‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 182 sur 268 · LIVBE IV, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVBE IV, CHAPITRE VIII

toujours UD gage facilement réalisable de remboursement. Une administration bien conduite marche suivant un règlement ou plutôt suivant une consigne rigide et invariable à laquelle les opérations de banque ne sauraient être astreintes, surtout s'il s'agissait de les porter dans les campagnes. Une administration mal conduite accepterait de mauvaises valeurs ou se laisserait dominer par Fesprit de parti et sortirait de toutes les conditions commerciales. La Banque d'Etat ne peut être qu'une fabrique de papier-monnaie ou le premier pas dans un régime communiste.

§ 2. ^ Une grande Compagnie.

Le monopole d'une grande compagnie est établi de fait, sinon légalement en France; l'école métallique prépare à l'Angleterre les bienfaits du même régime, et on peut dire qu'il est accepté par l'opinion dominante de l'un et de l'autre côté du détroit. Cependant à ne considérer les choses qu'au point de vue purement commercial, ce monopole a les mêmes inconvénients que tous les autres : il empêche de faire les affaires et ne les fait pas, car une administration qui n'est pas stimulée par la concurrence sommeille bientôt et préfère les habitudes d'exclusion et de domination aux habitudes de travail.

D'ailleurs, toute machine administrative trop compliquée perd en frottement la plus grande partie de sa force et est sujette à des vices inévitables. En premier lieu, les agents peuvent avoir des intérêts opposés à ceux de la compagnie dont ils font partie: en banque surtout, la concurrence et l'opposition des intérêts est presque continuelle. Ensuite, une grande administration, nous l'avons déjà dit, a des allures rigides, des formes mécaniques en quelque sorte qui ne se plient pas facilement aux besoins du ci^dit. 11 ne dépend depersonne qu'il en soit autrement, car, après tout, les facultés d'un homme ont des bornes, et elles ne s'exercent dans toute leur plénitude que sous l'impulsion du sentiment de la responsabilité. Or dans une grande administration, personne n'est responsable : les chefs ne peuvent tout voir, et les subordonnés, enchaînés

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par les ordres qu'ils reçoivent, sont privés de toute liberté, de toute initiative. Une banque unique, et en général tout établissement commercial trop considérable, fonctionne plus chèrement et plus mal que des établissements d'une dimension moyenne. N'en citons qu'un exemple : il est assez concluant.

La banque départementale établie à Lyon avait distribué à ses actionnaires, sur un capital de deux millions, 14,62 p. 7q en 1841; 16,37 p. Vo en 1842; 20,73 p. VoCn 1844; 24,40 p. 7o en 1846 et 28,75 p. 7^ en 1847. L'année suivante cette banque est réunie, comme toutes les autres, à la Banque de France, et elle acquiert ainsi la faculté de faire des opérations nouvelles, qui lui étaient auparavant interdites, d'escompter du papier sur Paris et sur les vingt-neuf places les plus importantes de France. Qu'arrive-t-il? En 1851 , la succursale de Lyon ne fait pas ses frais l Elle présente une perte de 25,638 fr. *. La succursale d'Orléans, qui avait aussi, lorsqu'elle était banque départementale, donné des bénéfices fort beaux à ses actionnaires, n'a pas fait ses frais en 1851. En 1852, douze succursales n'ont pas fait leurs frais dans le premier semestre, et six succursales ne les ont pas faits dans le second. Toutes ensemble, elles n'ont donné à la Banque qu'un bénéfice de 1,800,000 fr. environ, chiffre médiocre en comparaison de ce qu'auraient gagné des banques libres. En présence de tels faits, tout argument n'est-il pas inutile ?

Ajoutons qu'une banque unique se transforme avec la plus grande facilité et presque naturellement en banque d'État* soit en absorbant le gouvernement, soit en étant absorbée par lui. L'histoire est pleine d'exemples qui ne laissent aucun doute sur ce point : partout les banques privilégiées sont devenues en peu de temps banques d'État, de manière à ne présenter au public d'autre garantie que la prudence des gouvernements. De nos jours on a Vu les deux premières banques d'émission établies dans l'Amérique du Sud, à Rio-

* Cempte-renda de 1852. L'augmentation spontanée des afTaires a, depuis cette époque, rendu plus productives les succursales de la Banque. 11 n'en est pas moins vrai que, placées dans les mêmes circonstances que des banques libres, elles rendent moins de services et gagnent moins.

