BES DIVERS SYSTÈMES MONÉTAIRES
Les monnaies ont été introduites dans les échanges pour y servir de mesure * : en comparant la valeur des diverses marchandises à un seul type, à la marchandise-monnaie, les hommes ont tenté de donner à leurs transactions plus d'uniformité, en même temps qu'ils les rendaient plus faciles et opposaient le prix courant aux entreprises de la ruse et de la force dans les marchés isolés. Les monnaies sont donc d'autant plus parfaites que leur valeur est moins variable, qu'elles
< Sou» la réserve posée, page 19 et suiv.
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se rapprochent davantage du type idéal auquel se rapportent tous les contrats particuliers.
C*e8t pour avoir une monnaie de valeur moins variable que la plupart des peuples, après avoir pris pour commune mesure la denrée dont le commerce était le plus répandu parmi eux \ sont venusàFusage presque exclusif des métaux précieux.
A Torigine, la valeur de la monnaie dépendait exclusivement de la matière dont elle était faite. Plus tard, lorsque Tusage des monnaies s'est répandu et a vieilli dans les sociétés humaines, de manière à y devenir un besoin de première nécessité, cet usage est devenu lui-même Tune des causes principales de la valeur des monnaies.
§ 1. -<- Monnaie métallique.
La monnaie métallique tire à la fois sa valeur de la matière dont elle est faite et de l'usage auquel elle sert. Aussi la considère-t-on avec raison comme la seule monnaie régulière, la seule dont les variations soient à l'abri des caprices et des fantaisies des particuliers et des gouvernements, la seule dont les émissions soient toujours, à la longue, réglées exactement sur les besoins commerciaux.
Plusieurs métaux fournissent la matière des monnaies, et
* Voir sur les monnaies des anciens Russes et notamment sur l'emploi des fourrures comme monnaie, le tome IV du Cours d'économie politique de Storch. — Au commencement du xvii' siècle, les planteurs des colonies anglaises de l'Amérique du Nord manquaient souvent d'espèces monnayées : alors les payements s'effectuaient au moyen de la marchandise qui avait le prix courant le mieux établi. En 1618, les payements furent faits en tabac dans la Virginie sur le pied de trois shillings la livre. En 1641, ils furent faits en blé dans le Massachusetts.
Le tabac de Virginie servit même à une emplette de femmes : « En 1620, dit un chroniqueur, sir Edward Sandys, trésorier de la Compagnie de Virginie, proposa d'envoyer une cargaison de femmes pour les planteurs qui en manquaient. La proposition fut appronvée, et 90 filles, jeunes et honnêtes, furent expédiées en Amérique : l'année suivante, on en expédia 60 autres, belles et bien recommandées à la Compagnie pour leur bonne éducation et leurs bonnes mœurs. Le prix courant d'une femme de la première expédition était de 100 livres de tabac; mais soit que l'article fât devenu rare, soit que les femmes de la deuxième expédition eussent plus de valeur, elles furent cédées au prix courant de 150 livres de tabac évaluées à 3 shillings la livre. Si une femme était achetée à crédit, la dette qui résultait de ce marché était privilégiée et primait toutes les antres, n
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dans presque tous les pays des actes de Tautorité publique ont fixé le rapport de valeur dans lequel Tor et Targent seraient employés à la fabrication des monnaies. En France, on le sait, la loi du 7 germinal an XI a décidé que Tor et Targent se* raient estimés en monnaie au rapport de valeur de 1 à 18 1/2, ou, en d'autres termes, qu'une pièce d'or du poids 6 grammes 451, serait reçue dans les payements comme Téquivalent de vingt pièces d'argent au môme titre et du poids de 5 grammes.
On comprend assez que cette fixation légale n'empêche point le prix des deux métaux précieux de varier, non^seu^ ment lorsqu'ils sont en barres, mais aussi lorsqu'ils sont sous forme de monnaie. Ainsi tantôt la valeur de l'or est supérieure et tantôt elle est inférieure au rapport de 15 1/3 à 1, établi par la loi de germinal an XI. Des hommes éminents ont pris texte de cette mobilité des cours pour critiquer la fixation légale d'un rapport de valeur, et quelques-uns ont pensé qu'il résulterait de cette fixation de grands inconvénients, si, comme il est probable, le prix de l'or venait à baisser bien au-dessous du rapport légal.
Cependant il est difficile, surtout chez les peuples qui répugnent à l'usage de la monnaie de papier, de se passer de monnaie d'or. Cette monnaie répond à des besoins spéciaux et légitimes qu'il serait difficile de satisfaire, s'il n'y avait pas un rapport de change officiel établi par la loi. Rien n'oblige, du reste, le commerce à employer dans telle proportion la monnaie d'or et dans telle autre la monnaie d'argent : rétablissement par la loi d'un rapport entre les deux métaux dans le change des monnaies donne seulement à l'acheteur ou au débiteur la faculté d'opter dans ses payements entre la monnaie d'or et la monnaie d'argent. On ne voit pas bien d'où pourmit sortir un danger réel de cette faculté d'opter accordée au commerce.
Qu'arrive-t-il, eu effet? C'est que le commerce emploie et emploiera toujours de préférence celui des deux métaux qu'il trouvera tout à la fois le plus commode et le moins cher. Si le rapport de valeur fixé par la loi vient à changer dans les marchés et si le commerce substitue dans les payements un mét^
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à Tautre, la fixation légale du rapport de change sert à modérer la rapidité du changement de valeur relative. En effet, si, comme on parait le craindre, For remplace l'argent dans la circulation monétaire de la France, l'argent, privé de Temploi considérable qu'il tire encore aujourd'hui de son usage comme monnaie, baissera de prix, en même temps que l'or, acquérant un emploi qu'il n'avait pas auparavant, perdra sa valeur moins rapidement. Quel dommage pourrait-il en résulter pour la communauté commerciale ?
Si l'or, par exemple, au lieu de valoir 15 fois et demie l'argent, baissait jusqu'au rapport de 14 à 1, il est probable que l'argent ne servirait plus qu'aux appoints, et que les pièces de 5 fr. d'or et de 10 fr, prendraient dans la circulation presque toute la place qu'y occupent aujourd'hui les pièces de 5 fr. d'argent. La France aurait alors un état monétaire semblable, quoique non identique, à celui de l'Angleterre.
Car il ne faut pas s'y tromper : bien que la livre sterling, qui n'était, avant 1816, qu'une monnaie de banque, existe réellement aujourd'hui sous la forme d'une pièce d'or et serve de monnaie de compte, la véritable unité monétaire est la pièce d'argent, le shilling, commune mesure entre l'ancienne et la nouvelle pièce d'or, qui est la ^V partie de la guinée, et la 20* partie de la livre. Les besoins et les habitudes du commerce ont seuls fait préférer la livre, comme monnaie de compte, au shilling d'argent.
Il est certain qu'une circulation monétaire, dans laquelle l'or occupe la place principale, est sujette à plus de fluctuations qu'une circulation fondée sur l'argent. Mais qu'y faire î On ne peut empêcher que les deux métaux ne soient employés concurremment aux usages monétaires. En exclure l'or par la suppression de tout change légal et certain de ce métal contre l'argent serait une mesure qui blesserait les habitudes reçues et précipiterait la dépréciation de l'or, sans aucun avantage bien évident et bien distinct. Quant à la dépréciation de la monnaie métallique en général, par l'abondance de la production des mines d'or ou d'argent, c'est un fait purement commercial et inévitable dont le législateur n'a pas à s'occuper. Cette dépréciation, si elle a lieu, sera toujours assez lente