‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 33 sur 328 · LIVRE I. CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XII

façons à la fois. Ceux qui étendent leurs opérations et ceux surtout qui entrent dans uue carrière nouvelle manquent souvent d'expérience et font de faux calculs qui se soldent par des pertes: il faudrait un miracle pour que la somme du travail et des affaires augmentât par des tâtonnements individuels, sans que l'équilibre des habitudes sociales fût changé, sans qu’il se manifestât aucune perturbation dans le prix relatif des choses.

Or les miracles sont rares, et à un moment donné les erreurs, les fautes, imperceptibles au commencement, deviennent évidentes et la contraction se fait sentir. Ceux qui ont perdu leurs capitaux propres essaient de les remplacer par des emprunts : ceux qui ont perdu les capitaux d’autrui s'efforcent de les remplacer par le même moyen ; tous accourent sur le marché des disponibles et y font hausser le cours.

Cependant un tel mouvement ne peut manquer d'ètre accompagné d’une inexécution plus ou moins générale des engagements, de retards de paiement, de faillites. Les propriétaires de disponibles s'alarment et rappellent leurs fonds, soit pour les garder, soit pour les employer dans des opérations que la baisse générale et exceptionnelle des marchandises rend lucratives. Les crédits deviennent moindres ou nuis, et il est difficile aux entrepreneurs qui en ont besoin pour leurs opérations de ne pas tomber dans l’impuissance ou même de ne pas être obligés de suspendre entièrement, de réaliser à perte. C’est sur eux que la crise porte de tout son poids au profit de ceux qui ont à leur disposition actuelle des capitaux monnayés. — Bientôt, après une liquidation partielle des contrats de crédit, l’équilibre s’établit et les affaires reprennent leur cours. Telles sont les crises que l’on peut appeler régulières : on voit qu'elles doivent être, si l’on peut s’exprimer ainsi, en proportion de la rapidité avec laquelle les affaires s’étaient élevées au-dessus de la moyenne et en raison de la hauteur qu’elles avaient atteinte au-dessus de cette moyenne.

Il y a d’autres crises que l’on peut appeler irrégulières, bien qu’elles soient fréquentes : elles ont exactement les mêmes effets que les premières, mais leurs causes sont exceptionnelles. En 1845 et 184C, par exemple, des travaux considérables ayant été décrétés en France sur diverses lignes de chemins de fer, les capitaux s’y portèrent; un grand nombre de capitalistes, croyant

Page 1