LIVRE III, CHAPITRE IV
procure, par le change, de la monnaie métallique, doiit l'exportation et l'emploi industriel sont toujours faciles.
Ce phénomène se produira bien avant que les émissions de billets aient attemt le chiffre de 100. Jamais, en effet, quelque acceptés qu'ils puissent être, les billets de banque ne remplacent la monnaie d'appoint. Si leur plus petite coupure est de 100 fr., il faut de la monnaie métallique pour effectuer tous les payements inférieurs à cette somme ; si les plus petits billets sont de 28 fr. ou même de 5 fr. les payements inférieurs à 28 fr. et à 8 fr. devront être faits en espèces. Ainsi les billets de banque remplacent une quantité de monnaie métallique plus ou moins considérable, selon leur coupure, mais toujours inférieure au chiffre total, 100 : ils ne pourront pas plus atteindre ce chiffre que l'eau ne peut s'élever d'un centimètre au-dessus de son niveau. Ce n'est pas la volonté des administrateurs de la banque qui détermine cette limite infranchissable des émissions, ce n'est pas le gouvernement, ce n'est ni Pierre, ni Paul, c'est tout le monde et ceux même qui s'en doutent le moins ; c'est le mouvement instinctif, spontané, irrésistible des affaires commerciales.
Soit qu'une seule banque jouisse du privilège exclusif d'émettre des billets, soit que plusieurs banques, stimulées par la concurrence, essayent de forcer les émissions, le résultat est exactement le même : il est impossible de dépasser le chiffre fixé par les besoins du service des échanges. S'il est une vérité démontrée * et presque triviale, c'est celle-ci, et pourtant on raisonne tous les jours comme si elle n'avait jamais été établie.
Que signifient maintenant toutes ces déclamations, dont on a rempli des volumes, sur ce qu'il y avait d'exorbitant à con-
< Voyez notamment la démonstration de J.-B. Say, Traité d'économie politique, liv. !•% chap. 17 et 23. — Wilson, Economisa avril 1845, etc. Cependant M. Thiera disait sans hésiter, en 1840, dans la discussion de la loi lor le renouvellement du privilège de la Banque de France : n On s'est demandé s'il peut y avoir deux banques dans la même localité. L'expérience et la science ont condamné cela comme une folie : Partout où il y a eu deux banques, elles se sont détruites l'une par l'autre. » — La science répond tout le contraire de ce que lui faisait dire M. Thiers pour le besoin de sa cause. Quant à l'expérience, voir ci- après les chapitres relatifs aux banques écossaises et aux banques américaines.
fier à des particuliers le pouvoir de battre monnaie, le droit régalien de disposer de la circulation du pays, etc? En frappant exclusivement la monnaie métallique, les gouvernements prétendent-ils eux-mêmes régler la quantité dont le commerce a besoin? Non ; les gouvernements n'élèvent aucune prétention de ce genre : ils se bornent à constater que telle pièce d*or ou d^argent, fabriquée sur la demande du commerce, est frappée à tel titre et pèse tel poids. De même les banques de circulation affirment que les effets de leur portefeuille garantissent le payement sur demande de leurs billets-monnaie, et leur capital entier répond de l'exécution de leur engagement. Si elles battent monnaie par rémission de leurs billets, il est certain du moins qu'il ne dépend pas d'elles de multiplier cette monnaie au delà des besoins commerciaux, de franchir la limite que ces besoins mêmes ont établie.
Pour qu'il fût possible de porter les émissions au delà de cette limite naturelle, il faudrait que les billets de banque cessassent d'être remboursables contre espèces ce qui ne peut avoir lieu que par une dérogation formelle à la loi commerciale par excellence, à la loi de contrats. Lorsque des actes de gouvernement autorisent de telles dérogations, on entre dans l'arbitraire : la banque de circulation proprement dite n'existe plus, et il ne reste à sa place qu'une fabrique de papier-monnaie bien ou mal administrée. Nous nous occuperons plus loin des établissements placés dans cette situation : ici nous ne parlons que des banques vraiment commerciales, dont les billets à vue et au porteur sont échangés contre espèces sur demande à bureau ouvert.
Le mécanisme de ces établissements repose tout entier sur le principe de la limite nécessaire des émissions, telle que nous venons de l'indiquer. Ce principe est la base même de leur existence, le point de repère sur lequel une direction intelligente règle toutes les opérations et tous les mouvements d'une banque de circulation.
§ 3. — Comment les banques de drculaiion utilisent leur crédit. Il existe des banques de circulation qui jugent à propos de