DU CONTRAT DE CRÉDIT
Le concours du capital et du travail est indispensable à la production : sans travail, le capital reste inerte; sans capital, le travail est impuissant et stérile. C'est une vérité démontrée * sur laquelle il est inutile d'insister. Cependant, lorsque nous considérons l'ensemble de la société, nos yeux rencontrent de toutes parts des capitaux que leur propriétaire ne veut, ne sait ou ne peut utiliser, et, d'un autre côté, des hommes dont le travail n'attend, pour devenir fécond, que le concours d'un capital.
Si nous supposons que, dans cette société, les hommes et les capitaux sont libres (et ils tendent toujours à la liberté), un arrangement, un contrat intervient bientôt : le propriétaire prête son capital à qui veut et peut travailler. D'abord, le -prêt a pour objet un champ, du bétail, une chaumière ou un outil d'agriculture. L'emprunteur promet de prélever, sur le produit de son travail, une valeur qu'il donnera pour prix du concours que lui fournit le propriétaire.
Celui-ci obtient par cet arrangement l'avantage de retirer un revenu d'un capital qui, entre ses mains, serait resté plus ou moins stérile : au moyen de ce revenu, il peut disposer de son temps et de ses facultés, soit pour travailler sur un autre capital, soit pour ne rien faire. L*emprunteur, de son côté, obtient par la possession temporaire de l'instrument de travail un moyen de produire qu'il n'avait pas, et la société voit s'ajouter à la somme de ses richesses un produit qui, si le capital et le travail étaient restés séparés, n'aurait pu se former.
Cet arrangement entre le prêteur et l'emprunteur est évi-
* Voir les divers trailî^s i^énéranx d'économie |H)litique, et, pour l'exposition historique des effets sociaux de la richesse mobilière, le consciencieux et savant Traité (^économie sociale, de M. Ott.