,000 fr., et le 15 pour 300,000 fr. La Banque de Belgique fut obligée de suspendre *.

Il faut remarquer du reste que dans cette crise, les fonds déposés en compte courant avaient été réclamés avant les billets et que le montant des billets était réclamé, non par le public, mais par une main ennemie. Les émissions de la Banque de Belgique avaient été si peu exagérées, qu’au 5 décembre 1838 il n’y avait pas tout-à-fait pour trois millions de ses billets en circulation.

Le gouvernement dut venir au secours de la Banque de Belgi-

1 Rapport de M. de Brouckère à l’assemblée générale des actionnaires la Banque de Belgique, le 28 février 1839.

que dont l’embarras momentané porta un coup terrible aux entreprises qu’elle avait commanditées. Quant à la cause première de la catastrophe, elle n'était pas douteuse. L’homme éclairé qui dirigeait alors la Banque, l’indiquait formellement dans son rapport du 28 février 1839: « L’administration, disait-il, a engagé les capitaux de manière à ne pas pouvoir les mobiliser promptement. Les prêts faits à l’industrie et ceux sur actions industrielles sont la cause la plus frappante de la gène prolongée de la Banque. »

Cependant, la crise passée, la Banque de Belgique suivit à peu près les mêmes errements que parle passé, mais avec une grande timidité : la Société Générale s’engagea plus hardiment que jamais dans la voie qu’elle avait frayée. Aussi, dans la grande crise de 1848, les deux banques rivales eurent le même sort et furent réduites à implorer l’appui du gouvernement. Une loi du 20 mare 1848 donna cours forcé aux billets-monnaie de l’une et de l’autre, en fixant un maximum d’émission qu’il fallut bientôt élever, et en faisant servir à l’Etat l’intérêt des émissions supplémentaires. Le 26 décembre 1 849, le ministre des finances se plaignait à la chambre des représentants de ce que l’Etat eût été réduit à cautionner ces deux établissements de crédit jusqu’à concurrence de la somme de 54 millions.

Alors on résolut de fonder, sur le modèle de la Banque de France, un établissement de réserve en quelque sorte, « la Banque nationale. » Les statuts de cet établissement lui interdisent, dans les termes les plus formels, les opérations par lesquelles il pourrait immobiliser ses capitaux, et le restreignent en quelque sorte à l’escompte. La Italique nationale, fondée au capital effectif de 15 millions de francs, fournis par la Société Générale et par la Banque de Belgique a obtenu, par des conventions successives du gouvernement avec les autres banques, le privilège exclusif d’émettre des billets à vue et au porteur, et à peu près aussi le monopole de l’escompte proprement dit. Bar la loi du 10 mai 1850, cette banque fait en même temps le service de caissier de l’État, moyennant une indemnité annuelle fixe de 200,000 fr. Mais

• Le cap ;.l ■ ominal de la Banque nationale est de 25 millions. Dix millions d'actions on; été attribués à la Société Générale et quinze millions à la Banque de Belgique. Quinze millions seulement ont été versés.

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