LIVRE 11. CHAPITRE VIII
la compensation est facile, Charles, banquier à Paris, remet à Borromeo, de Milan, des valeurs sur cette ville, ou l’autorise a tirer sur lui pour une somme de 500,000 fr., qu’il lui demande en papier ou en crédit sur Lyon. Borromeo exécute l’ordre, et Charles peut couvrir à très-peu de frais le compte de sou eorresilantde Lyon, Le résultat de l’opération est la compensation d’uue créance de 500,000 fr. de Paris sur Milan, contre une créance d’égale somme de Milan sur Lyon, sans aucun mouvement de numéraire et avec une grande promptitude.
Il est évident que ce service, effectué et garanti par les banquiers, ne peut être gratuit. Il est payé au moyen d’une commission proportionnelle sur chaque mouvement de valeurs, et ces commissions se trouvent supportées, en définitive, par la place au profit de laquelle la compensation a eu lieu.
Nous avons supposé que le cours du change du papier sur Paris à Milan compensait exactement en cette ville celui du papier sur Lyon. Ce cas est fort rare : il y a presque toujours du plus ou du moins, c’est-à-dire matière à gain ou à perte, à spéculation dans l’un et l’autre cas.
Aussi s’est-il établi sur les changes un trafic pareil à celui des marchandises et qui consiste à acheter les effets de commerce qui sont dépréciés sur certaines places pour les revendre sur d’autres places, où ils sont recherchés. Le banquier, qui se livre spécialement à ce genre d’opération, fait ce qu’on appelle des arbitrages , en choisissant le papier qu’il veut acheter et celui qu’il veut vendre et en échangeant l’un contre l’autre. On peut à juste titre le considérer comme un entrepreneur de transport de capitaux monnayés d’un lieu à un autre, ou plutôt comme un comptable occupé par profession à niveler, au prix le plus avantageux, par des compensations, les comptes que les diverses places de commerce entretiennent les unes avec les autres. g-TUn certain nombre de négociants, à Paris et à Londres, se livrent, pour les besoins de leurs paiements et de leurs recouvrements, à des opérations d'arbitrage, concurremment avec les banquiers dits cambistes qui s’occupent spécialement de ee genre d’affaires, de telle sorte qu’il y a un véritable marché d’effets de commerce où on achète et vend chaque jour, à prix débattu, des lettres sur les diverses places de commerce du monde.
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Ces lettres se négocient par l'intermédiaire d’agents, qui, ii Londres, portent le nom de bill brokers et qui à Paris n’en ont point, parce que la loi suppose très-gratuitement que. les négociations de cette espèce sont faites par le ministère des agents de change, qui ont pour ce courtage un privilège dont il n’usent point. Il conviendrait d’appeler courtiers de change les personnes qui s’occupent spécialement de la négociation des effets de commerce sur l’étranger.
On a observé que certaines villes de l’F.urope, où il se faisait fort peu d’affaires commerciales, vendaient et achetaient des quantités considérables de lettres de change sur divers pays et spéculaient volontiers sur les arbitrages. Ces villes, parmi lesquelles on citait autrefois Augsbourg, étaient en quelque sorte les banquières des autres et avaient pris dans le monde commercial la spécialité des spéculations sur les changes.
Si les arbitrages de banque n’avaient lieu que sur les effets fournis par le commerce, les opérations seraient quelquefois trèsdifficiles. Mais les banquiers qui s’y livrent sont dans l’usage de s’accorder réciproquement des crédits sur lesquels ils établissent à volonté des lettres de change en telle monnaie et sur tel pays qu’ils ont besoin, lorsque, d’après le cours, une livre sterling qui vaut 25 fr. à Paris en vaut 26 à Madrid et 24 à Amsterdam, le banquier de Paris qui veut acheter à Amsterdam et vendre à Madrid, doit avoir d’abord du papier sur Amsterdam, ou en créer par l’ouverture d'un crédit, et se faire remettre la contre-valeur en papier sur lxmdres, où il prend en échange du papier espagnol sur Madrid k un cours supposé tel que chaque livre sterling vendue en cette ville se trouve évaluée à 26 fr.
11 est clair que de telles opérations ne sont possibles qu’à la condition d’être pratiquées à l’instant où elles sont conçues, sans aucun retard, ce qui, d’une part, rend les crédits de cambiste à cambiste indispensables, et de l’autre, ne permet d’employer utilement à ce trafic que des lettres de change d’une valeur certaine, revêtues de signatures qui garantissent une entière exactitude dans les paiements.
On fait aussi des arbitrages entre les monnaies et les matières d’or et d’argent.
Les arbitrages sont considérés dans le monde commercial