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Janeiro et àBueoos-Aires de venir ainsi des fabriques dépapier* monnaie ^.

§ 3. — Ptutalité des banquci.

. Reste la pluralité des banques, soit sous l'autorisation du gouvernement , soit sous un régime de liberté réglée , soit sous un régime de liberté absolue et de concurrence illimitée ; ce qui constitue trois systèmes distincts.

V De nombreuses banques de circulation répandues sur tout un territoire s'adapteront toujours mieux aux besoins du commerce et de l'industrie qu'une banque d'État ou une banque unique. L'administration de ces établissements sera plus active , plus habile , plus libre que celles des succursales d'une banque d'État, et elle tendra toujours à approprier les statuts aux coutumes de la localité dans laquelle chaque banque sera établie. Mais dès que les dividendes seront assurés, l'activité se ralentira si elle n'est stimulée par la concurrence.

La nécessité d'une autorisation préalable a d'ailleurs de grands inconvénients. Elle fait juger les projets de statuts d'une banque par des hommes qui ne savent pas, même en théorie, ce que c*est qu'une banque; qui sont étrangers au commerce, à ses habitudes, à ses besoins qu'ils connaissent à peine par oui-dire : ce serait merveille si de tels hommes décidaient en connaisance de cause. Chose étrange! on ne s*aviserait jamais de faire examiner par le premier venu la capacité de ceux qui aspirent à être ingénieurs, ni de soumettre à l'approbation d'un administrateur ordinaire le plan d'une machine destinée à l'industrie. L'art du banquier cependant n'est ni moins spécial, ni moins difficile, ni moins positif, ni moins utile que celui de l'ingénieur : une banque est une machine tout aussi savante et plus délicate que les ma-

^ Celle de Buenos- Aires , fondée en 1822, au capital d'un million de piastres, était absorbée an bout de deux ans, et émettait du papier à eours forcé qui a été un des fléaux du pays. Les émissions de ce papier s'élevaient, au !«' janvier 1856, à la somme exorbitante de 210,247^646 piastres (1,134 millions de francs). — Les émissions ayant continué, l'once d'or qui, en 1856, s'échangeait contre 370 piastres de papier en valait 452 en juin 1863.

chines de fer, de cuivre et d'acier. Où n'en devine pas plus k marche et les lois, qu'on ne devine les lois de construction d'une machine à vapeur.

Une longue expérience a prouvé jusqu'où pouvait aller, en matière de banque, l'ignorance bureaucratique. On a souvent demandé, dans un autre temps , l'autorisation d'établir en France des banques de circulation. Les réponses ont presque toujours été négatives, ou si l'autorisation était accordée, il fallait que les banques subissent des restrictions très-sévères, qui les mettaient hors d'état d'agir, lorsqu'elles n'étaient pas placées dans de grands centres commerciaux. Les pièces relatives à l'autorisation de la banque de Dijon ont été publiées par M. d'Estemo; il faut les lire pour comprendre à quel degré d'ignorance et d'arbitraire peuvent arriver des hommes étrangers au commerce et habitués à voir toutes leurs opinions se convertir en lois.

Pendant plus de vingt-cinq ans, on n'a jamais pu faire inscrire dans les statuts d'une banque départementale les quatre conditions suivantes, indispensables à son succès dans les petites localités : 1® faculté d'escompter des effets à deux signatures; ¥ faculté d'escompter du papier payable sur quelques autres places que celles où la banque était établie, et, par conséquent, d'avoir des correspondants au dehors; S"" faculté de payer intérêt sur dépôts sous certaines conditions déterminées ; 4'' faculté d'émettre des billets de petite coupure. Les bureaux ne discutaient pas et ne pouvaient discuter. Ils se contentaient de dire, par exemple, en forme dogmatique : a Les banques publiques ne portent point intérêt, etc. » Il fallait se résigner et se soumettre.

La pluralité des banques sous la nécessité de Tautorisatioa préalable est un chétif système, car l'autorisation empêche de faire et ne garantit,, ni ne peut garantir quoi que ce soit, excepté la domination de la routine. Ce régime, toutefois serait encore, à tout prendre, plus fécond et meilleur que celui d'une banque de circulation unique, parce que l'esprit local et le sentiment des besoins commerciaux ont une vigueur et une persistance qui surmontent tous les obstacles.

2' 11 vaudrait mieux donner au premier venu le droit

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