LIVRE V. CHAPITRE I
que le sujet en manque, et, chez un commis, elle est toujours un grand titre à la considération.
» L’opinion des confrères fournit aussi un bon moyen de constater la capacité d’un commis. Lorsque des hommes sont associés jour par jour, durant des années, au même travail, ils se connaissent bien les uns les autres. En général, l’opinion exprimée par un commis sur le mérite relatif de ses confrères est exacte.
» Pour que les commis acquièrent de bonnes habitudes , il faut qu'ils ne soient pas trop nombreux en proportion du travail qu’ils ont à faire. S’ils restent oisifs pendant une grande partie du jour, leur attention , leur intelligence , leur activité diminueront bientôt, et ils ne tarderont pas à travailler moins aux heures même où ils seront occupés. La charge de chacun doit suffire à occuper toute l’activité de son esprit pendant la durée entière des heures de travail. Ia> banquier dont les commis ont le temps de lire au bureau des livres et des journaux, ou de plaisanter ou se quereller, emploie trop de mains. En réduisant le nombre de ses employés , il obtiendra un meilleur service et il pourra augmenter les appointements de ceux qu’il aura conservés. 11 vaut mieux répartir une même somme de salaires entre un petit nombre de travailleurs effectifs qu’entre un grand nombre de travailleurs médiocres. •
» Alin de bien exercer les commis, il serait bon que le travail fût distribué de manière que chaque emploi préparât celui qui l’exerce aux travaux de l’emploi supérieur. En conséquence, il convient de donner au commis qui débute les fonctions qui demandent le moins d’instruction professionnelle et de le faire avancer par degrés, de manière à ce que chaque degré n’exige qu’un petit supplément d’instruction.
» Les absences périodiques ont cet avantage qu’elles procurent aux jeunes commis l’occasion d'apprendre à remplir l’emploi supérieur. 11 se forme de nouveaux arrangements temporaires pour une division du travail différente et, les mains étant moins nombreuses, chacun est porté à travailler davantage. 11 est utile aussi que les commis changent de temps en temps de rôle et de les encourager dans l’invention des moyens d’abréger le travail. Lorsqu’une banque a des succursales , il est bon de remplacer à
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l’occasion le commis absent de l’une par le commis pris dans une autre. Un bon inspecteur des succursales vérifiera la division de la caisse et celle de la comptabilité aussi bien que la direction , et s’il y remarque un perfectionnement, il l’introduira dans les autres succursales.
» Mais le meilleur stimulant pour les commis est un système impartial d’avancement. 11 est bon que parfois un commis plus ancien ne puisse être promu à un emploi supérieur faute de capacité , afin que chacun comprenne bien qu’on ne tient compte que du mérite. Mais il faut que la supériorité du mérite de celui qui est promu soit apparente et évidente. Toutes les fois qu’un commis sera préféré à un autre par favoritisme ou par caprice, par l’influence des amis, des habitués, des actionnaires ou même par des qualités bonnes en elles-mêmes, mais qui n’ajoutent rien à sa capacité spéciale, son avancement produira des effets déplorables , lors même que ses titres seraient égaux à ceux de l’ancien auquel il est préféré.
» La balance quotidienne fournit un autre excellent moyen d’exercer les commis. Les livres sont balancés le soir avant que l’on quitte le bureau. Mais comme il s’est nécessairement glissé quelques erreurs dans les écritures de la journée, il faut passer un peu de temps à les découvrir. Le chiffre de l’erreur s’appelle différence , et les efforts que l'on fait pour rechercher l’erreur s’appellent recherche de la différence , et on dit que les commis employés à ce travail sont sur la balance, bans les grands établissements, le nombre total des commis est divisé par quatre; chaque quart se livre à son tour à la recherche de la différence, et les autres peuvent s'en aller de meilleure heure. Mais il n’est pas besoin d’un grknd nombre pour faire ce travail : six personnes y suffisent dans une banque où l’on compte 42 commis; les plus jeunes ne servent qu’à empêcher le travail. La recherche de la différence oblige non-seulement à travailler, mais à penser, et il n’est pas d’exercice plus propre à familiariser un commis avec le système général de la comptabilité et surtout avec la tenue des livres. On peut même dire que la recherche de la d fférence est , pour un jeune homme, le seul moyen d’apprendre l’ensemble de la tenue des livres ; c’est aussi le seul moyen qu’il ait de montrer son savoir-faire et sa promptitude à compter. Le commis qui fuit