CHAPITRE IY
11 est peu de pays en Europe où l’on ait tenté avec autant de hardiesse et de persévérance qu’en Belgique de faire de grandes choses par l'association de petits capitaux. On y a procédé par voie de privilège, comme dans les autres Élats du continent, et on y a fait de grands efforts pour donner au crédit un caractère impersonnel en quelque sorte. Mais, à la différence des pays qui qnt procédé dans le même ordre d’idées, la Belgique, gouvernée par des hommes d’affaires intelligents et désireux de faire le bien, a vu ses établissements privilégiés montrer une activité presque digne des banques libres et imprimer le mouvement aux affaires industrielles.
La plus ancienne, la plus importante des banques belges est la « Société Générale pour favoriser l’industrie nationale. » Fondé en 1822, avec les statuts qui conviennent à une banque exclusivement commerciale et de circulation, cet établissement est devenu peu à peu le centre de toutes les grandes affaires de crédit du pays et il a fini par être surtout une banque de placement et de spéculation. Caissier de l’État, dépositaire des fonds amassés par l’épargne et la prévoyance, préteur surhypollièque, sur fonds publics et sur marchandises, aussi bien que sur papier de commerce, commanditaire et fondateur de presque toutes les grandes entreprises du pays, il émettait concurremment des billets-monnaie et des obligations à terme portant intérêt et réunissait ainsi presque toutes les opérations de banque. La Société Générale a joui pendant longtemps d’un crédit en quelque sorte sans limites et d’une influence assez grande pour inspirer à un moment donné des soucis et des inquiétudes au Gouvernement. Alors fut fondée, à la date du 24 février 1835, en vue des mêmes opé-