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pour ne pas troubler les contrats de manière à mettre en dan* ger Tordre public.
Nous n*avons pas besoin de nous occuper ici des altérations du titre et du poids des monnaies. Les gonvemements des peuples civilisés ont renoncé à cette pratique détestable ; ils ont compris qu il n'y avait aucun bénéfice pour l'État, qui reçoit toujours autant qu'il paye, à diminuer la valeur réelle en conservant la valeur nominale des monnaies ; ils ont compris que cette espèce de faux-monnayage, autorisant les débiteurs à se libérer par le payement d'une partie seulement de leur dette, jetait dans tous les contrats une perturbation déplorable et qu'il importait d'éviter. Désormais on peut considérer le titre et le poids des monnaies comme quelque chose de fixe et qui ne subira guère de variations : on pourra créer des monnaies nouvelles ; probablement on ne changera plus le titre et le poids des anciennes.
§ 2. — Monnaie de papier.
Mais la plupart des peuples ont introduit, à côté de la monnaie métallique, une monnaie de papier : ce sont les billets de banque payables en espèces, à vue et au porteur. On sait queues sont leurs propriétés, et comment ces billets remplacent et jettent hors de la circulation la monnaie métallique, et comment ils constituent un système monétaire mixte sur lequel on a beaucoup discuté.
Ce système, à ne le considérer qu'au point de vue moné-« taire, est-il meilleur que celui d'une circulation purement métallique? Est-il plus mauvais ?
11 est inutile de parler ici des émissions excessives et sans motif qui ont préoccupé beaucoup d'esprits. La théorie nous enseigne, et ici la théorie est confirmée par la pratique, que la quantité de monnaie employée dans un pays est réglée uniquement par les besoins du commerce et ne peut s'élever audessus de la somme requise par ces besoins, sans qu'il y ait aussitôt une dépréciation. Or toute dépréciation des billets de banque au-dessous de la monnaie métallique occasionne une demande immédiate de remboursement qui modère les émis-
siens des banques. On peut donc afBrmer que le billet de banque, payable à vue en espèces, est toujours au pair, comme Teau contenue dans deux vases communicants est toujours à la môme hauteur dans l'un et dans l'autre.
Ainsi, la monnaie de papier a pour le porteur la même valeur que la monnaie métallique, et à l'usage, elle est presque toujours plus commode.
Ajoutons qu'avec un système mixte» lorsque la circulation monétaire se compose d'un papier convertible et d'espèces, le prix des monnaies est moins sujet aux variations que dans une circulation purement métallique.
En effet, les besoins et les usages du commerce, sur lesquels est réglée la quantité de monnaie en circulation, sont sujets à varier. Dans une crise purement commerciale, par exemple, les capitaux sous forme de monnaie sont l'objet d'une demande extraordinaire qui en élève le prix : le besoin de réaliser multiplie les échanges, et les capitaux appropriés subissent une baisse dont nous avons indiqué les lois ' . La circulation monétaire est-elle purement métallique? Elle ne peut se modifier d'un jour à l'autre : avant que le commerce ait importé du dehors des monnaies et des capitaux mobiliers, il s'écoule du temps, et pendant cette période les désastres se multiplient ; les réalisations se précipitent et se font à vil prix: le cours de la monnaie subit une hausse énorme qui finit de jeter du trouble sur le marché du crédit.
Lors, au contraire, que le marché jouit d'une circulation mixte en écus et en billets à vue et au porteur, il suffit à la banque ou aux banques d'escompter largement, de manière à augmenter les émissions pour rétablir Téquibre : la monnaie parait sur le marché au moment même où elle y est demandée, de telle façon que son prix éprouve peu de variations.Tant que lacrisedure, les billets émisen excédant restent dans la circulation 2 que la crise passe, ces billets, inutiles désormais, rentrent à la banque.
Cette propriété remarquable d'un système de circulatioil tnixte mérite de fixer toute l'attention du lecteur, d'autant plus
• Livre I", ch. xiii et xlv.
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qu'elle a été singulièrement méconnue par les théoriciens et surtout par Ricardo et par Técole métallique anglaise. Les actes de sir Robert Peel, dictés par cette école, en 1844 et 1846, ont eu pour effet immédiat de pri\er la Banque d'Angleterre de cette élasticité, si Ton peut ainsi dire, qui faisait le mérite principal de cet établissement et qui lui avait permis de rendre plusieurs fois des services signalés au commerce anglais. On s'en aperçut bien lorsque la crise de 1847 éleva tout à coup la demande des capitaux évalués en monnaie : sans en bien comprendre le motif et sous la seule inspiration de la nécessité, on suspendit l'acte de 1844, et la crise fut conjurée.
