LIVBS III, CHAPITRE II
prompts à s'engager et se trouvent bien souvent chargés d'immeubles et d'obligations à remplir : ils réunissent les inconvénients du gage hypothécaire et ceux du commerce de spéculation. Les entrepreneurs de travaux publics, au contraire, ont toujours des créances assurées, au moins en apparence, et il semble que la liquidation de leurs affaires soit merveilleusement facile à certaines périodes. Mais lorsque l'on connaît les habitudes des communes, des départements, des fabriques et établissements publics, lorsqu'on sait ce que sont les travaux sur devis supplémentaires et jusqu'à quel point le montant des créances et les époques de payement dépendent de l'appréciation des ingénieurs et des architectes des départements et des grandes communes, on n'ignore pas qu'il faut procéder dans les commandites de cette espèce avec une extrême précaution. Dans chaque département et dans chaque grande commune, il n'y a ordinairement qu'un entrepreneur de travaux publics qui fasse fortune, et celui-là n'a pas besoin de crédit.
Plus on réfléchit aux conditions attachées à la commandite accordée par le banquier, plus on reconnaît qu'en thèse générale elle est dangereuse. Mais il en est une qui pourrait être fort utile et lucrative et à laquelle les banquiers de département ne se livrent presque pas, c'est la commandite en forme • pour le compte des capitalistes. En facilitant l'étabUssement d'entreprises dirigées par des hommes actifs et habiles munis de capitaux suffisants, les banquiers se créeraient pour un avenir prochain des opérations de banque régulières et animeraient autour d'eux l'industrie, le commerce, Tagriculture au besoin, sans être gênés par les exigences de disponibilité des capitaux commanditaires.
La plupart des banquiers aiment mieux, il est vrai, placer directement les capitaux déposés chez eux, sous leur responsabilité, que de les voir s'engager, môme après la commission payée, pour un temps indéterminé. D'autre part, les capitalistes ne sont habitués ni à la commandite, ni aux titres d'entreprises rapprochées d'eux : pour propager ce mode de placement dans chaque localité, il y aurait des efforts à faire et en quelque sorte une éducation à former. Mais je crois que les banquiers de département auraient un intérêt très-grand
à entrer dans cette voie, et à prêter leur ministère et leur expérience à la formation de commandites viables.
En effet, le profit qu'ils retirent d'un dépôt prêté par eux, à long terme n'excède guère 1 1/2 p. 7©; il est souvent inférieur et ne peut s'élever plus haut que par des combinaisons exorbitantes et dangereuses. En admettant que la commission pour Ifi placement d'actions en commandite ne donnât que 1 p. 7, tout compte fait, ce qui est modéré, il semble au premier abord que le banquier gagnerait moins , parce que cette commission ne serait payée qu'une fois, et que la différence d'intérêt, plus élevée d'un tiers, est annuelle. Cela est vrai, mais des entreprises qui auraient devant elles un long avenir et des capitaux bien suffisants prospéreraient mieux que des entreprises gênées par la brièveté des crédits et la perspective incessante des réalisations forcées ; ces entreprises bien constituées donneraient plus d'affaires de banque, partant, des bénéfices plus liquides. 11 est rare en effet qa'une maison d'industrie ou de commerce n'ait pas en recouvrement et autres opérations de banque une somme d'affaire double ou triple de son capital. En outre, la responsabilité du banquier serait bien moins engagée ; il serait délivré des tribulations incessantes qui naissent des crédits hypothécaires et des fantaisies des capitalistes. Les capitaux qui se placeraient ainsi seraient plus abondants que ceux qui vont, avec les habitudes actuelles, se placer chez le banquier ; il n'y a pas d'exagération à dire qu'ils s'élèveraient au double : enfin ils ne quitteraient pas les provinces pour venir se placer à Paris, où ils sont perdus à jamais pour le banquier de département, et quelquefois aussi pour le capitaliste lui-même. Si ce mode de placement avait été adopté depuis vingt ans ; si des banquiers intelligents et bons juges de la valeur des entreprises avaient encouragé les entrepreneurs probes et capables en facilitant la commandite, l'industrie, l'agriculture et le commerce des départements ne seraient pas restés dans l'état de langueur et de somnolence que Ton remarque sur une grande partie du territoire : des capitaux et des hommes qui sont restés inactifs auraient produit ; les populations se seraient initiées à la vie industrielle ; elles auraient acquis cette instruction pratique.
