LIVRE V. CHAPITRE I
le travail de la balance perd la meilleure occasion d’apprendre et
montre qu’il a conscience de son peu de capacité.
» Entre autres moyens de préparer les commis à remplir les emplois supérieurs, nous devons indiquer comme un des meilleurs la formation d'une bibliothèque professionnelle qui serait ouverte à tous les employés. En 1850, les employés de la Banque d’Angleterre se sont associés pour la création d’une bibliothèque. Les directeurs leur ont accordé trois pièces dans l’intérieur de l’édifice pour les livres, une salle de lecture, une salle de conférences, et ont souscrit 500 /. Plusieurs d’entre, eux personnellement ont fait des cadeaux à la bibliothèque, en livres ou en argent. Le temps où l’on reprochait à, un jeune homme d'aimer les livres, -où l’on supposait que la lecture le rendrait impropre à l’accomplissement de ses devoirs spéciaux , doit être passé. On sait maintenant que la culture de l’intelligence rend l’homme plus propre à tou6 les travaux auxquels il peut être employé. C’est un grand avantage pour une banque d’avoir des serviteurs instruits ; leurs connaissances supérieures trouvent toujours un moyen de s’utiliser; l’habitude du travail intellectuel leur facilite l’habitude du travail dans les affaires; les moyens de jouissance qu’ils possèdent en eux-mêmes les préservent des plaisirs coûteux, qui sont les plus puissants excitatifs à la négligence et à l’improbité. Il est probable qu’un mouvement d’opinion se manifestera bientôt en faveur de l’éducation de tout le monde. Je crois que les banquiers feraient bien de seconder ce mouvement dans leurs localités respectives, et d’encourager, par leur assistance et leur influence, la formation d’établissements scientifiques. Ce serait un moyen de dépenser au profit de l’utilité commune l’énergie qui peut rester après les heures de travail, en ayant soin d’éviter toutes discussions politiques ou religieuses. Ils se procureraient ainsi des plaisirs honnêtes, élèveraient dans l’estime publique le respect de leur caractère et augmenteraient par suite leur influence et leur crédit.
» Nous avons parlé de cette espèce d’exercices qui fait les commis habiles. Mais comme dans les banques par actions un commis peut devenir directeur d’une succursale, il est bon de soumettre ceux d’entre eux qui se distinguent par leur aptitude et leur travail à un exercice qui les rende capables de remplir les fonctions de directeur. Ceci est plus-difficile dans un grand ’éta-
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blissement que dans ni} petit , car dans une bauque où il y a quarante commis , chacun d’eux ne voit qu.e la quarantième partie du travail , tandis que dans une banque où il y a dix commis, chacun d’eux en voit la dixième partie et peut acquérir une connaissance passable de l’ensemble. Une banque à succursales peut facilement préparer un commis dry à exercé à devenir directeur, en lui faisant remplacer à l’occasion le directeur d’une succursale.
» Les commis. choisis pour cette espèce d’exercice doivent être des jeunes gens prompts et actifs dans l'accomplissement de leurs devoirs , d’un caractère fait et ferme , bien élevés, et de bonnes manières , ayant une certaine instruction littéraire et le désir d’augmenter leur science et leurs talents. 11 ne faut pas prendre pour cet emploi les jeunes gens qui sont entrés dans la banque en attendant mieux , mais ceux qui veulent rester dans la profession et y parvenir au plus haut degré de l’échelle. Par-dessus tout , il faut qu’ils aient l’habitude des affaires et du travail.
» Lorsqu’un commis est devenu directeur de succursale , son éducation a besoin d’étre complétée. Bacon observe que la lecture donne de la sagesse, l’écriture de l’exactitude, la conversation la promptitude et l’à-propos. Quelque science qu'il ait acquise par la lecture ou autrement, quelque exact qu’il puisse être, le directeur d’une succursale doit acquérir cette dernière qualité. 11 doit apprendre à faire l’application de ce qu’il sait promptement et avec indépendance, mais en même temps avec sagesse. Cette habitude, il l’acquerra avec le temps. L’exercice de l’autorité sur les hommes donne de la maturité à l’intelligence, en même temps que la nécessité de prendre un parti sur-le-champ , en causant avec lés habitués, tend à rendre le jugement plus prompt. 11 n’est pas de profession dans laquelle l’expérience soit plus utile que dans celle de banquier; mais elle est moins utile encore par la science qu’elle apporte que par le perfectionnement de toutes les facultés. C’est par une pratique assidue que toutes les facultés humaines acquièrent de la force : les habitudes se forment par des actes répétés et ne peuvent se former d’aucune autre manière.
» Lorsqu’on prépare un jeune homme aux fonctions intelligentes du métier, il ne faut pas lui donner trop d’instructions sur les détails minutieux : il importe qu’il s’accoutume à penser par luimème. 1æ talent d’un homme ne se développe jamais si on ne le