‹ Traité théorique et pratique des opérations de banque (volume 2)Chapitre 97 sur 328 · LIVRE II. CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE XVII

duction. L’influence qu'il exerce autour de lui, en bien ou en mal, est énorme, selon qu’il est ignorant ou éclairé, sage ou téméraire, probe ou de foi légère, libéral ou enclin au monopole. Mais si ses défauts nuisent à ceux qui ont des affaires avec lui, ils lui nuisent aussi à lui-mèrae et il est sans cesse ramené au bien par le sentiment de son propre intérêt. En somme, on peut dire à juste titre qu'il est peu de citoyens dont les services fassent moins de bruit et soient plus utiles à la société que ceux du bon banquier de commerce.

Lorsqu’on lui compare le banquier spéculateur, quel contraste! Celui-ci n’est pas un entrepreneur de travail; c’est un capitaliste attentif à toujours conserver la disponibilité de ses fonds et à en tirer avantage, chaque fois qu’il se produit un embarras dans le mouvement général des affaires. Le banquier spéculateur entre- 1-;1 dans le commerce des marchandises, il y tend au monopole. Iæ commerçant ordinaire étudie les chances des cours ; le spéculateur cherche les moyens de les dominer ou plutôt de faire les cours lui-même. Au lieu de pousser les capitaux vers le travail, de les y appuyer, de les y maintenir, il les attire vers le jeu et l’agiotage. Que lui imporle le travail? ce sont les capitaux joueurs qui lui fournissent ses bénéfices. Autant le banquier du commerce est intéressé à propager autour de lui le goût du travail, la tenue, l’ordre, la prévoyance dans les affaires, l’exactitude dans les engagements, autant l’autre est intéressé à répandre le goût du jeu, des gains rapides sans travail aux dépens d’autrui, la témérité dans les spéculations, le mépris pour la valeur intrinsèque des affaires. Le premier exerce dans la société une sorte de magistrature, le second y. excite sans cesse les plus détestables passions.

Et ceci est indépendant du caractère personnel des hommes : les nécessités de profession sont impérieuses ; on ne leur échappe point. Dans l'une et l’autre banque, il est vrai, le but individuel immédiat est le même, gagner de l’argent. Mais pour en gagner beaucoup le banquier du commerce a besoin que ses clients travaillent beaucoup et bien, qu’ils soient intelligents, actifs, honnêtes. Le banquier spéculateur n’a pas besoin de cela, il lui suffit de rencontrer des capitalistes disposés à jouer. S’ils sont ignorants, tant mieux ! s’ils manquent de courage au travail, tant

mieux ! s’ils sont fripons, intrigants, tant mieux ! Ses bénéfices n’en seront que plus beaux et le. jeu que mieux assuré. Y a-t-il quelque part des capitaux honnêtement engagés dans la production, rapportant lentement un intérêt médiocre : la spéculation les appelle à grand bruit, les enlève au travail et les pousse dans le ferme, dans la prime, et ils y périssent.

La banque de commerce et la banque de spéculation ont des intérêts diamétralement opposés, des allures toutes différentes*. 11 importe de ne jamais les confondre, soit lorsqu'il s'agit d’affaires privées, soit lorsqu’il s’agit de discuter les questions qui se rapportent à l’organisation générale du crédit, ou de peser leurs prétentions opposées, et d’établir entre elles une préférence, une raison de décider. Dans la pratique, il importe surtout que le banquier du commerce soit bien prémuni contre les tentations de la spéculation, qu’il ne se laisse pas aller à des opérations contraires à ses habitudes, étrangères à ses connaissances spéciales et à l’assiette de sa maison. 11 lui serait impossible de se livrer au jeu et de réussir dans ses affaires courantes, et il agirait peu honnêtement en employant dans la spéculation des capitaux qui ne lui appartiennent pas et qui lui ont été confiés pour un autre usage.

D’ailleurs si la spéculation est un jeu, il est certain que les chances n’y sont pas égales. Celui qui tient le jeu court peu de risques, mais ceux qui y prennent part en courent de très-grands, s u 110 ut lorsqu’ils ne sont pas habitués au marché, lorsqu’ils résident dans les départements. Aussi presque toutes les fois que les banquiers et les capitalistes des départements ont voulu prendre part aux spéculations de Bourse, ils y ont éprouvé des pertes; ils ont acheté la veille de la baisse, vendu la veille de la hausse et tini par supporter les chances des opérations hasardées.

* A Londres, la plupart des banquiers de commerce n’admettent pas chez eux comme commis ceux qui ont l’habitude de jouer sur les fonds, et ils renvoient ceux de leurs commis qui jouent à la Bourse.

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