C'est par cette faculté d'augmenter soudain, au moment précis du besoin, la somme de la circulation monétaire que les banques mêmes qifi utilisent le moins leurs émissions de billets comme les banques de France et d'Angleterre, sauvent quelquefois le commerce des dernières extrémités.
Il semble que ce soit un paradoxe de dire que le besoin die monnaie augmente tout à coup dans des proportions considérables sous l'empire de certaines circonstances. On croit généralement que la prévoyance du commerce, les importations, etc., suffisent à maintenir un équilibre constant entre l'offre et la demande, parce qu'on ne tient pas compte d'un grand élément des affaires humaines, du temps. Cependant il n'est pas un homme d'affaires un peu expérimenté qui n'ait vu quelqu'une de ces crises, et il suffit de jeter les yeux sur le tableau du cours de l'or monnayé et de l'or en barres, pendant la panique de 1848, pour voir à quel point les besoins sont impérieux en certaines circonstances, et combien les espérances les plus prochaines et les plus certaines suffisent peu à les satisfaire. En 1848, au moment où l'or en barres gagnait seulement 30 francs de prime par 1,000, où il pouvait sous huit jours être Converti en monnaie, l'or monnayé se vendait 120 fr. par 1,000 ! Que représentait cette différence de prix? Huit jours d'attente, pas davantage:
Jamais la supériorité d'une circulation mixte sur une dirculation purement métallique ne fut plus sensible que dans la grande crise qui, à la fin de 1828, bouleversa le marché de Londres. Des emprunts à l'étranger, des spéculations de toute
sorte à l'intérieur, des jeux de Bourse avaient absorbé, pendant les années 1823 et 1824, la somme des capitaux disponibles sur la place de Londres \ L'ensemble de ces opérations avait donné lieu à des créations de papier dont une partie avait été escomptée par la Banque d'Angleterre. Les choses étaient en cet état, lorsque les besoins du change et peut-être des émissions de billets inopportunes firent sortir des caisses de la Banque six millions sterling ; vers la fin d'avril 1825, cet établissement éprouva le besoin de restreindre sa circulation et réduisit brusquement ses escomptes. Les sorties d'espèces, qui avaient lieu par l'effet d'engagements antérieurs, ne cessèrent point : en septembre, l'encaisse, réduit encore de quatre millions de livres, ne s'élevait plus qu'à trois millions : la Banque restreignit encore ses émissions ou, en d'autres termes, réduisit ses escomptes.
On comprend que dans une situation aussi tendue que celle où se trouvait alors la place de Londres, lorsque chacun avait usé de son crédit jusqu'à l'extrémité, une réduction soudaine des escomptes dut produire des effets très-graves. Dès le commencement de novembre, la gène fut grande : le 29, on apprit qu'une grande maison de banque venait de suspendre à Plymouth, puis d'autres à la suite : le 12 décembre, la maison Pôle et Thornton, l'une des plus anciennes delà Cité, qui correspondait avec. 47 banques provinciales, suspendit aussi et donna le signal d'une panique sans exemple ; le lendemain, une autre grande maison de la Cité, Burgess et C'% suspendit
* Od a calculé depuis la crise que le nombre des projets lancés en 1824 à la Bourse de Londres était de 243, au capital nominal de 248 millions sterling, sur le« quel 43,062,608 livres étaient payées. Restait donc une dette connue et déclarée de 204,937,392 livres. En ajoutant à ces projets ceux qui s'étaient produits dans les provinces, on trouve que la somme demandée aux capitaux disponibles de l'Angleterre s'élevait à 350 millions sterling! La plupart de ces projets avaient pour but l'exploitation de mines d'or et d'argent en Amérique. Les actions jouirent presque tontes, durant l'année 1824, d'une prime fort élevée. Sans parler de la grande Compagnie d'assurance fondée par la maison Botschild,*raction de 100 livres delà Compagnie anglo-mexicaine, sur laquelle 10 livres payées, jouissait au 10 décembre 1824 d'une prime de 33 livres, celle de la Colombienne, dans les mêmes conditions, gagnait 19 livres. La Compagnie de Rcal-del-Monte, dont l'action était de 400 livres, dont 70 payées, se cotait à 550 livres, puis à 1350 livres, le 11 janvier 1825. La Compagnie Mexicaine-Unie, dont l'action était de 40 livres, sur lesquelles 10 livres payées, jouissait d'une prime de 35 livres! — Voyez T. Tooke, Bistory of priées.