LIVRE III, CHAPITRE II
sautes dans des entreprises commerciales ou industrielles^ ¥ Le banquier doit-il commanditer des entreprises commerciales et industrielles ? — Au lieu d'entreprendre directe^ ment, le banquier peut commanditer un ou plusieurs entre* preneurs : par ce moyen il se dégage de la nécessité d'une intervention personnelle immédiate dans des opérations étrangères à sa profession, et il couvre sa responsabilité par celle d'un homme dont la personne, la fortune et Thonneur sont engagés en première ligne dans l'entreprise. La commandite a deux formes : ou elle est directe et résulte d'un acte positif qui établit les conditions du compte courant ; ou elle est'im*parfaite et résulte seulement d'engagements pris pour une somme d'avances déterminée. Dans l'un et l'autre cas, l'acte stipule en faveur du banquier des avantages certains ou incertains, mais toujours supérieurs aux profits ordinaires de banque.
Nous avons déjà indiqué les inconvénients de la commandite déguisée sous forme de crédits à découvert ordinaires ou garantis par des inscriptions hypothécaires. La commandite directe présente les mêmes inconvénients : elle engage pour un temps indéterminé, mais toujours fort long, les capitaux qui y sont employés : elle ne convient donc qu'au banquier dont les capitaux propres sont abondants et ne sont point requis par les besoins présents ou éventuels des opérations courantes. On peut dire en général que la commandite, sous toutes les formes, est pour un banquier une opération facile et dangereuse dans laquelle il ne doit entrer qu'avec une extrême précaution.
Si, après réflexion, il lui convient de s'y livrer, il y a quelques principes généraux ' qui peuvent le guider dans sa conduite. Pas n'est besoin de dire qu'il doit étudier avant tout le caractère personnel et les qualités de celui qu'il commandite, s'assurer de sa probité, de sa capacité commerciale ou industrielle, des garanties de toute sorte qu'il peut offrir. Mais il doit aussi examiner avec soin quelle est la nature de l'entreprise et jusqu'à quel point elle peut faire espérer que les capi-*
( L*expo8é de ces principes et leur développement forment la matière de mon TraiU des entreprises induslrieiki, commerciales et agricoles.
taux qui y sont engagés pourront en être retirés sûrement au temps fixé. Il faut que le banquier considère avec la plus grande attention quelles sont les chances probables de gain, et si l'entrepreneur se trompe lui-même sur ce point : il faut enfin que les profits de la commandite ne soient pas exagérés, qu'ils laissent un bénéfice honnête à l'entrepreneur. Sur ce dernier point la prudence est rare, car, d'une part, l'entrepreneur se fait souvent d'étranges illusions et consent à la légère à des conditions dont il se repent vivement dans la suite; d'autre part, le banquier ne sait pas toujours modérer son désir de gagner. Cependant, placé dans une position plus indépendante que l'entrepreneur, il doit savoir que si celui-ci est mécontent des conditions de la commandite , s'il se croit lésé, et surtout s'il voit que, malgré son travail, le désordre se met dans ses affaires, il perdra bien vite et à la fois sa liberté d'esprit et l'aptitude, la capacité qu'il pouvait apporter dans son entreprise, et même la probité. L'intérêt bien entendu du banquier, autant que la justice, exige que les conditions de la commandite soient modérées.
Il faut aussi considérer beaucoup, comme nous l'avons indiqué plus haut, quelle est la nature du commerce ou de l'industrie qui fait l'objet de la commandite. Le commerce vaut mieux que l'industrie, parce qu'il est plus facile de réaliser un fonds de marchandises qu'un mobilier industriel, et parmi les marchandises, celles dont la réalisation est la plus facile sont celles dont le commerce peut, avec le moins d'inconvénient, se prêter à la commandite d'un banquier.
Toutefois il est remarquable que les marchandises qui ont le prix courant le mieux établi et dont la consommation est la plus assurée sont celles sur lesquelles la spéculation se porte le plus volontiers. Chacun sait avec quelle facilité la spéculation s'exerce sur les grains, sur les vins et esprits, sur les bestiaux, etc., même dans les plus petites localités. Il y a là un écueil que le banquier ne doit pas perdre de vue.
La commandite est aussi sollicitée bien souvent par les entrepreneurs de bâtiments et par les entrepreneurs de travaux publics. Les premiers spéculent presque habituellement sur les terrains ou emplacements et sur les maisons : ils sont