U VUE IV. CHAPITRE VIII
en Pologne et dans toute l’Allemagne, des associations de propriétaires ont fondé, avec ou sans le concours des gouvernements, des agences pour la négociation des emprunts hypothécaires; la France vient d’imiter cet exemple.
Vaut-il mieux séparer le crédit foncier du crédit commercial proprement dit? Vaut-il mieux que des établissements mixtes satisfassent les besoins de l’un et de l’autre? Cette question, omise par la science, est posée par la pratique, et son importance est grande.
On peut négliger les grands centres de capitaux, d’affaires et d’aptitudes; là tout tend à la spécialité, parce que les administrations mixtes y excèdent sensiblement les facultés de quiconque voudrait les embrasser, et la division du travail s’y établit d’ ellemême. Dans les localités isolées, dans les campagnes, il en est tout autrement ; le travail est peu divisé parce qu’il faut réunir plusieurs spécialités pour suffire à l’activité d’un seul homme; on le voit par ce qui se passe dans le commerce, dans l’industrie, dans l’agriculture, et ce n’est ni la fantaisie, ni la coutume qui réunit ainsi les diverses espèces de travaux, c’est la nécessité.
Est-il possible à l’administration des affaires de crédit de suivre ,des lois différentes et de se diviser sans dommage, dans les campagnes, en deux branches distinctes? On peut en douter. Les agences de crédit foncier avec leurs statuts inflexibles, et la nécessité où elles sont placées de ne voir que l’hypothèque, auront de la paine à pénétrer aussi loin que le crédit peut aller, car elles ne peuvent avoir rien de personnel et elles tiendront toujours moins compte de l'homme que de la terre. Elles laissent d’ailleurs en dehors de leurs opérations tout le crédit commercial qui ne peut suffire à lui seul à alimenter des banques de campagne.
Il y aurait une amélioration importante à introduire dans la législation qui établit des lettres de gage. Si l’émission de ces lettres était facultative à tout citoyen, sous certaines conditions déterminées, elle pourrait donner lieu à la création de banques fondées sur une combinaison nouvelle des procédés anciens et éprouvés. Ces banques se livreraient à toutes les opérations qui peuvent être faites sur le crédit dans les campagnes : elles tiendraient compte, à la fois ou tour à tour, de la personne et du gage, du cultivateur et de la terre, et, par une nouvelle organisation
légale plus puissante que celle des banques d’ Écosse elles* mêmes, tenteraient sur le continent ce que celles-ci ont réalisé avec tant de succès dans leur ile.
Les crédits hypothécaire et personnel, s'ils restent isolés l'un •de l’autre dans les campagnes, ne se développeront qu’avec une extrême difficulté. Réunis l’un à l’autre et combinés, ils se prêteraient un mutuel appui et se développeraient plus facilement. Etque l’on ne croie pas que la création etla prospérité des banques agricoles soient sans intérêt pour celles des villes : toute heure perdue pour le travail, soit par les capitaux, soit par les hommes, dans la Corrèze ou dans la Corse, prive tous les producteurs de France d’un débouché naturel pour leurs produits : tout obstacle opposé au progrès des opérations de banque, dans les contrées où ces opérations sont rares, restreint le rayon d’action des banques existantes et réduit la quantité du papier négociable, qui est la matière même sur laquelle elles opèrent.