LIVRE III, CHAPITRE IX
mation de cette entreprise en Compagnie de paquebots transatlantiques.
Serait-il juste maintenant d'accuser, comme on le fait quelquefois, la Société du crédit mobilier de mauvaise gestion? Nous ne le pensons pas et il nous semble même que dans Tordre d'idées et d'opérations où elle s'était placée, il lui était très-difficile d'opérer autrement et mieux. En premier lieu, elle ne peut absolument aborder les petites entreprises, ni même les moyennes, et ce sont les petites et moyennes entreprises qui constituent, en quelque sorte, toute l'industrie : en second lieu, en substituant une grande entreprise a plusieurs moyennes ou petites, on tombe dans les inconvénients connus des monopoles, tels que défaut de contrôle, gaspillages presque inévitables, insouciance et incurie des employés, de telle sorte que l'on perd par ces causes une force productive au moins égale à celle que l'on économise par la réduction des frais généraux. C'est pourquoi il nous semble que si la Société du crédit mobilier n'a pas rendu tous les services qu'on attendait d'elle, c'est plutôt par le vice de sa constitution que par la faute des directeurs. Ceux-là d'ailleurs, on doit le reconnaître, ont été contrariés depuis sept ans par des circonstances adverses : d'une part, ils se sont trouvés en présence d'un marché épuisé par des emprunts répétés, par des disettes, par des guerres ; de l'autre, il leur a été difficile d'éviter des engagements lourds et même dangereux, tels que ceux qu'ils avaient contractés avec la Société maritime et ceux qui les lient à la Société immobilière de Paris. Peut-être enfin ont-ils cédé un peu à l'attrait de la nouveauté et même du danger, ou à des considérations politiques, tant dans les entreprises que nous venons de mentionner que dans celles des magasins généraux et de la banque de Constantinople.
Quoi qu'il en soit, et malgré les dix exercices complets que compte aujourd'hui la Société du crédit mobilier, elle n'est pas assez vieille pour qu'on puisse la juger sans témérité. Sans doute elle a fait beaucoup d'affaires, remué les capitaux de toute l'Europe, et si elle a quelque peu sommeillé depuis le grand efTort de 4885, il est clair qu'elle n'a réalisé qu'une partie minime de l'idéal conçu par son principal fondateur.
S'il ne s'était agi que de faire des dividendes sur les reports et sur les différences, Tadministralion de cette Société n'aurait pas eu besoin d'émettre 600 millions d'obligations ; mais elle n'avait pas trop de cette somme si elle se proposait de « multiplier lep capitaux par l'association, d'étendre les bienfaits du crédit par une heureuse et sage application du principe fécond de la mutualité à toutes les professions, aux classes d'entrepreneurs d'industrie les moins favorisés parla fortune ^»
Il s'agirait en effet de quelque chose qui dépasserait la portée de toutes les opérations commerciales ordinaires, d'une transformation sociale dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
Jusqu'à présent la Société générale est une entreprise de haute banque dont l'activité et la puissance dépas^sent tout ce qui a paru en Europe depuis Law, et qui sort sous beaucoup de rapports de la sphère commerciale dans laquelle nous devons nous renfermer. Le temps n'est pas venu, d'ailleurs, d'écrire cette page de notre histoire.
Voici quels étaient les bilans de la Société au 31 décembre de chacune des dix années qui se sont écoulées de 1853 à 1863 :
On y remarquera sans peine que le chiffre atteint par les comptes courants rend nécessaire l'accroissement du capital de la Société ou la création d'obligations à longue échéance. L'administration de la Société sent cette nécessité et l'a proclamée plusieurs fois, mais sans résultat jusqu'à ce jour. On sait assez quel danger présentent des dépôts» mobiles de leur nature, lorsque les capitaux qu'ils fournissent sont employés à Tacquisition de valeurs susceptibles d'une grande et prompte dépréciation en cas de panique.
* Compte rendu présenté le 23 avril 1856, p. 32.