LIVRE V, CHAPITRI l. 41 B
même sont indispensables à celui qui veut réussir dans leur pratique quotidienne. On ne sait qu'à demi ce qu*on sait le mieux théoriquement, et d'ailleurs combien de détails échappent à la théorie ! Elle ne peut enseigner, par exemple, ni à parcourir rapidement, ni à comprendre à première vue un compte courant, ni à compulser utilement des Uvres de ban* que en quelques instants, ni même à tirer des conclusions et des renseignements de la seule inspection d'un effet de com*merce. Bien moins enseignera4-elle des détails que l'habi* tnde et le commerce des hommes peuvent seuls faire connaître. Ce sont des détails sans doute, mais leur importance est grande, et il ne serait pas difficile de citer tel homme qui, après s'être fait un nom dans la banque, a mal fini pour les avoir ignorés.
La théorie enseigne les principes généraux ; elle enseigne comment les faits s'enchaînent ; comment une inadvertance, une faute entraine quelquefois les plus graves conséquences ; comment le banquier peut être égaré, étourdi, entraîné par certaines circonstances : la théorie, en un mot, enseigne l'art d'observer et d'apprendre, mais on ne la possède bien, on n'a pour elle la confiance qu'elle mérite qu'après avoir été témoin d'un fait à l'appui de chaque précepte. Dans les arts d'application, l'homme ne finit d'apprendre que par une expérience personnelle ; cette expérience, il vaut mieux l'acquérir au service d'autrui et sans risque pour personne que de la fodre à ses risques propres, en s'exposant à perdre sa fortune et peut-être celle des personnes dont on a obtenu la confiance. Que d'hommes ne sont devenus propres aux affaires commerciales qu'après que la perte de leurs capitaux avait rendu leur capacité, chèrement acquise, inutile à eux-mêmes et à la société !
D'ailleurs le banquier est toujours obligé d'employer le travail d'autrui, d'avoir des collaborateurs sous ses ordres. Il lui importe infiniment de connaître les derniers détails de l'organisation d'un bureau, les mobiles qui impriment de l'activité à une réunion de commis, les causes qui donnent du zèle et de l'activité ou qui encouragentla paresse et l'insouciance. Savoir diriger le travail de plusieurs hommes est toujours un art
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difficile, important ; et, quoiqu'on en ait dit pour d'autres professions, il est utile, en banque, d'avoir obéi pour savoir commander.
Non pas que les qualités qui distinguent le banquier ou que la capacité commerciale s'acquièrent dans les bureaux, ni qu'une longue pratique des détails soit nécessaire à celui qui est destiné à diriger une maison : une longue pratique en toutes choses impose des habitudes et bientôt une routine, hors de laquelle l'homme, ossifié en quelque sorte, ne sait plus se mouvoir. S'il était possible de déterminer en quelques mots la durée de l'apprentissage nécessaire à qui veut être banquier, on dirait que cet apprentissage doit durer assez pour que le sujet apprenne tous les détails du métier, et assez peu pour qu'il ne prenne pas trop l'habitude de les pratiquer dans une position subalterne, de deui à cinq ans environ.
Il est quelquefois pénible de fonder une maison de banque; il est plus souvent dangereux de prendre une suite d'afEaires. Ni les chiffres énoncés aux livres, ni les prélèvements ou dividendes perçus, ni les inventaires, ne peuvent donner une idée exacte de la situation d'une maison de banque. Dans les autres branches de commerce, il suffît de jeter les yeux sur le livre de magasin pour pouvoir apprécier à peu près la valeur des marchandises : les résultats obtenus les années précédentes sont positifs ; quand aux créances et aux dettes, elles sont le plus souvent en petit nombre, et il est facile de les distraire, de les laisser au compte du cédant. Mais en banque, les dettes et les créances sont la matière même du commerce : le portefeuille est un vrai magasin dans lequel chaque effet a sa valeur exprimée. Est-ce bien sa valeur réelle ? Qui le sait? Quelquefois le banquier l'ignore lui-même : il ne sait pas que tel habitué, dont le compte présente les plus belles apparences, ne vit que par le crédit.
Le banquier sait bien, il est vrai, que tel compte se maintient uniquement par des renouvellements, depuis plusieurs années peut-être : mais celui qui se présente pour acquérir ignore cette circonstance, et souvent il ne peut l'apprendre que du hasard. A moins qu'il ne soit depuis longtemps dans