LIVRE 111, CHAPITRE IV
n'user que par exception du crédit qu'elles obtiennent du public par les émissions de billets ' ; mais ces banques sont en petit nombre : on peut les comparer à un grand seigneur qui aurait pour son usage une belle et forte locomotive employée exclusivement à le conduire jusqu'à l'église du village, les dimanches et les jours de fêtes.
D'autres banques, en plus grand nombre, veulent user du crédit qu'elles obtiennent du public par l'émission de leurs billets et l'appliquer, autant qu'il est possible, à l'escompte des effets de commerce. C'est en observant bien leur marche et les résultats obtenus par elles qu'on parvient à bien comprendre en quoi consiste la puissance des banques de circulation.
Reprenons la supposition, faite plus haut, d'une banque de circulation qui ouvre ses opérations sur un marché où il n'existe aucun établissement de ce genre. La limite absolue de la circulation monétaire sera représentée par 100, et la limite des émissions possibles, d'après la coupure des billets, sera égale à 70. Nous faisons abstraction des dépôts particuliers ; nous supposons le crédit complet et le papier escompté de première valeur : la banque se forme au moyen d'un capital représenté par un portefeuille plein de papier à courts jours et commence ses opérations.
Elle emploie son capital propre à l'escompte et fait tous ses payements en billets au porteur. Comme elle reçoit d'abord en espèces, par les recouvrements, autant ou à peu près qu'elle paye en billets, le chiffre de la circulation n'est pas altéré : les émissions, par exemple, s'élèvent à 20, et une somme égale d'espèces entre dans les caisses de la banque. Lorsque les échéances du portefeuille et des effets remis à l'encaissement arrive et que le garçon de recette se présente chez les négociants, qu'elle monnaie lui donne-t-il? Des écus de préférence, d'abord parce qu'ils représentent encore
* Deux causes peuvent amener ces banques à pratiquer cette politique : ou elles sont trop considérables pour n'être pas forcées d'adopter une procédure méticuleuse et uniforme qui éloigne des demandes de crédit : ou elles ont pour actionnaires des banquiers, intéressés à ce que la Banque ne leur enlève pas des affaires qu'ils tiennent à conserver.
80 p. 7o dans la circulation et que les billets, plus commodes pour les échanges, sont préférés et recherchés. Les choses se passant ainsi, la banque augmente le chiffre de ses escomptes, et, par conséquent, ses émissions : peu à peu ses billets remplacent les espèces métalliques qui viennent successiveiûent s'accumuler dans ses caisses jusqu'à la limite de 70.
Alors la banque se trouve dans une situation étrange : ses billets émis s'élèvent à la limite de 70, et cependant le crédit qu'elle obtient du public ne lui sert à rien, parce qu'elle n'a point prêté les capitaux ainsi obtenus : sa position, quant au produit, est semblable à celle d'un banquier qui aurait en caisse le montant de tous les dépôts exigibles sur demande que les particuliers lui auraient confiés.
La banque donc, voulant user de son crédit et en tirer bénéfice, augmente ses escomptes d'une quantité que nous supposerons égale à 18, et élève d'autant le chiffre de ses émissions. La circulation monétaire se trouve portée à 115, dont 30 en espèces indispensables aux petits payements et aux appoints, et 88 en billets. La monnaie se trouve dépréciée de 18 p. 7o environ, ou en d'autres termes, le prix des marchandises s'élève d'autant : aussitôt les marchandises du dehors viennent sur ce marché oîi les ventes sont avantageuses, et elles continuent jusqu'à ce que l'exportation des espèces ait rétabli l'équilibre des prix, c'est-à-dire jusqu'à ce que cette exportation ait atteint le chiffre de 18, excédant de la circulation sur les besoins.
Mais cette quantité de 18, prise tout entière sur la monnaie d'appoint, fait rechercher celle-ci et la rend insuffisante. Le public rétablit Téquibre en présentant des billets au change pour une somme équivalente, et les besoins de monnaie éprouvés par le marché sont régulièrement satisfaits. L'encaisse de la banque est réduit de 18 et ses émissions s'élèvent toujours à 70 . Elle bénéficie d'un crédit de 1 8 représenté par une somme égale d'effets dans son portefeuille. Tout le monde s'en trouve bien : les présentateurs des effets escomptés, parce qu'ils ont obtenu les capitaux dont ils ont besoin ; la banque, parce que ces capitaux, qui ne lui coûtent rien, lui produisent un intérêt; et le public, parce qu'il sent dans le mouvement général des