ÉCHANGE, VALEUR, VALEUR COURANTE
huit pintes. Le prix mitoyen entre les différentes offres et les différentes demandes deviendra le prix courant auquel tous les acheteurs et les vendeurs se conformeront dans leurs échanges; et il sera vrai de dire que six pintes de vin seront pour tout le monde l’équivalent d’un boisseau de blé, si c’est là le prix mitoyen, jusqu'à ce que la diminution de l’offre d'un coté, ou de la demande de l’autre, fasse changer cette évaluation. »
Par la concurrence, la valeur courante s'établit et la valeur de chaque chose ne dépend plus des désirs d’un seul, mais de plusieurs; l’appréciation commune d’un grand nombre d’hommes est substituée aux appréciations individuelles.
Alors on appelle valeur d’une chose la puissance moyenne d’échange qu’elle possèdent qui résulte à la fois de l’opinion moyenne des hommes qui peuvent la désirer et des moyens d’échange dont ils disposent. Alors le mot Valeur n’exprime plus le rapport qui existe entre une chose et tel ou tel homme dont elle fixe les désirs, mais le rapport qui existe entre la puissance d’échange de cette chose et la puissance d’échange de telle autre chose à laquelle on la compare. La valeur est alors un rapport, composé nécessairement de quatre termes au moins et qui semble s’établir en dehors de l’opinion et de la volonté de l’individu, parce que l’opinion et la volonté qui la constituent prennent un caractère collectif ; mais l'opinion, la volonté n’en sont pas moins les causes premières de la valeur courante.
Alors on dit avec raison que la valeur courante d’une chose résulte du rapport qui existe entre l'offre et la demande. Mais qu’exprime X offre? Est-ce seulement la quantité de telle ou telle marchandise apportée sur le marché î Non : c’est encore le désir d’échanger qui existe dans l’âme des propriétaires de cette marchandise. De même la demande n’exprime pas seulement la quantité demandée; elle exprime aussi l’intensité du désir qu’apportent sur le marché ceux qui demandent et de l’attachement qu’ils ont pour les objets qu’ils offrent en échange. Lors même que la valeur courante apparaît dans les sociétés humaines, elle ne fait point disparaitre le caractère primitif de l’utilité qu’elle représente au point de vue de l’opinion générale.
En résumé le nom de Richesses désigne les choses qui ont la propriété de satisfaire nos désirs; celui d’Utilité s’applique à cette
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propriété des richesses, lorsque l'échange survient, les richesses prennent le nom de Marchandise et l’Utilité, changeant à la fois de nom et de nature, se transforme en Valeur. L’Utilité existe indépendamment de l’échange : la Valeur , au contraire, n'exprime qu’un rapport d’échange, lorsque l’on considère les richesses au point de vue social, on doit les juger en raison de leur utilité; lorsqu’on les étudie au point do vue des particuliers, il faut se préoccuper surtout de la valeur.
11 est évident que la somme des richesses que possède une société ne peut-être échangée et que ces richesses ont cependant une incontestable utilité. Il n’est pas moins évident que, pour les particuliers habitués à échanger les marchandises qu’ils possèdent, la Valeur, la puissance d’échange de chacune de ces marchandises en exprime l’Utilité. C’est pourquoi l’on dit si souvent Valeur lorsqu’on devrait dire Utilité, parce qu’en effet on peut dans un grand nombre de cas confondre sans inconvénient l’une avec l’autre. L’échange et les variations qu’il amène dans les valeurs ont souvent pour etfet de transporter, d’une façon étrange et capricieuse, la propriété d’une somme de richesses d’un particulier à un autre. C’est pourquoi toute amélioration dans les rapports d’échange, ayant pour effet de rendre la propriété de chacun plus certaine et de proportionner d’une manière plus exacte la valeur de chaque chose à son utilité, a une immense portée sociale. L’établissement de la valeur courante constitue un progrès de ce genre, mais ce progrès de la civilisation s’est presque partout manifesté par l’introduction de l’usage des monnaies.
LA MONNAIE