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cette connaissance des affaires qui leur manquent si souvent, et, à coup sûr, elle aurdent payé une somme de commissions de banque infiniment supérieure à celle qui a été perçue par les banquiers sous différentes formes.
Il est vrai que la société en commandite est peu populaire en France, que Tabus est facile et qu'on l'a vu se produire avec beaucoup d'éclat à Paris en 1836. Il est vrai encore que les capitalistes sont souvent peu éclairés, qu'en dehors des placements qui leur sont habituels, ils ne s'engagent guère que lorsqu'ils sont emportés en quelque sorte par un tourbillon, comme à la Bourse, etc. Tout cela est vrai, et on peut en conclure que les placements en commandite seraient difficiles à l'origine dans les départements; mais ils ne sont uniment impossibles, et les banquiers, comme le pays en général, auraient intérêt à ce qu'ils fussent tentés.
§ 6. — Condition.
Nous avons essayé d'énumérer les faits et les préceptes généraux qui ressortent de la pratique ordinaire des banques de commerce, essayons de les résumer en peu de mots.
Le banquier dispose rarement des dépôts : il dispose au contraire des placements ; il doit donc régler sur le caractère et l'importance des dépôts la nature de ses placements, en tenant compte de la force de son capital, du temps, du lieu, des habitudes, du milieu commercial dans lequel il est placé. 11 doit prévoir des oscillations dans les rentrées et sorties de capitaux et en étudier les causes, afin de pouvoir à l'avance se mettre en mesure de pourvoir aux embarras que ces oscillations peuvent lui susciter. Le moyen le meilleur pour y réussir est l'organisation d'une réserve productive d'intérêts, sûre, et réalisable en dehors de la clientèle proprement dite.
Quant aux placements, ils doivent être sûrs et d'une réalisation facile. Chacun est naturellement en garde contre ceux qui seraient hasardés, mais on répugne moins aux placements d'une réalisation lente ou difficile, et c'est contre ceux-ci que le banquier doit toujours se tenir en garde. Quelle que soit
sa prudence, il est souvent forcé d'y recourir, soit pour assurer la liquidation d'un découvert imprévu, soit pour subvenir aux exigences des temps de crise, et venir, lorsqu'il le peut, au secoui^s de ceux de ses clients qui éprouvent un embarras fortuit et momentané.
n faut donc être sévère dans les temps prospères et libéral dans les temps difficiles, parce que les crises, en éprouvant les maisons de commerce, font connaître leur vraie situation, qui se dissimule aisément lorsque les affaires sont faciles. C'est dans les moments d'excitation commerciale qu'on peut le mieux se débarrasser des comptes douteux et en faire la liquidation : il importe de ne pas laisser passer les occasions favorables aux liquidations de ce genre et de savoir regarder en face les chances de perte qui peuvent en résulter : si on craint ces chances dans les temps prospères, que serait-ce au moment d'une crise, lorsque toutes les réalisations sont à la fois plus difficiles et moins productives?
En tout cas et quoi qu'il fasse, le banquier est toujours, jusqu'à un certain point, solidaire de ceux dans les mains desquels il a placé des capitaux. Il doit donc se tenir exactement renseigné sur leurs affaires, s'y intéresser et apprendre à tenir compte des qualités morales et intellectuelles qui donnent de la sécurité et de l'aisance aux relations commerciales. La science des principes sert à indiquer le danger qu'il importe de connaître : chacun ensuite s'en tient plus ou moins éloigné, selon ses inclinations particulières. Chacun apporte, dans l'exercice de la banque aussi bien que dans les autres affaires, son caractère propre : l'un est prudent jusqu'à la timidité, l'autre hardi jusqu'à Timprudence : le premier ne veut que des affaires sûres, le second veut, même au prix de quelques risques, des affaires abondantes ; celui-ci tient à réaliser de gros bénéfices et cherche à couvrir les pertes par un redoublement d'activité, celui-là se contente d'un bénéfice médiocre pour être exempt d'inquiétudes et les événements sourient tantôt à l'une, tantôt à l'autre conduite, sans qu'il soit possible de formuler des préceptes d'un application certaine et constante. On peut exposer les principes, indiquer les lois ordinaires du mouvement des affaires, mais ce qui est