DES CRISES COMMERCIALES
trouver dans ce nouvel emploi de leurs fonds des bénéfices plus grands, retirèrent leurs capitaux, prêtés auparavant au reste de la production industrielle qui en fut privée ou ne les obtint qu’à des conditions plus onéreuses. Aussitôt cette production ainsi affaiblie tomba dans un état de langueur qui eut tous les effets d'une crise profonde dans plusieurs départements.
Qu'une disette vienne à se faire sentir : il faut combler à tout prix le déficit de la récolte, puisqu’on ne peut réduire à volonté la consommation du pain ; il faut se procurer des blés au dehors, c’est-à-dire déplacer et exporter jusqu’à cinq et six cents millions, lorsqu’il s’agit d’un pays comme la France ou l’Angleterre. On prend cette somme sur les capitaux dont la réalisation est la plus facile, monnaies, créances au dehors résultant de l’exportation, épiceries, etc. Les capitaux deviennent rares parce qu’il faut remplacer la somme totale de ceux qui ont été exportés ou consommés au dehors et en outre des besoins ordinaires, pour fournir aux besoins du nouvel emploi qui s’est ouvert. Le taux de l’intérêt s’élève, et le prix de toutes les marchandises dont aucune cause particulière ne vient soutenir le cours tend à s’abaisser. En effet, les emprunteurs qui avaient compté sur le maintien des habitudes ordinaires et sur le renouvellement des prêts, se voient enlever leurs instruments de travail, ou sont forcés de réaliser à tout prix : la valeur relative des capitaux dont la réalisation est difficile, baisse rapidement, ce qui inflige aux débiteurs des pertes énormes. De là- des faillites, des incapacités de travail et la suspension ou la réduction de toutes les affaires dont le crédit était la base; on sait assez avec quelle facilité une perte en entraîne d’autres et comment la ruine enfante la ruine.
Une spéculation excessive et téméraire peut produire les mêmes résultats. Lorsque des fonds considérables ont été engagés sur des valeurs d’opinion, d’imagination, dont on vient tout-à-coup à reconnaître l’inanité, chacun des spéculateurs, sommé de remplir ses engagements, fait un appel imprévu sur le marché des disponibles, et si cet appel a pour -objet une somme importante, il affecte en hausse les conditions du marché. On a vu en Angleterre, en 1810, un exemple vraiment classique d’une crise amenée par des exportations excessives et faites à la hâte, sans prévoyance ni jugement.
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Les crises dont la cause est politique ont des effets plus prompts encore : elles peuvent résulter, soit d’un changement considérable dans les institutions d’un pays, soit même d’une panique de l’opinion : il suffit, pour que la crise éclate, que la confiance, à tort ou à raison, soit diminuée.
Car une diminution de confiance produit une diminution réelle dans la somme des capitaux disponibles. Celui qui voulait prêter naguère, a changé d’intention; il ne juge plus ses capitaux en sûreté, s’il ne les tient en sa possession, s’il ne les voit, s’il ne les touche. En outre, il s’exagère à lui-même ses besoins possibles ; il lui faut à tout instant sons la main une somme toute prête pour telle ou telle éventualité, etc. Que fait-il donc? Il rappelle ses capitaux, les soustrait au travail (mur un temps et réduit ses dépenses, ce qui ferme les débouchés. On voit alors se produire le même vide que si ces capitaux avaient été enfouis ou détruits, les mêmes liquidations désastreuses, les mômes ruines, parce qu’en effet la diminution des disponibles a été immodérée et soudaine, comme la peur et la colère.
Ces développements, un peu longs peut-être, mais qui rappelleront à tout homme d’affaires qui observe, des souvenirs et des exemples personnels, montreront, mieux que des démonstrations en forme, quelle espèce de solidarité lie entre eux les capitaux disponibles et appropriés, mobiliers et immobiliers, et jusqu’à quel point les affaires, dans leur ensemble comme dans leurs détails, dépendent des appréciations et des opinions humaines.
variations du prix des capitaux.